40 ans de scoutisme à Charonne (Chronique 1940 -1945)

La Guerre

Frappé dans son essor, le Groupe marche vaille que vaille de 1939 à fin 1940, en attendant des jours meilleurs.
Les aînés sont dispersés et le Groupe vit la clandestinité, devenant un temps « Oeuvre Sociale Saint François d’Assise ».

Mais assez vite, de jeunes chefs, Jean Guelf, Paul Dufourcq, René Piessès, Odile de Lussigny, Jean Jacques Albe… relèvent les anciens en captivité. les activités reprennent, les camps ont lieu, sauf en 1940 semble-t-il. Louis Hacquin encadre les routiers? du District, puis le District lui-même.
Finalement à la Libération le Groupe est toujours là, prêt à un nouveau développement.

1940


Le numéro 3 de " Radio 37e " paraît en mars. Dans l’éditorial titré " quand même ", le rédacteur (l’aumônier ?) écrit : “ Un dur hiver s’est écoulé. Le Groupe est reconstitué huit routiers?, vingt quatre scouts, vingt quatre louveteaux?, avec les chefs, un ensemble actif de cinquante huit garçons. Le premier dimanche de mars, nous nous réinstallons rue des Haies. Il faudra beaucoup pour que nous arrêtions désormais nos activités. Nous continuerons quand même ! et s’il n’en reste qu’un, il sera " la 37e " QUAND MÊME !

Paul Dufourcq a donc pris la relève de Georges Chrétien. Dans " le mot du chef " il écrit :

"La neige a fondue ; les premiers rayons de soleil vont réchauffer nos cœurs et nos membres ; ce n’est pas sans besoin.
Nous venons de faire du scoutisme de guerre. Avec les à-coups de trois déménagements, mais nous voici à nouveau dans notre cher manoir de la rue des Hayes, foyer chéri de nos anciens, foyer accueillant et fraternel de nos nouveaux.

C’est notre devoir, à nous jeunes, de suivre la route de nos anciens chefs : Hathi, Sérene, Blaire, Odoul, Aine, Catusse, Gaumé, Schlesser, sans oublier nos chefs actuels séparés de nous par la guerre, comme Henri Dehaudt,, Akéla, Georges Chrétien. C’est notre Devoir absolu de suivre la route de tous ces chefs, de tous ces anciens aussi, qui ont édifié peu à peu, sous la garde fructueuse du cher Abbé Fabre, la 37e Paris, troupe que nous aimons de toutes nos forces ! Pour cela, préparons notre communion pascale en opérant par le carême un bon petit dressage de nous -même ; au front, il y a des gars de l’Action Catholique qui le font en fumant moins ! Et ils sont au front !
Comme le scoutisme c’est la patrouille, en avant les patrouilles et l’esprit patrouille !

Revivons-en à l’occasion du changement de local, le trésor. Dans la troupe, il y a un gars qui dès qu’il apprend qu’un scout est malade y bondit ; c’est cela l’esprit patrouille, eh ! vous savez des malades, il y en a de plusieurs sortes !
Donc tous en chœur, chantons le chant de la 37e : " Vas-y joyeux, et fonce toujours devant, te donnant sans retour, et simplement ! "

Le programme de mars de la troupe montre que pour ce qui est des activités, la guerre ne semble rien changer :

" Février a été trop mou, malgré le froid. Pour les épreuves, ça dort. Pour les épreuves religieuses, les scouts n’en savent pas tant que les patte-tendres de la meute. A tout prix, en sortir en mars et que le retour rue des Hayes soit le retour à la foi dans laquelle il n’y a pas de place pour les dégonflés :
Dimanche 3,rue des Hayes, messe à 8h, inspection et l’après-midi préparation du Feu de Camp
Mercredi 6, réunion concours inter patrouilles sur l’observation.
Dimanche 10 sortie de patrouilles
Mercredi 13, " boite aux lettres du soldat ", concours sur l’évaluation
Mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15, retraite pascale pour les scouts et petits loups écoliers
Samedi 16 rue des Hayes, soirée religieuse scout où sont invités les anciens. Allocution par M. l’Abbé Chapusot aumônier de la 108e Paris du bon Pasteur.
Dimanche 17, les Rameaux
Dimanche 24, Pâques, Grande sortie.
Dimanche 31, messe à huit heures, hébertisme, l’après-midi Grand Jeu.

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Depuis la reprise par les deux jeunes chefs en décembre 1939, la meute a doublé ses effectifs. Akéla (Eugène Desvaux), la confie " pour la durée des hostilités " à deux cheftaines envoyées par le district, Mlles Faye et Cortin dont nous ne connaissons pas les prénoms. Elles font faire du très bon travail aux louveteaux qui ont adopté un soldat pour lequel un premier paquet est parti.

En mai et juin, la troupe est mobilisée pour accueillir les réfugiés civils et militaires venant de Belgique et du front : Jean Pujol se souvient de son service à la caserne Mortier de la Porte des Lilas. René Decker, Marcel Catusse et André Bousquet mènent de front travail et Défense Passive.

1941

Nous savons peu de choses sur cette année 1941.
Beaucoup de chefs sont prisonniers. Jean Guelf a remplacé Henri Dehaudt à la tête du Groupe. Paul Dufourcq assure la direction de la Troupe avec l’appui éloigné de Georges Chrétien, toujours en Normandie.

Le Camp d’été se déroule à Cussy les Forges, dans l’Yonne. les louveteaux cantonnent, Les scouts campent. Sur ce que peut être le scoutisme au camp à cette époque, on lira avec intérêt et plaisir le roman " Patrouilles dans la nuit ", d’André Noël, paru en 1945 aux éditions Heures Joyeuses.
Au cours de ce camp, on visite l’Abbaye de “ la Pierre qui Vire ”, qui laisse une grosse impression aux garçons : les moines creusent quotidiennement leur tombe.

La troupe participe à des activités dans la “ zone ” de Bagnolet et organise des " Noëls " dans des quartiers défavorisés.

1942

Nous avons peu d’informations également sur les activités de cette année. Jean Guelf reste chef de groupe et chef de troupe, assisté de René Piesses, et de jeunes chefs se préparent à la relève.

Le Groupe campe l’été à la Houssoye, entre Beauvais et Gisors, dans une magnifique propriété. Malgré les circonstances, les patrouilles peuvent faire un mini-camp dans la région. Les parents ne sont pas loin. Jean Pujol se souvient qu’une tombola est organisée : son père y gagne une bouteille d’huile ! Tous sont cependant inquiets, car c’est à cette date qu’a lieu la malheureuse tentative de débarquement canadien à Dieppe.

Odile Toucheboeuf de Lussigny prend la direction de la meute au camp de la Houssoye. Elle vient du XVIe arrondissement et restera l’Akéla du Groupe de nombreuse années.

Jean Jacques Albe fait un Camp Ecole Préparatoire en septembre avant d’être nommé ACT à la 37e fin septembre. Il fait ensuite un stage à la 84e Paris, à Saint Gabriel.
En octobre, Claude Benoist monte de la meute à la patrouille des Léopards, accueilli par le CP Jean Baligand.

1943

Le Groupe fonctionne discrètement par rapport à la Fédération. Il apparaît sous la dénomination d’ " Œuvre Saint François d’Assise " qui lui assure un " camouflage " d’organisation de vacances. Jean Guelf continue d’assurer la direction du Groupe tout en continuant ses études. L’Abbé René Sauvel quitte le Groupe, nommé Curé de Saint Pierre, de l’Isle Saint Denis. L’Abbé Maurice Greiffiths le remplace.

Le camp de Pentecôte a lieu à Ermont-Aubonne. Sur une photo de l’album de camp de Roger Rouillé, la meute regroupe une dizaine de louveteaux et trois cheftaines et leurs tenues sont sans insigne.

Le grand camp à lieu au château du Paly, à Argenton sur Creuse. La troupe a pu se rendre en zone occupée. En effet, après l’invasion de allemands en novembre 1942 il est alors possible de franchir la ligne de démarcation.
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En novembre, la meute est sous la conduite de la cheftaine Thorin, la Troupe renforcée par l’arrivée des louveteaux et de nouveaux marche sous la conduite de Daniel Albe assisté de René Piessès.
Le programme du mois envoyé sous forme d’un papier pelure ¼ de page, comprend : la préparation du concours du trimestre : habileté manuelle ; une sortie de troupe le 7 ; une veillée au Sacré cœur le 13 pour les morts et victimes de Guerre ; famille le 14 ; Paroisse le 21 ; sortie de patrouille le 28. Réunion tous les jeudis au local à 17h30, les mercredis pour les CP et SP? à 20h30. Les Ramiers sont patrouille de service. On admet Claude Lahure à faire sa promesse, Pierre Massiot reçoit la badge de bricoleur, Pierre Theilmann la même et la badge de pionnier?.
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En décembre, le programme est similaire, mais une veillée traditionnelle est organisée le 24 au soir avec Noêl du Groupe l’après midi, puis messe de minuit. la patrouille des Rouge Gorge est de service. Il est demandé aux scouts de penser à l’assurance qui est de 30 F. L’idée du mois : " garçon sans B.A. garçon sans âme, Pat sans B.A. pat sans âme. " Roger Manuel obtient sa seconde Classe et la badge d’acolyte, Jean Baligand et Rémy Cornu celle de bricoleur.
Ce qui est certain c’est que les adolescents d’alors se souviennent encore aujourd’hui de détails révélateurs des activités semi-clandestines menées durant l’occupation :
- l’absence d’uniforme, imposée un certain temps par les autorités gouvernementales, les réunions et les sorties face à l’occupant, donnent aux activités l’attrait d’un grand jeu secret.
- pour Claude Benoist, de longues rentrées de réunions tard le soir, dans une rue des Pyrénées déserte et sombre (défense passive oblige) entre la rue des Haies et la place Gambetta, car bien souvent ponctuées d’alertes aériennes.
- plusieurs scouts et routiers continuent de faire parti de la “ défense passive ” et de la Croix Rouge. Ils participeront aux secours pendant les combats de la Libération.
- Les Cheftaines Dietrich et Mousseau animent une colonie de la Croix Rouge en Vendée.
- les Hirondelles accueillent Koolen (Cohen), un scout juif clandestin.

Quant à Louis Hacquin, il s’efforce de conserver une certaine unité entre les Groupes du District,17e, 42e, 84e et 92e (les Otages) Paris. Il dirige le Clan InterGroupes de Paris Est II, " Notre Dame Sainte Marie " dont le foulard est mi-partie bleu et blanc et sera porté seulement après la guerre. La maîtrise du Groupe de Charonne est longue à se convaincre de l’intérêt de ce Clan. Mais ensuite deux équipes de routiers et de novices-routiers sont formées avec des anciens de la 37. Les frères Albe sont compagnons. Jean Jacques Albe s’engage aux pompiers de Paris d’octobre 1943 à octobre 1946. Il aura dorénavant de ce fait une grande disponibilité pour encadrer la troupe, notamment les camps.

1944



le 1er janvier 1944 les " amis de Groupes de plein air des patronages de la région Est " annoncent qu’une vente de charité aura lieu les 22 et 23 avril et que les parents du groupe sont sollicités de répondre à un questionnaire, c’est à dire de déclarer s’ils peuvent être vendeurs, envoyer objets ou alimenter un buffet. L‘annonce est passée par Madame Thaury, présidente de Vente pour la Région, Avenue Bosquet, dans le 7e arrondissement de Paris. Voilà une manière détournée de poursuivre discrètement les ventes pour les SDF.

Toujours sous le vocable de l’œuvre Saint François d ‘Assise, le programme d’activité de février 1944 signé de l’Abbé Greiffiths du SM Jean Guelf et des ASM Daniel Albe et René Piesses, indique l’idée du mois : " tu dois être courtois et chevaleresque " que le programme religieux est " l’institution de l’Eglise ", que le programme technique est " nœuds et leurs utilités ". André Collignon a obtenu sa seconde classe, la patrouille de service est les Léopards. On note le 6 la sortie de Troupe, celle de patrouille le 13, famille le 20, une réunion au local le 27 tous les jeudis à 17h30 une réunion au local, et les mercredi réunion des CP. Bref, rien ne change… Surtout si on en juge par la recommandation finale : " Tous les garçons aspirants depuis 6 mois, seront exclus s’ils n’ont pas leur 2e classe à la fin du mois de février "… !

Puis Jean Guelf annonce le 25 février aux parents que l’abbé Greiffyths quitte le Groupe et est remplacé par l’abbé Edouard Antier : " je compte sur vous tous, afin que notre nouveau père, trouve la famille 37e Paris réunis autour de lui en cette prise de contact le 27 février au local rue des Haies à 18h15 ".

Le camp de Pâques a lieu du vendredi 7 avril après midi au lundi 10 au soir à Orgeval (près de chez Hathi). Un mémo de camp laisse entrevoir les denrées nécessaires à la nourriture des scouts pour trois jours en ce temps : 3 kg de pommes de terre, 1 kg de Haricot, 0,5 kg de nouilles, 3 oignons, 2 ou 3 carottes, 4 à 5 poireaux, sel, épices, café moulu, sucre, " matières grasses ", chocolat en poudre, confitures, flocons d’avoine, 100g de farine, viande passée à la poêle ( ?) , 3 kg de pommes.

Malgré le débarquement des alliés sur les côtes normandes, le Groupe part en camp d’été, pardon, en " vacances " dans une propriété familiale de l’abbé Edouard Antier à Saint Julien d’Ance en Haute Loire. Nous citons la fiche imprimée à l’occasion, toujours sous l’en tête " Œuvre Saint François d’Assise " :

" Vacances 1944. Plus impérieusement que jamais nos enfants ont besoin de détente et de calme. Leur organisme trop malmené exige une repos complet en plein nature pour récupérer ses possibilités de résistance. Ne pas leur procurer cette halte, ce ressaisissement en ces années de formation, c’est s’exposer à les mettre dans l’impossibilité d’être pleinement eux-mêmes, c’est s’exposer peut-être à en faire toute la vie des diminués.
N’ayant pas le droit d’accepter cette éventualité, nous avons fait l’impossible pour mettre à la disposition des familles une organisation où leurs enfants - dans la richesse de notre amitié chrétienne - vivront idéalement ces quelques semaines de vacances ; dans le cadre exceptionnellement favorable des montagnes du Velay, ils trouveront, avec une nourriture, dont ils ont, hélas ! perdu l’habitude, ils trouveront cette joie, cette paix, cette vie authentiquement saine grâce à laquelle ils reviendront en belle forme, pour tenir encore et passer sans défaillance, les rudes moments des ultimes épreuves "

Puis viennent les précisions matérielles : Le prix de la pension est de 30 francs par jour, le voyage aller retour coûte 150 F, la durée " normale " (sic) 31 jours à partir du 18 juillet. Il est ajouté : " Dans le cas où les parents le désireraient il nous serait peut-être possible de garder les enfants plus longtemps ; si tel est votre souhait, ayez l’obligeance de le noter sur la fiche d’inscription. Le chef Jean Guelf tiendra une permanence. Prière de lui apporter les cartes et titres d’alimentation "

Partis pour un mois, le Groupe y reste en fait bloqué 3 mois suite aux évènements ; les débarquements, la progression des armées alliées.

Pendant le voyage d’aller Claude Albe note : " le trajet a été un peu long. Il y a eu du retard, certes, mais il n’y a pas eu un seul bruit de moteur d’avion ; la ligne est des plus calmes. Nous avons été arrêtés pour laisser passer des convois , d’ailleurs très éloignés de nous " Et il ajoute à son père : " Comme tu le vois, tu peux envoyer Daniel (son frère) sans crainte et dire à tout le monde qu’il n’y a aucun danger. Si tu en as l’occasion de voir le Docteur Pujol, essaie de le fléchir pour Jean (Pujol) pour lui dire qu’il se rassure.

Bernard Gandilhon pour sa part, se souvient que dix louveteaux cantonnent dans une grande Maison. Les scouts et les routiers campent dans cette immense propriété qui accueillait auparavant des colonies de vacances. Les scouts rejoignent le cantonnement au bout d’un mois : il fait déjà froid en septembre - octobre.
Pénurie alimentaire (des lentilles à répétition) et pénurie de chaussures (des semelles percées) restent dans tous les esprits, ainsi qu’une marche rude de 25 Km entre Lansonne et Le Puy. Mais l’abbé Antier remonte le moral des troupes et devant le laisser-aller de certains s’exclame très souvent, paraît-il : “ Pas bouse de vache ! ”.

Claude Albe (et Daniel le chef de troupe qui donc l’a rejoint) disent plus tard : " Le coin est épatant ; ravitaillement excellent, promenades remarquables à faire ; rivière à proximité. Les scouts sont en train de brailler à côté. Nous les routiers avons une grande salle avec billard, pin-pong, échecs, dames, et livres. C’est vous dire que nous avons de quoi nous distraire par temps de pluie. Hier nous sommes allés manger à l’hôtel (50F par tête) à midi. Le soir nous avions invité Monsieur L’Abbé et les cheftaines. Nous avons une petite chambrée avec six lits. La cheftaine fait marcher son poste de TSF au 1er. On l’entend jusqu’ici. Tout à l’heure nous allons faire un grand jeu avec les louveteaux à travers champs, rivières.. Je surveille les louveteaux le matin et à la sieste.

Le 4 août, il poursuit : "Pour descendre les provisions de la maison au lieu de campement, Daniel a fait installer un téléférique, lequel a cogné trois fois de suite. La Route marche à fond. Nous sommes juste six et campons sous la tente à proximité de la petite rivière. Jamais froid, toujours faim. Nous allons souvent en quête de ravitaillement. Les paysans sont un peu méfiants et se font assez tirer l’oreille. Aujourd’hui premier jour de pluie saluée avec joie, car il faisait vraiment trop chaud. "

Il est prévu alors de rester un mois de plus si les parents sont d’accord et si le curé de Charonne l’accepte…Monsieur albe est chargé de circonvenir ce dernier : " surtout que les pommes de terre nouvelles sortent le 15 ! "_

Claude Albe écrit aussi à son frère Jean Jacques, pompier à Paris : " Parfois nous rencontrons 1 ou 2 maquisards, 1 ou 2 camions, mais c’est tout. Lors de notre voyage, tout près de Chaponne, des maquisards on fait arrêter le tortillard, alors qu’ils venaient de faire sauter l’autre voie. Mais tout se passe en famille. " " Ici tout va bien, mais le matin nous avons beaucoup d’humidité. Il y a quelques jours, nous avons fait un vaste Grand Jeu nautique : avec l’aide d’une barque, les CP ont débarqué sous le feu d’une pluie de pommes de pins, de mottes de terre, tandis que les débarquant envoyaient de vastes jets d’eau ".

Puis le 28 septembre en camp volant vers le Puy : le climat devient assez dur, la neige est sois disant tombée à Sausson où nous devions camper. Si vraiment il fait trop froid, nous coucherons dans le foin. Nous comptons rentrer bientôt car un service régulier est rétabli entre Paris et Saint Etienne.

Mais le camp reste hélas de triste mémoire devant des actes de guerre affreux. Les scouts assistent à la capture, par les maquisards, d’un détachement allemand et de miliciens. Dans Craponne sur Arzon, ces derniers sont exécutés et sommairement enterrés. Leurs familles souhaitant récupérer les corps, 15 jours plus tard, ne trouvent pas de fossoyeurs… La tâche, besogne épouvantable, est confiée aux Routiers et aux CP ! Beaucoup gardent en mémoire l’odeur pestilentielle dégagée par les vêtements imprégnés des aînés, rentrant le soir à la Maison familiale…

Pendant ce temps, en septembre, R Cornu et Jean Guelf écrivent aux scouts restés à Paris : " Notre camp n’étant pas encore rentré, en l’attendant, nous allons nous réunir en une patrouille provisoire. A cette fin je te prie de bien vouloir venir jeudi 19 octobre à 18h au local rue de Haies. Je compte sur toi et je te serre fraternellement la main. "

Mais heureusement en octobre, Léon Catusse rentre de captivité et reprend les rênes du Groupe, l’Abbé Antier reste l’Aumônier et Daniel Albe le CT. A. Chapelain, Pierre Thomas et Jean Pujol sont ses Assistants. Pierre Collet est chef de Clan, Pierre Theilmann ex CP des Hirondelles, routier comme Roger Manuel, Jean Pujol, Michel Roche (dit Bedon) et André Collignon. Le Clan reste rattaché à ND de Lourdes. Enfin Louis Hacquin est devenu Commissaire du District Paris Est II.

1945

En 1945 Léon Catusse conduit donc le Groupe redevenu Scout de France. Jacques Bezert, Ph. David, Roger Poggioli entrent à la Troupe, alors que Gilbert François, François Morel et Jean Ducasse font leur promesse. Roger Lengrand reçoit la badge de bricoleur.

Au premier trimestre Daniel Albe laisse les rênes de la 37° à son frère jumeau Jean Jacques Albe. Ce dernier prendra son Départ routier à Pâques puis est nommé CT en décembre. Il est assisté de Pierre Thomas et Pierre Theilmann et A. Chapelain.

La cheftaine Odile de Lussigny dirige toujours la meute, assistée de Geneviève Verrier. Bernard Gandilhon se souvient que les louveteaux partaient alors en rang au bois de Vincennes pour jouer au foulard, par la rue des Pyrénées, la rue de Lagny, la Porte de Vincennes et Saint Mandé, et qu’il avait grand peur de se perdre.

Les CP font leur voyage de première classe vers Feucherolles en Seine et Oise (Yvelines), à l’issu du camp de Pâques

La troupe participe au grand défilé de la Saint Georges, patron des SDF, entre les Champs Elysées et la place de la Concorde. Claude Benoist, nouvellement CP des Hirondelles, était de ce grand rassemblement et se remémore la difficulté de faire garder l’alignement aux scouts sur les 70 mètres de largeur de l’avenue prestigieuse.

La troupe campe à Saint Just des marais à la Pentecôte. Il semble qu’il y a un petit raté, dont un chant griffonné sur une page de cahier d’écolier témoigne. Sur l’air de " Perrine était servante ", il s’intitule " l’Intendant " :
_ I. Jean Jacques est l’intendant (bis)
_ Tout le monde meurt de faim

_ II. Son frère vint le voir (bis)
_ Et lui dit, mon ami

_ III. Il faudrait que tout change (bis)
_ Où bien nous périrons

_ IV. Jean Jacques fort en colère (bis)
_ Répara l’incident

_ V. Beefsteaks, pommes de terre frites (bis)
_ Nous furent servis au camp

_ VI. Manquaient pas les carottes (bis)
_ Mais fallait d’bonnes dents

_ VII. Notre esprit est critique (bis)
_ Mais gloire à l’Intendant.

En lisant le programme d’activités de juin, on s’aperçoit l’Abbé Robert Martin, premier vicaire à Charonne a remplacé le Père Antier, qui a repris du service comme Aumônier des Forces Navales d’Extrème Orient sur le croiseur Suffren à Saïgon !

Claude Bezencenet, Bernard Dareau, Jean Sala sont admis à la troupe. Roger Poggioli et Philippe David font leur promesse. Le thème technique du mois est le campisme, le grand camp s’annonçant. Quelques activités dont la procession de la fête Dieu. les scouts en font le service d’ordre et la consigne est " n’oublie pas ton bâton ". Est-on en train de l’abandonner ?

La fête des mères donne l’occasion de promesses et investitures. Autrement perdure le même type de calendrier mensuel d’activités qu’en 1944 et…bien d’autres années. Immuabilité du scoutisme…
La patrouille de service est encore celle des Ramiers !

Le camp d’été, à partir du 17 juillet, encore intitulé " camp de vacances 1945 ", a lieu en Bretagne à Quevellec entre Bubry et Melrand à 40 km de Saint Anne d’Auray. Accompagnée du Père Martin, la Scoutmaîtrise n’oublie pas dans sa liste du matériel à emporter une rubrique " Carte d’alimentation et tickets divers : ils seront ramassés dans la semaine qui précèdera le camp. Il s’agit de la carte d’alimentation des enfants, la feuille de matières grasses, fromage, viande et denrées diverses, mais aussi de la feuille de tickets de pain, de la carte de lait et celle de pommes de terre avec pour chacune de ces cartes tous les tickets correspondants aux dix derniers jours de juillet soit le tier de la feuille totale. Pour le sucre, le chocolat, le café, apporter également en nature le nécessaire pour les trois semaines de camp soit 500g pour les J3 et 300g pour les J2 et 100g de café". On imagine sans peine la complication pour les intendants !

Le camp dure trois semaines. Il est dirigé par Léon Catusse, chef de Groupe. L’Abbé Lacoin y participe. Les louveteaux (meute A) sont encadrés par Odile de Lussigny assistée de Janine Denausse. Le louvetier Claude Albe encadre la meute B nouvellement créée.
Jean Jacques Albe dirige la troupe assisté de Pierre Theilmann et de Pierre Thomas. Trois routiers du Groupe assurent l’intendance. Marcel Catusse profite d’une permission de dix jours pour en passer quinze au camp. Il y a deux secouristes CRF : le Chef et l’Aumônier. Le prix du camp s’élève à 1250 francs.

Le camp est agrémenté d’un pèlerinage à Sainte Anne d’Auray et d’une visite de Carnac. Pierre Verrier, Jean Bernard Stodel et Jacques Saffroy font leur " voyage de première classe" qui est critiqué par le Scoutmestre en octobre.

Le Père Louis Lacoin prend la responsabilité spirituelle du groupe à la rentrée d’octobre. Ce sera un long accompagnement de grande qualité jusqu’en 1952.

Les trois premiers dimanches d’octobre la Province réuni tous les chefs des unités en des camps de formation, complétés de réunions les mercredi. Aussi le chef du Groupe décide que les activités reprennent le dimanche 7 octobre, qu’un assistant et une cheftaine restent pour s’occuper des scouts et louveteaux et que les réunions du mercredi sont reportées les jeudi. A l’occasion on note que les cotisations -assurances sont fixées à 100F pour les louveteaux et 150 F pour les éclaireurs et routiers.

Le 4 novembre, Jean Bernard Stodel, Pierre Verrier, Claude Lahure, Pierre Klukvine et Gilbert François sont investis CP. Douze louveteaux montent à la troupe et douze novices sont admis.
Deux patrouilles sont créées, l’Alouette (renaissance) et le Chamois Jean Pujol rejoint les assistants.

Mais les chefs notent qu’ils constatent un grand nombre d’absences non justifiées en octobre et qu’ils ne pourront garder ceux qui n’assistent pas régulièrement aux activités " en raison du grand nombre de garçons qui sollicitent leur admission à la troupe ".
Un règlement est proposé :
" 1° Les Scouts assistent tous les dimanches à la messe de 9 heures
2° La présence des scouts est obligatoire à tous les camps, réunions et sorties.
3° Trois absences non justifiées entraînent automatiquement le renvoi pendant un mois. Au bout de ce temps, le Scout renvoyé ne pourra reprendre les activités de la troupe qu’après décision de la Cour d’honneur. "

Une veillée de Noël en Groupe est ponctuée de chants, suivie de la messe de minuit avec les parents.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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