40 ans de scoutisme à Charonne (chronique 1956 - 1961)

Un Cadre Vert

C’est un duo remarquable, constitué de 1958 à 1961 par Norbert Goudy et le Père Mercadier, qui va forger une troupe solide, individuellement et collectivement, et former de nombreux chefs.

La construction des installations en froissartage, les raids à la boussole, les descentes de rivière en canot ou à la nage, les courses en montagne sont les moments forts. Mais comme pour la période précédente, la vie quotidienne, le camp et ses feux restent des moments privilégiés.

Division Kim, candidature Raider, réfection de la Base, Cours d’Honneurs, entraînements individuels conséquents et maîtrises nombreuses, sont les qualités de cette 37ème.

1956

Louis Hacquin continue d’animer le Groupe et la troupe. Colette Cazeneuve et Colette Pattyn, la meute.

En janvier, le 1er CP Jean Clément, des Léopards, et les autres CP Jacques Boucher des Tigres, Guy Haberer des Castors avec Jean Hernette son second, et Bernard Schmitt CP des Chamois quittent la troupe et fondent une patrouille aînée?, patrouille de l’Elan bien sûr, appelée aussi Equipe Charles de Foucauld.

De ce fait la 37e est au plus bas faute d’effectifs et la patrouille des Chamois est dissoute.
Mais le Père Mercadier, ancien Scout et Raider de Neuilly, participe autant qu’il le peut aux différentes activités, redonne du tonus à la troupe et mobilise ses relations.

A Pâques, la 37e s’en va donc camper à La Motte-Beuvron dans la belle propriété solognote d’un chef de Neuilly, Jean de Marne, ami du Père Mercadier. Jean de Marne est assisté d’un autre Raider neuilléen, Dominique de la Commune. Les deux chefs assurent une remise à niveau technique de la troupe. François Clément, CP de Léopards depuis le départ des aînés en janvier, sait depuis lors allumer un feu sous n’importe quelle pluie !

En été le camp se déroule en Alsace, et est dirigé par Michel Benoist revenu au secours de la 37e toujours sans chefs, mais maintenue active par des CP dynamiques et surtout par… l’Aumônier. La troupe descend donc l’Ill, de Colmar à Strasbourg, en canots pneumatiques. Ceux-ci sont un petit peu trop larges pour les écluses, aussi doit-on les dégonfler à chaque passage. On en passe trois à la fois dans la longueur et de justesse ; deux scouts restent à bord pour la manœuvre. A une certaine écluse, alors que le sas se vide, on s’aperçoit avec stupeur que la porte fuit et que l’eau se déverse dans le dernier canot. Michel Benoist saute dans celui-ci et lance énergiquement les sacs sur le quai. Les sacs avaient été placés au début de la descente dans le fond des canots, mais crevant régulièrement ceux-ci, ils étaient ensuite arrimés sur deux planches posées sur les boudins. En tout cas plus de peur que de dégât : aurait-on retrouvé les sacs au fond de l’écluse ?
_ Ce camp inaugure aussi une pratique alimentaire restée fameuse : on déguste de la confiture d’ipomée (la patate douce). le Père Mercadier en a récupéré tout un stock. C’est très bon, mais ce qui sera le " dessert obligé " de nombreux repas à de nombreux camps passera au folklore de la troupe !

Enfin avec la rentrée, la 37e tire le bon lot. Norbert Goudy, Professeur des Collèges à la parole forte, directe et claire, breveté Chamarandais, Raider de la 100e Paris, prend la direction de la troupe. La 37 trouve là un de ses meilleurs Chefs. Norbert produit pendant 5 ans - son engagement comme “ cadre vert ", une opération nationale de recrutement de cadres, éternel recommencement - un scoutisme d’excellente qualité pédagogique et forme de nombreux chefs.
Au dernier trimestre les trois patrouilles de la troupe, les Alouettes, les Léopards et les Castors fonctionnent conjointement avec trois patrouilles d’une autre troupe temporairement sans chef (la 200 ?) : Les Aigles, les Jaguars et les Cerfs.

L’histoire la patrouille libre de l’Elan crée en 1956 est exemplaire pour illustrer la trajectoire de ces CP et SP? qui quittent la troupe à regret, encore avides de scoutisme, trop jeunes pour être routiers?. Au début 1956, les aînés ont donc quitté la troupe et fondé cette patrouille. La mère de Jean Hernette brode un magnifique fanion qui porte sur une face une tête d’Elan et sur l’autre un cœur surmonté d’une croix, symbole de Charles de Foucauld. La patrouille s’est auto-dotée d’un foulard noir et d’un insigne de béret particulier, une tête d’élan brodée elle aussi.
Elle fait un premier camp de Pâques volant en vélo en Sologne, avec la tournée des châteaux de la Loire, Chambord, Cheverny, Loches, Amboise, et Chenonceaux. Au troisième trimestre, la patrouille s’étoffe d’un copain de Jacques Boucher, Bernard Boussuge, et de Georges Bourdain et se fait reconnaître officiellement " patrouille libre " par le QG.
Les sept membres de la patrouille sont première classe, portent le béret vert et des brevets raiders : 4 wodcraft, 4 sportifs, 4 services public, 3 conducteurs mécaniciens, 2 missionnaires.
La patrouille réunit aussi 50 brevets, soit une moyenne de 7 par scout ! Voici cette impressionnante batterie de badges qui nous donne une image des compétences scoutes d’une H.P de cette époque : campeur (7) cuisinier (7) pionnier? (2) explorateur (5), topographe (2) nageur (4) skieur (3), athlète (2) métallurgiste (3) peintre (4) maçon (1) menuisier (3) vannier (1) typographe (1) électriciens(2) motocycliste (1) boute en train (3) acteur (1) chanteur (1) musicien (1) artiste (1).

Equipés de guêtres militaires en toile qui couvrent le bas des jambes, de petits " sacs de raid " individuels, le tout issus de "stocks américains" (chez Darty porte de Montreuil, chez Dethy place des Vosges…) et que chacun met son honneur à rendre le plus compact et léger possible, les scouts de la patrouille des Elans effectuent de nombreux raids. Voici le compte-rendu de l’un d’eux copié d’un " carnet de raid " :
" Raid en vélo (pat libre de l’Elan) le 11 octobre 1956. Départ vers 23h de Paris, direction Saint Deni, çà roule bien… Puis on oblique vers Saint Brice à La Fourche (N1). Les pistes cyclables sont très bonnes. A Saint Brice, on prend D123. Il est plus de 24h, nous sommes crevés ! Nous passons Domont, puis arrivons à Bouffémont. Nous couchons dans un hangar. Le lendemain, Alerte ! Des chasseurs sont à moins de 5m du hangar et parlent de tirer dans la paille ! Heureusement ils s’éloignent, nous nous habillons en vitesse et filons au plus vite vers Bailli en France. Là nous obliquons vers la gauche (D9) en plein cœur de la forêt de L’Isle Adam. Nous rejoignons la N1 puis atteignons Presles où nous déjeunons dans un café. Après la traversée de la forêt de Carnelle, nous mangeons près d’un carrefour, nous réchauffant en jouant avec une balle d’étoffe. Puis vers 14h, nous rejoignons Viarmes à travers la forêt. Nous arrivons à l’abbaye de Royaumont que nous visitons. Le retour s’effectue par la N322 puis les N1, D23. A la Croix l’Abbé, nous obliquons vers Chauvry et traversons la forêt de Montmorency jusqu’à Saint Leu. La pluie se met à tomber. Nous rejoignons Enghien, puis Epinay. Messe à 18h à ND des Missions. Puis visite à l’Abbé Lacoin avec lequel nous mangeons. Départ vers Paris et arrivée vers 23h. Il pleut à torrent. Sourions quand même ! "

La patrouille participe au camp des raftmans qui prépare le rallye Raider du “ soleil levant ” à la Banne d’Ordanche. Elle y rencontre les responsables de la branche éclaireur? des Scouts de France : Michel Menu et surtout ses adjoints Jean Lagarde, qui succèdera à Menu en 1957, Jo Herbet, François Lebouteux, le père des Pionniers et des Rangers. Puis elle participe au rallye aux cotés d’une fameuse troupe Raider la 1re Marcq-en-Barreuil.
Au 4e trimestre, la patrouille décide avec l’accord du QG d’installer sa base à la paroisse Saint Jean Bosco, la seule paroisse du 20e sans scouts, afin d’y fonder une troupe. En recrutant 10 nouveaux scouts, dont André Verliac et Bernard Brosse, elle donne naissance à deux patrouilles libres, les Loups (CP Jean Clément, SP Bernard Schmitt), et les Panthères, (CP Guy Haberer et SP Jean Hernette, puis François Clément et André Verliac).
Les deux patrouilles deviennent Division KIM en avril, " jungle" bande verte, pour les Panthères et " intervention " bande noire, pour le Loups.
La " Division KIM " est la qualification d’une patrouille spécialisée qui nécessite la réunion d’une première classe, de trois secondes classes, d’un certains nombre de brevets. Les insignes sont une étoile d’or sur un fourreau noir en patte d’épaule et une bande de couleur de la spécialité : intervention, jungle, pilote, sauvetage etc. au dessus de la poche.
A Pâques 1957, les patrouilles libres de Dom Bosco participent à un CHAM à Jambville comme Lévriers, “ patrouilles de services ”. En juillet elles campent en Isère avec la 37. Au quatrième trimestre 1957, elles forment une nouvelle troupe, la 127e, avec pour chefs Claude Paillard (ex Commissaire District Éclaireur) et Jean Bousquet (ex CT de la 37), venus apporter leur compétance pour cette création.

Le 11 novembre, le groupe fête son 30e anniversaire avec messe, promesses scoutes, repas à l’Ecole des Frères sous la présidence du Chanoine Fabre, suivi d’un film et des chansons par les " Balladins de Paris ".

1957

En janvier les anciens du Groupe se réunissent autour de l’Abbé Fabre.
A Pâques, la troupe campe à Villeseneux. La 37 retournera souvent dans ces "bois du Mont", hélas aujourd’hui disparus, entre Fère Champenoise et Châlons en Champagne. L’endroit est idéal à cette période de l’année, même si la région est froide. D’abord des boisements de jeunes pins d’Autriche, toujours vert. Ces arbres permettent aux scouts et aux chefs de réaliser des prouesses en matière de froissartage : les camps deviennent de véritables chantiers de bûcherons et de pionniers. Ensuite de grandes clairières couvertes de graminées encore jaunies par l’hiver. Enfin la proximité de villages pour les vivres frais. Les jours de grand froid, la maîtrise n’arrête pas se “ cocader ” des œufs sur sa table à feux (le Père Mercadier l’a initiée au latin … de cuisine) et de la paille est disponible pour de bonnes paillasses isolantes sous les tapis de sol, quand ce ne sont pas des pierres chauffées. Le curé de Villeseneux, le Père Tartivel, sympathise avec tous et profite de la venue fréquente de la troupe pour créer avec son appui, une patrouille libre avec les frères Friquot fils d’un cultivateur de Clamanges.

Le camp d’été a lieu à Laffrey en Isère, dirigé par Norbert Goudy. Il a comme assistants Pierre Barret, qui vient de la 1re Montreuil (dont le CT est Michel Closier et où Jean Clément fait un stage d’ACT d’octobre 1957 à avril 1958), et Guy Haberer. La troupe comprend quatre patrouilles dont les Bisons, nouvellement créés et dirigés par Claude Bresson. Alain Teste est CP des Alouettes, Pierre Clément CP des Castors.
La troupe campe au bord du lac, à la Bergerie, avec les deux patrouilles libres de Don Bosco, les Loups et les Panthères. Le 1er CP, François Clément, dirige ces dernières. Il se souvient de l’accueil amical de fourches des paysans alors qu’il longe tranquillement le lac, mordant toutefois légèrement sur les prés il faut l’avouer !
Pierre Barret se fait adopter de tous par son humour dérapant lors des baignades.
“ Système BP ” oblige, les patrouilles gèrent leur propre budget d’intendance, mais contrôlées de près par le Père Mercadier !

Après le camp, Norbert Goudy pousse la troupe vers les patrouilles KIM. Dans le même temps la " base " prend peu à peu meilleure allure.

Norbert Goudy fait paraître en octobre 1957 le premier numéro de “ Pionniers, bulletin technique de liaison des scouts de la 37e Paris ”. Rappelant que le titre est une référence à Baden Powell (Éclaireurs, huitième bivouac) : " Les Pionniers (quelle prémonition !) sont des hommes qui vont ouvrir un chemin dans la jungle pour ceux qui viennent après eux ", Norbert poursuit :
" Au seuil de l’année 1957-1958…des projets !
A vrai dire, l’objectif de l’année sera le grand camp d’été 1958, qui plus encore que celui de l’an passé, sera une réussite. Nous vous proposons un camp, en Haute Provence avec une grande exploration dans les gorges du Verdon. Le grand Canon du Verdon est une merveille qui n’a pas de réplique en Europe. Le Verdon s’est creusé dans un large massif du jurassique depuis Rougon, jusqu’au pont d’Aiguines, sur une longueur de 21 Km, une série de gorges que la rivière traverse avec une différence de niveau de 146m, une pente de 4 à 14% et une vitesse minimum de 2m par seconde. La profondeur de ce Canon atteint parfois 700m (au bois d’Aïré). La traversée complète du fond du Canon a été accomplie pour la première fois en 1905 par A. Martel, A. Janet, Louis Armand, (…) et Isidore Blanc, instituteur à Rougon, au moyen de canots démontables ; ces deux explorateurs l’ont renouvelée en 1906, aidés seulement de ceintures de Kapok (…) C’est donc une exploration que nous voulons refaire et il est certain que ce n’est pas une entreprise de fillettes. Pour la réussir il faut des patrouilles entraînées, disciplinées, organisées. La division KIM est l’objectif à atteindre (une première classe et 4 secondes classes par patrouille) et pour cela une importante promotion de 2e classes doit avoir lieu à Pâques ! Préparez-vous dès maintenant.
D’autre part nous avons pensé que seuls les scouts de 2e et 1e classe ayant le brevet de secouriste et de nageur pourront participer à l’opération Martel !
Nous ferons passer un véritable examen pour le brevet de nageur avec deux sessions : l’une en février, l’autre en juin ; de même pour le brevet de secouriste.
Vous concevez aussi qu’il faudra vous entraîner sur le plan sportif : entraînement à la fatigue, parcours Hébert et maîtrise de soi.
Pour vous tirer d’une telle aventure, il faut vous exercer tout de suite à être fort, actif et en bonne santé (voyez les six exercices préconisés par B.P. dans Éclaireurs).
Ne négligez pas le moindre détail dans l’apprentissage de votre technique scoute. Ainsi tout éclaireur doit savoir faire des nœuds. Faire un nœud semble une chose facile et cependant il y a une bonne et une mauvaise manière de le faire. Un éclaireur doit connaître la bonne. Il peut arriver souvent que des vies humaines dépendent d’un nœud bien ou mal fait. La meilleure façon d’apprendre des nœuds est de trouver un camarade qui vous le montre (votre CP par exemple).
Le camp de Pâques sera une préparation du camp d’été et si vous voulez être admis à la division KIM, il faut que vos patrouilles soient des patrouilles pilotes dans l’art du camp :

  • tentes rangées à l’état " toujours prêt "
  • matériel à l’abri, entretenu et prêt à fonctionner
  • cuisine faite proprement et astucieusement
  • repas pris dans une ambiance de joie où " l’invité " est l’hôte reçu avec courtoisie. Le pain est coupé. L’eau est à la disposition des convives
  • coucher silencieux et méthodique
  • lever bondissant !

La patrouille KIM est aussi une patrouille qui a du style dont les scouts n’ont pas " leur " uniforme, mais celui de l’association où tous les insignes qu’ils méritent sont cousus à leur place (encore une fois merci les mamans !).
C’est une patrouille où le CP donne des ordres qui ne sont pas discutés parce qu’on sait qu’il les donne pour le bien de tous.
C’est une patrouille où Dieu est premier servi : prières, messes, lectures d’Evangiles, où chaque scout a son carnet personnel qui lui permet un examen de conscience sérieux pour profiter pleinement du sacrement de pénitence.
C’est une patrouille où l’on communie souvent.
C’est une patrouille qui rend service. "

En novembre, les Panthères de la future 127e, sont retenues par Georges Dobbelaere le responsable jeux scéniques au QG, pour tourner “ la Légende de Saint Julien l’Hospitalier ”. François Clément interprète Saint Julien. Un reportage photo paraît dans le “ Scout ” de décembre : la gloire quoi…

1958

Cette année là, la troupe est dotée alors d’une maîtrise confortable : CT Norbert Goudy, ACT : Guy Haberer, Pierre Barret, François Clément qui vient de quitter les Panthères de Don Bosco. Une cinquième patrouille est créée, les Aigles dont Jean Le Goareguer prend la tête. Les autres chefs de patrouilles sont Pierre Clément (Castors), Alain Teste (Alouettes), Gérard Scoupe (Bisons), Lucien Van Hollmersch (Léopards).

Le camp de Pâques à Château Thierry (alias " camp de Dormans ") comprend un entraînement de descente de rivière avec les canots. La visite des caves de Champagne laisse évidemment un grand souvenir aux scouts.
En Juin les Castors deviennent " patrouille Division Kim Intervention "
Des scalps blanc sont décernés aux scouts qui ont montré le meilleur esprit. C’est ainsi que se sont vu récompensés Marc Tessier, Michel Tessier, Bernard Royer.

Le camp du Vercors est l’un des plus beaux camps d’été de la 37. Cadre formidable, sur les pentes du Grand Veymont dans un décor de pré-bois où résineux et feuillus laissent de vastes clairières où se dispersent 6 patrouilles bien entraînées : les cinq patrouilles de la 37 et les Elans (Il n’a pas été possible de retrouver de quelle troupe faisait partie cette patrouille !), une maîtrise presque aussi nombreuse qu’une patrouille : Jean Clément et Claude Bresson ont rejoint Norbert et les trois autres assistants au camp. Les installations de patrouille et de troupe (mât, autel, table des chefs) sont d’une grande qualité, car supervisées par le maître menuisier Pierre Barret.
Activités sportives, découvertes nature, activités culinaires, grand jeu type cross d’orientation et grand raid-exploration, avec reconnaissance par les ACT, des itinéraires de nuit pour éviter les barres rocheuses, sont les moments remarquables du camp. Voici le classement final de ce camp, retrouvé dans les archives :

  • Flammes gagnées aux concours particuliers : Castors 9, Alouettes 5, Bisons 5, Aigles 5, Léopards 3, Elans 3.
  • Points (concours cumulés) : Castors 123, Alouettes 103, Bisons 100, Aigles 101, Léopards 86, Elans 82.

Tandis que Jean et François Clément ramènent les plus jeunes de Die à Paris, la descente du Verdon avec les aînés de la troupe, en deuxième partie du camp reste aussi un temps fort mémorable. Cette descente, doublée d’un rebalisage du sentier de randonnée qui suit les gorges n’est pas sans risque malgré les gilets de sauvetage et la discipline très stricte imposée par Norbert. Mais tout se passe parfaitement, même si les scouts ont quelques frayeurs, par exemple l’aspiration et heureusement le rejet du 1er CP Pierre Clément et de Guy Haberer d’une " marmite " ! Mais le pont d’Aiguïne salue les explorateurs après six jours de descente.
Gérard Scoupe prend de superbes photos du camp et de la descente du Verdon, en digne fils de son père, photographe célèbre. Elles sont l’objet d’une exposition et un superbe album est édité.

A la rentrée d’automne, Norbert Goudy propose une participation de la troupe à l’opération feu vert lancée par le QG, afin d’être investie Raider en fin d’année. Après discussion sur la situation en maîtrise, la candidature est repoussée à plus tard. Pierre Mercadier l’Aumônier, et les ACT Jean Clément, Guy Haberer et Pierre Barret préfèrent conforter les patrouilles en Division KIM. 

La troupe compte les Alouettes que dirige Louis Marie Hacquin, les Léos dont Michel Langlois est CP, les Castors avec Michel Boutoute, les Bisons avec Jean Louis Lemest et les Aigles dirigés par Alain Frémion. Ces patrouilles regroupent 39 scouts dont douze de première classe et treize de seconde classe.

Ces années là, il y a suffisamment de chefs et de garçons pour dédoubler la troupe pour la seconde fois de l’histoire du Groupe. Cela se serait fait en d’autres temps. Mais la pédagogie d’alors à la 37e repose sur une grosse unité avec ses activités communes, qui laisse place à quelques activités adaptées aux deux tranches d’âge, aînés et jeunes.
Les modes de vie ont changé : le temps de ceux qui autrefois, partaient fréquemment à 15 ans et demi, créaient une patrouille aînée ou une équipe pré-route, et parallèlement entraient dans le monde du travail, est passé. Désormais les garçons poursuivent plus souvent des études, et vivent l’expérience scoute en restant à la troupe jusqu’à 16 ans, 16 ans et demi, voire 17 ans et il leur faut des activités adaptées à leur âge, semblables à celles que choisissaient auparavant les patrouilles d’aînés.

1959

Guy Haberer et Pierre Barret entreprennent une grande rénovation de la base du 35 rue Saint Blaise. Deux locaux des trois existants sont réunis en un seul. On voit grand et beau avec un faux plafond supporté par des poutres en “ pin d’Orégon ” (Douglas) que les parents, sollicités financièrement, trouvent bien coûteux ! Guy Haberer monte une cheminée monumentale en pierres taillées, hélas le feu y est interdit par les pompiers pour raison de sécurité.

Le spectacle donné en mars par les scouts à l’occasion de la fête de Groupe a pour thème " l’Aventure " ; sketchs, piécettes, proses et poèmes le constituent. C’est un peu intellectuel, mais réussi.

A Pâques la 37 campe encore à Villeseneux, les scouts se surpassent pour les installations. On dresse en particulier un magnifique triple mât des couleurs. La maîtrise organise aussi un super-raid de patrouilles de 4 jours.

Les Bisons gagnent le Rallye de district et leur CP Gérard Scoupe est invité à participer au Jamboree des Philippines. Mais comme il doit passer son bac, il laisse sa place à son SP Léopold Annibal, qui en ramènera des souvenirs éblouissant.

Le camp d’été se déroule à Lutzelhardt, en forêt domaniale, sur la commune d’Obersteinbach dans les Vosges du nord. Ce grand camp est célèbre pour un “ grand raid des 4 châteaux ”, dont le thème est inspiré d’un roman de la Collection Rubans Noirs. 5 patrouilles renforcées des Tigres de ( Clamanges ?) s’en donnent à cœur joie. La troupe campe dans une forêt de pins sylvestres et épicéas à quelques centaines de mètres de la frontière allemande. La maison forestière de Monsieur Sibille, le Garde qui initiera la troupe aux travaux forestiers, est le lieu de détente des chefs.

Après le camp, deux CP s’en vont. André Serraz reprend les Léopards, Léopold Annibal les Bisons. Mais la troupe comprend désormais 6 patrouilles, une nouvelle les loutres étant crée et prise en charge par Jean Jacques Flochel. On compte 52 garçons, dont quinze premières classes, seize secondes classes, dix scouts et onze novices.

La candidature Raider est (re)déposée au QG fin novembre. Les premières classes reprennent ainsi le béret vert, que les ACT passés par la patrouille des Elans en 1956 - 1957 avaient continué de porter. Les premières classes de la 37e resteront désormais en vert jusqu’au passage aux Pionniers en 1964.

En fin d’année la troupe est sollicité par Roger Varga, ACDE " Ménilmontant " (nouvelle dénomination du district), pour participer à une opération de vente de cartes pour les aveugles aux bouches de Métro, dans le cadre de l’émission “ Vous êtes formidables ” de la Radio " Europe I ",.

1960

Après un léger changement de la maîtrise, (Jean Clément quitte la troupe en janvier pour ses études, Pierre Barret part au Service Militaire), les patrouilles sont une nouvelle fois recomposées le 21 février, car cinq des CP partent.

La troupe candidate s’entraîne très hardiment pour les brevets Raiders (woodcraft, sportif, judo, mécanicien, sauvetage, secourisme Croix Rouge) et pour les première classe. Selon les " épreuves de classe de la 37e " de 1960, il était demandé d’obtenir pour " preuves " (ce terme a remplacé celui d’épreuves), de première classe :

  • " Etre capable de se tirer d’affaire tout seul. Prendre des responsabilités de plus en plus grandes dans la patrouille et dans la troupe.
  • Avoir vécu 2 camps totalisant 30 nuits.
  • Avoir amené dans sa patrouille un novice, l’aider à faire ses preuves d’aspirant.
  • Au cours des camps ou des activités d’année, avoir fait la preuve de ses compétences en organisant soit un camp de patrouille, soit un cercle technique, soit un atelier dans une entreprise de troupe ou en assumant toute autre responsabilité équivalente reconnue par la Cour d’Honneur.
  • Avoir fait un raid d’exploration, 24 heures avec un camarade, une mission nécessitant un parcours de 20 km, couchant sous un hutte ou un abri naturel et en menant une vie de trappeur. La mission peut recouvrir la reconnaissance d’un parcours ou d’un pays ou d’un terrain de camp, ou d’un lieu de sortie ou toute autre mission utile et précise. Le rapport comprend un relevé d’itinéraire, un croquis panoramique, un rapport d’ensemble sur la mission.
  • Faire ses preuves de première classe en passant les tests suivants :

Test blanc :

  • Missionnaire, être en contact avec l’aumônier,
  • Esprit scout : être un apôtre de l’article 3
  • Connaissance du mouvement : posséder “ Éclaireur ” et le consulter souvent
  • Civisme, faire un rapport sur les conditions de vie des garçons de son école ou de son milieu, connaître la constitution française

Test Jaune :

  • Sport, être ceinture jaune de judo, avoir le badge de nageur, le brevet de parcours d’entraînement général, le brevet d’athlète
    Test Vert :
  • Nature : un brevet nature
  • Campisme : brevets de campeur et cuisinier
  • Pionnérisme : brelages en carré, diagonal, en huit. Nœuds de Carrick et de l’évadé. Froissartage : assemblage à mi bois, tenon et mortaise. _ Le brevet de Pionnier remplace toutes ces épreuves.
  • Effectuer un raid de première classe au grand camp (voir plus haut).

Test bleu :

  • Orientation topo : établir l’ordre de mission pour un raid de seconde classe ; croquis panoramique, croquis d’itinéraire, coupe de terrain, ou brevet de topographe
  • Raid exploration de 1e classe (voir plus haut).

Test rouge :

  • Observation : connaître parfaitement le code de la route
  • Transmission : connaître les codes Q, morse et sémaphore ; brevet d’agent de liaison, ou brevet de signaleur.
    Ingéniosité : brevet mécanicien ".

Fin février, les " anciens " Roger Chevalier, Jacques Sabaton et Jacques Thirion prennent l’intiative de former un comité d’entraide des anciens des 37 et 137, afin d’apporter un appui au réaménagement du local de la 37e

A Pâques, les scouts retournent camper à Villeseneux, dans ce beau lieu que tous aiment beaucoup.

François Clément n’en est pas : il complète sa formation de chef à Jambville. Ces années là, une attention importante est apporté à la formation des chefs, leur proposant un parcours long et exigeant. Le premier niveau, la "Promotion Baden Powell", demande d’être routier (pour François au Clan Chant de Joie des 88 et 56es Paris du district Popincourt, animé par le Père de Metz Noblat, Aumônier Général des SDF), et en même temps faire fonction d’ACT, suivre un CEP (précédemment CEC, Camp Ecole de Chef), passer s’il ne les a pas déjà, les deux brevets de Secouriste et de Sauveteur/Nageur de la Protection Civile.
Il leur faut ensuite suivre un cours spécial de formation avec l’appui d’un parrain adulte, tout en préparant le" départ routier ".
Le chef est alors nommé ACT et porte sur la manche l’insigne spécial de la promotion BP, un pentagone orné d’une trompe (bien sûr on dira : " la totoche ").
Pour le second niveau, le chef suit un Camp National Éclaireur (CNE, plus tard CN Pionnier ou Rangers), appelé CHAM ( du nom de Chamarande). Il présente enfin un travail personnel sur sa troupe pour être breveté Scoutmestre. Il porte alors le foulard gris-rose avec en pointe un carré de tissus écossais du clan de Gilwell et la badge de bois, dite " les bûchettes ".
_
En juin on reprend la vieille tradition de la sortie de Groupe avec les parents, cette fois au château de Laversine près de Creil. La messe se termine évidemment par la prière scoute. Elle est suivie du repas, puis de démonstrations par les scouts, de jeux avec les louveteaux? et de compétitions en tous genre.

Puis en été, la 37 campe en Haute Loire, à Cayre, aux bords du lac du Bouchet. Camp formidable d’une troupe très technique et avec un excellent esprit. Les Aigles réapparaissent avec Jean Pierre Girard chef de patrouille. Louis Hacquin est CP des Alouettes.
Un raid vélo avec opération survie dans les gorges de l’Allier reste célèbre par le destin du vélo d’André Serraz abandonné en plein milieu du chemin, et piétiné par un troupeau de vaches. Les baignades matinales dans le lac avec relève discrète des filets du restaurant local en sont aussi un fameux souvenir.
Les Alouettes ont participé deux jours aux travaux bucoliques d’une ferme et restaient béats devant les boites de champignons séchés du curé de Cayres.

A l’automne, Jean Clément reprend place au sein de l’équipe des assistants de Norbert Goudy, rejoignant Jean Jacques Flochel, Jean Louis Le Mest et Pierre Clément.
Les Aigles sont dissous mais pour peu de temps. Les Bisons disparaissent remplacés par les Jaguars que dirige Michel Chevallier. Serge Flochel reprend les Alouettes ; Jean Pierre Villain, les Castors ; François Lobert, les Loutres.
Le Père Mercadier a pris la responsabilité de l’Aumônerie du district en plus de celle du groupe. Avec le CD, Bernard Dartus, il organise une recollection : " comment améliorer notre dialogue avec le Seigneur "

1961

C’est une des belles années de la Troupe. Le camp de Pâques a lieu une fois de plus dans ce cadre toujours très apprécié de Villeseneux.
On note aussi une sortie de Groupe à Laversines dans l’Oise, cette fois en commun avec les Guides de France de Charonne, la 102e Paris.

En été la 37e campe à Rathery, près de Colmars les Alpes : ce grand camp, établit dans un très beau cadre de mélèzes, est conjoint avec sa troupe " fille " la 127e Paris dont les chefs sont indisponibles. Il y a donc dix patrouilles !
Heureusement Norbert Goudy est assisté d’une forte équipe d’ACT bien formés : Jean Clément, Jean Jacques Flochel, Jean Louis Le Mest, Pierre Clément, Michel Boutoute et Alain Colsy. Le camp est suivi d’une autre descente des Gorges du Verdon par les aînés de la troupe, comme en 1958.

Il y a pléthore de chefs à la 37e. De ce fait, François Clément va remplir pendant plusieurs mois un rôle de " Chef volant " assurant l’encadrement temporaire d’unités sans chefs lors de camps. Il va renforcer ainsi ses compagnons de Clan Chant de Joie qui font camper conjointement les 88e Paris (24e Raider, troupe du Lycée Voltaire), et 178e Paris (de Notre Dame du Perpétuel Secours, du District Popincourt), ou comme à la rentrée 1960, participant à la rentrée des activités de la 42e Paris dont le chef s’est tué au grand camp, ou encore assurant quelques missions d’inspection de troupes pour le Q.G. François se souvient de l’une d’entres elles, complètement basculée dans une déviance d’idéologie " Teutonique " : port de bliauds lors des cérémonies, adoubement de chevaliers etc. Evidemment les Chef et Aumônier ont été écartés et la troupe suspendue !

Mais voilà qu’après le grand camp une grande tristesse et un grand vide : Norbert Goudy quitte la direction de la troupe.
Norbert vient de marquer très fortement les cinq années passées. Il laisse à tous l’image d’un grand pédagogue qui sait intégrer les principes de la méthode de Baden Powell avec une grande intelligence et une grande adaptation à l’époque qu’on vit. Tous, chefs et scouts et parents (dont le Président est le docteur Colsy), se sentent un peu orphelins… Cependant Norbert reste présent au Groupe puisqu’il en prend la responsabilité.

Norbert passe le relais à son premier assistant Jean Clément. Celui-ci a été aussi un des grands chefs qu’a connu le Groupe. Formé par Norbert à sa succession, pétri de son exemple, également doté d’une grande autorité naturelle rassurante, il est parfois austère, mais toujours bienveillant. Homme réfléchi, d’une grande spiritualité, c’est de plus un excellent organisateur très créatif. Il pilotera la troupe de main de maître, entraînant des assistants et des scouts enthousiastes jusque (enfin !) aux Raiders, puis à la nouvelle formule des Pionniers et Rangers.
Jean Clément, qui nous a quitté en 2003, adorait la forêt. Ses scouts en savaient quelques chose ! Il y avait toujours des jeux de reconnaissance d’arbres, des parcours de découverte en forêt lors des sorties et des camps qu’il organisait. Il devait en faire sa profession. Après l’Ecole Nationale du Génie Rural et des Eaux et forêts, il fit une belle carrière de forestier international. Conseiller du Directeur de l’ONF, puis Directeur des forêts à la FAO, il la termina membre du Conseil Général du GREF.

La troupe est toujours à six patrouilles, mais la roue tourne et les changent encore. Jacques Rozières reprends les Alouettes ; Michel Boinet, les Léos et Gérard Leymarie, les Loutres.
Voici le programme d’activités du dernier trimestre 1961. L’accent y semble mis sur la vie de Patrouille :

  • Réunion tous les jeudi de 18 à 19h30
  • 15 octobre sortie de patrouille
  • Samedi 28 et dimanche 29 week-end de patrouille
  • Jeudi 2 au 4 novembre récollection des CP
  • Dimanche 12 raid pour les premières et secondes classes (CP libres)
  • Dimanche 26 novembre, 3 et 10 décembre, préparation de la fête de Groupe
  • Samedi 16 et dimanche 17 décembre fête de Groupe.

Le chef constate fin octobre que si le niveau technique est très bon, l’état d’esprit scout de certains laisse à désirer. On note un peu d’absentéisme. " Seulement " 20 scouts participent à la sortie de patrouilles des 28 et 29 octobre ! En d’autres temps on eut été satisfait d’un tel effectif ! Le CT propose alors aux scouts un “ contrat ” qu’une grande partie adopte. les autres, environ une dizaine, quittent la troupe. La patrouille des Loutres est alors dissoute pour cause de diminution d’effectif.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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