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Le couteau et la loi

Mon couteau est-il une arme ?

Cet article a pour but d’éclairer et d’expliquer les règles quant au couteaux. Il n’est évidemment pas exempt d’erreur, si tu en trouve, merci de les signaler en contactant l’auteur.

Il s’agit d’une explication personnelle de la loi, il peut en exister plusieurs.

Il a été profondément mis à jour en octobre 2012, suite aux commentaires de la version précédente.(qui ont du coup étés supprimés, pour plus de clarté)

ATTENTION, CET ARTICLE EST BASE SUR LES REGLES EN VIGUEUR EN FRANCE, LES REGLES AU CANADA, EN BELGIQUE , ET EN SUISSE SONT DIFFERENTES !


Mon couteau est-il une arme ?

Deux textes principaux peuvent concerner le couteau, celui qui classe les armes (NDLR la loi du 6 mars 2012 établissant 4 nouvelles catégories d’armes ne concerne que les armes à feu, il semblerait que le système de 8 catégories du décret de mai 1995 ne disparaitra pas en septembre 2013), et le code pénal en particulier l’article 132-75

le décret de 1995 nous dit qu’est une arme de 6e catégorie : « Tous objets susceptibles de constituer une arme dangereuse pour la sécurité publique, et notamment les baïonnettes, sabres-baïonnettes, poignards, couteaux-poignards, matraques, casse-tête, cannes à épées, cannes plombées et ferrées, sauf celles qui ne sont ferrées qu’à un bout, arbalètes, fléaux japonais, étoiles de jets, coups de poing américains, lance-pierres de compétition, projecteurs hypodermiques. »

le code pénal lui nous dit que « Est une arme tout objet conçu pour tuer ou blesser.

Tout autre objet susceptible de présenter un danger pour les personnes est assimilé à une arme dès lors qu’il est utilisé pour tuer, blesser ou menacer ou qu’il est destiné, par celui qui en est porteur, à tuer, blesser ou menacer.

Est assimilé à une arme tout objet qui, présentant avec l’arme définie au premier alinéa une ressemblance de nature à créer une confusion, est utilisé pour menacer de tuer ou de blesser ou est destiné, par celui qui en est porteur, à menacer de tuer ou de blesser. »

à première vue, le décret de 1995 est plus sévère que l’article du code pénal. Pour le code pénal, il faut que l’objet ait été conçu pour tuer ou blesser (est ce que l’inventeur de l’opinel souhaitait que son oeuvre serve à tuer ou blesser ? ) ou bien qu’il ait servit à celà. Ca n’est pas très clair. Quant on a un doute en droit pénal, on fait une synthèse des différents textes, en appliquant les règles les plus précises et restrictives. « Tous objets susceptibles de constituer une arme dangereuse pour la sécurité publique » est extrêmement large, et le couteau tombe dessus.

Le couteau est donc une arme de sixième catégorie, car est un objet susceptible de constituer une arme dangereuse pour la sécurité publique.

« couteaux-poignards » ? Il s’agit d’un couteau qui peut se bloquer en position ouverte, à cran d’arrêt. c’est souvent une sécurité qui permet d’éviter que la lame se referme sur les doigts de l’utilisateur comme la virole des opinels. Seulement, cette sécurité une fois enclenchée fait que le couteau ne se plie plus, il est alors possible de s’en servir pour donner des coups avec la pointe et ce avec une grande force. il est alors équivalent à un poignard.

Le couteau est dangereux pour la sécurité publique, mais on insiste d’avantage sur ce type de couteau, en le nommant, histoire d’éviter les confusions.

C’est une arme, d’accord, mais ça change quoi ?

la qualification d’arme fait que le couteau est soumis à des règles. Concernant les armes de sixième catégories, la détention et l’achat est libre pour les majeurs. C’est au niveau du transport qu’il y a une limitation , ainsi que l’achat et la détention pour les mineurs

Article 46-1 (du décret de 1995) «  L’acquisition par des mineurs des armes ou éléments d’arme des 5e, 7e et 8e catégories, des armes de la 6e catégorie ainsi que des munitions et éléments de munition des 5e, 7e et 8e catégories est interdite. Sous réserve des dispositions du 4°, la détention par des mineurs des armes ou éléments d’arme mentionnés à l’alinéa qui précède n’est permise que s’ils ont plus de seize ans, y sont autorisés par la personne exerçant l’autorité parentale »

Selon cette règle, et bien que cela soit couramment pratiqué il est donc en principe interdit pour quelqu’un de moins de 16 ans de détenir un couteau.

Le transport

Article 57 « 2° Sont interdits, sauf dans les cas prévus aux articles 58-1 et 58-2 ;

  • le port des armes et munitions de 1re et 4e catégorie, des armes de poing de 7e et 8e catégorie, des armes de 6e catégorie énumérées à l’article 2 ainsi que, sans motif légitime, le port des autres armes de la 6e catégorie ;
  • le transport sans motif légitime des armes et munitions de 1re et 4e catégorie, des armes de 6e catégorie »

La différence entre port et transport, peut se résumer au gangster. S’il a sa mitrailleuse dans un étui à violon, il la transporte, s’il l’a a la main, ou autours du cou, il la porte. Le couteau dans la poche ou à la ceinture est porté, au fond du sac il est transporté.

La règle est que l’on a pas le droit de porter ou transporter un couteau. Sauf motif légitime.

Motif légitime ? kesako ?

Un motif légitime, c’est une bonne raison. Comme le policier a une bonne raison de porter un gilet pare balles, pour avoir sur soi son couteau, il faut une bonne raison. Le but derrière tout ça, c’est d’éviter que la France entière se promène sans cesse avec un couteau dans la poche. Ce motif légitime est apprécié par le juge, ont dit qu’il apprécie ça souverainement, et surtout concrètement.

Exemples

  • Je suis jardinier, électricien, manutentionnaire... j’ai un couteau sur moi pour mon métier, c’est un motif légitime.

Sauf si je suis en vacances loin de chez moi, et que le couteau en question est un poignard, et qu’en plus je suis entré dans une banque avec.

  • -le fait d’être scout, et d’avoir un couteau dans la poche peut être considéré comme un motif légitime,

Mais le juge aura peut-être du mal à l’accepter si j’ai un couteau non pliant à la ceinture pour aller en cours.

  • Je suis un grand amateur de pommes, mais j’ai un appareil dentaire et ne peut croquer à pleines dents dedans, j’ai donc un couteau pour les couper, motif légitime.

Sauf si pour couper ma pomme, j’ai un opinel n°12 (surtout connu pour être le jouet préféré de guy georges, un sérial killer).

  • je vend des crêpes dans la rue à une fête municipale, et je les tartines avec un couteau, motif légitime.

Sauf si je m’en sert aussi pour menacer les clients.

En une phrase, pour avoir le droit d’avoir un couteau sur soi, il faut une bonne raison, qui doit aussi être raisonnable.

Un peu de bon sens.

  • Dire qu’un opinel est une arme, c’est le qualifier juridiquement, bien sur dans l’usage que j’en ai, il est surtout un outil, mais le droit a juste besoin de le ranger dans une catégorie pour le comprendre.
  • Si l’histoire de la lame qui doit faire la largeur de la paume est un mythe (issu d’un vieux code des douaniers, mais n’ayant plus aucune valeur légale). Il ne faut pas en conclure que c’est par ce qu’on a de très grandes mains qu’on peut utiliser une machette à la place d’un couteau suisse.
  • La longueur de la lame reste importante, on aura du mal à convaincre d’un motif légitime si le couteau en question est soit très grand, soit d’aspect dangereux (par exemple cranté).
  • Dans la pratique, le contrôle des couteaux par les policier n’est pas excessif loin de là. Si à l’occasion d’un contrôle (à l’entrée d’une mairie, d’un tribunal...) un policier constate la présence d’un couteau, il va se borner à demander à quoi il sert et demander qu’on ne le reprenne qu’à la sortie.
  • Il s’interrogera toutefois peut-être plus s’il y a du sang sur le couteau, ou que le couteau est très grand, cranté, « menaçant » ou maculé de sang. Il sera peut-être plus rigoureux en fonction du lieu, entrée d’un tribunal, manifestation, quartier « sensible » et du moment, situation de tension sociale, émeute etc...
  • Penser lorsque j’ai besoin de prendre un couteau, à justement en prendre un qui soit sans équivoque, un pas trop gros, pas trop dangereux, que je transporterais humblement. Mieux vaut éviter de se la jouer crocodile dundee dans la capitale, même si on a besoin d’un couteau. Autant avoir un couteau suisse au fond du sac.

Le cas curieux du laguiole

C’est un juge, qui le 2 mai 1995 à Bobigny a dit qu’un couteau Laguiole « ne constitue pas un objet dangereux pour la sécurité publique ». Puis la cour d’appel dira le 27 mai 1998 (Juris-Data n° 2001-159047) qu’ « Un couteau de marque Laguiole constitue un instrument d’usage alimentaire courant qui n’est susceptible de représenter un danger pour la sécurité publique et donc de devenir une arme de la sixième catégorie, que s’il est utilisé de manière anormale ».

Il s’agit d’un cas isolé, qui ne porte que sur les laguioles, bien que certains aie des systèmes de blocage. on pourrait s’attendre légitimement à un traitement identique pour les opinel et pourquoi pas pour tous les célèbres couteaux. Toutefois je ne saurais trop recommander de ne pas trop s’y fier et de conserver la règle « pas de couteau sans raison raisonnable ».

Sanctions

il y a des règles, donc il y a forcément des sanctions.

Le code de la défense nous dit que (Article L2336-4)

« Si le comportement ou l’état de santé d’une personne détentrice d’armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le préfet peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l’autorité administrative, quelle que soit leur catégorie. » C’est une confiscation de l’arme, elle peut être effectuée par un policier puis validée par la préfecture. C’est valable aussi bien pour un poignard pour une personne dans un commissariat ou un enfant qui aurait un couteau suisse. Ce sont les agents de la préfecture qui évaluent le danger. Il y a des possibilités de recours évidemment, mais ça n’est pas le sujet de l’article.

L’usage d’une arme est aussi une circonstance aggravante de certaines infractions, mais ça vous vous en doutez, un couteau ça ne sert jamais jamais à menacer, agresser, blesser.

Le port d’une arme sans motif légitime peut être très lourdement sanctionné, jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 3570 euros d’amende.( Article L. 2339-9 du code de défense).C’est bien sur un maxima, mais qui imposer d’appliquer la règle « pas de couteau sans raison raisonnable »

Pour ceux qui sont motivés, vous pouvez également lire le très bon article de Gildas Roussel, qui en se basant sur la jurisprudence laguiole interprète différemment les textes et pour qui un couteau sans sécurité n’est pas une arme.

Si vous avez une question précise et un besoin de réponse rapide, plutôt qu’un commentaire, envoyez un mail à l’auteur.


Page créée le 13 mai 2013
Auteur : Xavier
© LaToileScoute 2001-2013

  • Le couteau et la loi

    12 octobre 2009 13:12 , Auteur : corentin

    Bravo, très clair !

  • Le couteau et la loi

    13 décembre 2009 16:16 , Auteur : bob

    Vraiment très nul comme article, et je parle pas du fait que l’ auteur insiste bien lourdement sur « la tête du porteur »......

    En gros et pour dire la vérité, l’ état enlève de plus en plus les droits qui te sont naturellement accordés à la naissance :
    Chasser, faire un feu, porter un couteau, etc......toutes ces choses sont des droits que Dieu t’ accorde a ta venue au monde cela s’ appelle la liberté.

  • Le couteau et la loi

    3 septembre 2011 20:46 , Auteur : Raph

    Bonjour. J’ai été contrôlé par la police en possession d’un opinel n°8, ce qui m’a valu un rappel à la loi, indiquant qu’un opinel, à cause de sa fonction de blocage de la lame, EST un couteau à cran d’arrêt. On m’a notifié aussi que si le couteau est au fond du sac lors du contrôle, ça passe (à vérifier cpdt).
    Les peines encourues pour ce genre de délit (port non autorisé d’arme de catégorie 6) peuvent aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 3500€ d’amande. Attention, donc.

  • Le couteau et la loi

    13 octobre 2012 02:31 , Auteur : NemoNobody

    Bon, ben moi, j’ai rangé mon Opinel à virole et à lame de 7,2 cm dans un tiroir, car en tant qu’informaticien, il ne me servait qu’à ouvrir les cartons des matériels que j’installe en ville (donc pas de chasse, de randonnée, etc. en justifiant le port).

    Tant pis, retour aux ciseaux trouvés chez les clients et qui vous entaillent les mains quand on les utilise comme un couteau...

    Un jour, il sera probablement interdit de porter une ceinture à boucle métallique dont l’ardillon pourrait constituer une arme par destination...

    Et comme un homme dans la force de l’âge est capable de tuer à mains nues n’importe qui d’un peu plus faible que lui, il devrait en toute logique venir un jour où tout homme dans la force de l’âge sera considéré d’office comme une arme prohibée, donc incarcérable sans autre forme de procès...

    Espérons qu’un peu de bon sens ou de « subjectivité bienveillante » viendra adoucir tout cela, mais cela ne paraît pas gagné d’avance.

  • Le couteau et la loi

    13 décembre 2012 16:48 , Auteur : blacksmith

    Les articles de M. Gildas Roussel, étudiant émérite en droit, et collectionneur éclairé de couteux, sont néanmoins à prendre avec beaucoup de réserve. Il n’est ni policier, ni magistrat. Et la loi française laisse volontairement un flou sur cette objet dans le but (louable selon certain), de ne pas pénaliser l’élèctricien qui porte un couteau mais d’interdire le port au voyou. La loi Belge est plus intelligente dans sa forme : elle détermine quel objet est interdit. Le reste est autorisé. Seul l’usage qui en sera fait peut-être condamné. Concernant le commentaire sur « Sons of Anarchy » il faut noter que cette série se passe en Californie ou l’illégalité serait que le couteau soit caché ce qui laisserait supposer de mauvaises intentions

  • Le couteau et la loi

    15 janvier 08:28 , Auteur : GreenSlug

    Petite erreur dans les commentaires. Un couteau à cran d’arrêt est bel et bien un couteau avec mécanisme automatique. Dans le document que j’ai sous les yeux sur la loi Belge, il fait écrit ceci.

    "Les poignards, couteaux en forme de poignard et
    couteaux pliants avec un mécanisme de blocage
    non-automatique ne tombent plus sous cette
    catégorie, mais pour les porter, il faut un motif
    légitime."

    Ce qui sépare donc le cran d’arrêt du blocage non-automatique. (Le cran d’arrêt étant listé plus haut dans les armes prohibées par l’article en question)

    Merci pour l’article.

  • Le couteau et la loi

    29 mars 09:51 , Auteur : Bulle

    Bonjour, je viens demander un peu plus de renseignement. Je suis formatrice BAFA, je n’ai jamais travaillé chez les scouts mais je me demandais si le port d’un cran d’arrêt (exemple opinel) en camps d’ados par exemple ou séjour peut être autorisé pour les MINEURS ? est ce qu’en général un mineur a le droit d’avoir un couteau même en cas de motif légitime (pique nique, construction de cabanes...) ? je recherche la loi sur ceci.
    Merci à vous !

  • Le couteau contre les agressions

    26 avril 11:25 , Auteur : Martin

    Bonjour,

    J’avais une question précise : Si j’ai un couteau sur moi et que je me fais contrôler, si je dis que je le prend par mesure de sécurité en cas d’agression, est-ce que ce motif est considéré comme une raison raisonnable ?

    Merci à vous !

  • Le couteau et la loi

    13 mai 00:22 , Auteur : Xavier

    @martin non. pas en france, ce serait tolérer le fait que toute la population s’arme de façon prévisionnelle (oui la logique est trèèès différente des états unis). et puis, les policiers se feraient un plaisir de t’expliquer que soit le type en face de toi est désarmé, et la légitime défense ça marche plus (par ce qu’elle doit être proportionné) soit le type a un couteau, et il sais probablement s’en servir et bien, soit il est autrement armé (flingue ou autre) et il vaut mieux pas faire le malin à sortir son opinel.

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