Quelques notes extraites des mémoires de Paul-André Hucher, fondateur du scoutisme à Saint-Léon

Source : Archives du Groupe Jacques Cartier de Paris
Date : inconnue

En 1924, à 16 ans, je m’inscrivis aux SCOUTS de FRANCE, encore fort peu nombreux à Paris et en France. J’entrai aux Troupes du Cardinal à Saint-Jean-Baptiste de la Salle, comme assistant du Chef de Meute.

Je devins un passionné du scoutisme, auquel je consacrai tous mes jeudis, tous mes dimanches, bien des soirées en semaine et une bonne partie de mes vacances.

Deux ans après, je fondais une Troupe nouvelle sur la paroisse Saint-Léon (église encore en construction face au quartier Dupleix). Je le fis avec l’aide de mon vieil ami de Nogent, Jacques TILLET. Nos débuts furent modestes, nous étions six en tout.

Puis ce fut comme partout à Paris à l’époque : une montée rapide, un afflux d’enfants. La troupe devenue trop nombreuse, fut scindée en deux, une meute, puis deux, puis un clan de routiers? s’ajoutèrent.

D’autres troupes se créaient dans le voisinage, à Saint Jean-Baptiste de Grenelle, Saint Lambert de Vaugirard, Saint Christophe de Javel, qui constituèrent avec mon groupe de Saint-Léon un secteur à ma charge dans le District Paris-Sud.

Ce quartier de Paris n’avait pas son allure actuelle, il était bien plus populaire, passé le métro du Boulevard de Grenelle. Le bord du Champ de Mars, par contre, était de haute bourgeoisie, avec ses hôtels particuliers qui n’existent plus guère. Nos scouts venaient des deux côtés et cela marchait fort bien.

Pour comprendre ce que signifiait cette aventure pour un garçon de 16 à 21 ans, il faut en avoir vécu une du même ordre. Sans elle, je ne serai jamais sorti à cet âge de mon milieu familial ou de celui où je poursuivais mes études (Stanislas d’abord, St-Louis à partir de la Philo).
Nous croyions à ce que nous faisions et nous le faisions dans l’enthousiasme. C’est vraiment sur le tas que l’on devenait un Chef scout dans ce temps là : un seul critère réussir.

Et pour réussir il fallait trouver, convaincre d’autres garçons et filles de son âge pour faire face sans cesse aux créations nouvelles. Il fallait passer des nuits à préparer les programmes des sorties et des réunions, inventer des jeux nouveaux et des formes d’activité qui prennent sur les enfants, piocher les livres des fondateurs du scoutisme, pour mieux mettre en oeuvre les méthodes d’éducation qu’ils avaient créés, se réunir avec d’autres chefs pour mettre en commun nos expériences.

Il fallait aussi administrer un peu ; tenir les familles au courant, voir les parents, etc. Activité débordante dont les études finissaient par souffrir : je passai de justesse mes deux bacs sans avoir à redoubler, mais pour le concours de Saint-Cyr cela alla plus mal ; admissible dès la première année, je ne fus reçu que la troisième, et dans un rang peu brillant, celui de 270e sur 354.

C’est à Saint-Cyr que je compris ce que je devais au Scoutisme. J’étais second en fin de première année et septième au classement de sortie. Le scoutisme avait fait de moi un homme robuste, solide, sûr de lui, aimant l’action et il m’avait ouvert l’esprit.

Il m’avait surtout fait franchir, sans que je m’en rende bien compte à l’époque, les années troubles de l’adolescence où tant de mirages, de faux problèmes et de vaines palabres empoisonnent la vie de ceux qui ne trouvent pas le moyen de s’extérioriser, de découvrir et de mettre en oeuvre leurs talents, autrement qu’en vaines imaginations et rêveries. La vie ne me faisait pas peur et j’étais avide de l’affronter. Je savais que j’étais un chef capable d’entraîner et de commander, et je le vérifiai à Saint-Cyr, et j’aimais çà.

Mon rang de sortie m’ouvrit un large choix ; je me décidai pour le 6° Bataillon de Chasseurs Alpins à Grenoble.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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