Les scouts et les guides tiennent bon pendant la crise sanitaire

Ce n’est pas le cas de tous les accueils collectifs de mineurs

On peut se jeter des fleurs, s’embrasser, être fiers et fières de nous : nous avons tenu bon. Et ce sont les chiffres qui le montrent.

L’INJEP, institution national de la jeunesse et de l’éducation populaire, a sorti un rapport en décembre 2020. Il analyse la situation des accueils collectifs mineurs.

Les colos, en chute libre

Ce sont les chiffres concernant les accueils collectifs de mineur avec hébergement, hors scoutisme (on en parle plus bas).

C’est une tristesse absolue, car beaucoup de colonies sont tout autant importantes pour les jeunes que le scoutisme peut l’être. Les chiffres sont terribles :

  • en Juillet : 28 800 séjours ont accueilli 737 000 jeunes en 2019. En 2020, il n’y a eu que 9 600 séjours, accueillant 251 000 jeunes.
  • En Août : 12 700 séjours ont accueilli 399 000 jeunes en 2019. En 2020, il n’y a eu que 6 100 séjours pour 172 000 jeunes.

Si on prend sur l’année scolaire entière, le nombre d’accueils collectifs de mineurs a été divisé par deux entre 2018-2019 et 2019-2020, passant de 54 8000 séjours à 24 300.
Le nombre de jeunes accueillis est passé de 1 440 000 en 2018-2019, contre 670 000 en 2019-2020. Plus de 770 000 jeunes garçons et filles ont eu la déception de voir un séjour annulé ou non programmé.

Il faut dire que beaucoup d’accueils collectifs de mineur ont jeté l’éponge en sortie de confinement au vu des flous des annonces. Difficile de recruter et de se projeter dans ces conditions.

L’impact est lourd : ce sont surtout les « petites » colos qui paient le tribu le plus fort, ayant des difficultés à entrer dans les critères pour obtenir des aides ou des difficultés à réussir à les récupérer. On craint un lourd bilan de fermetures d’associations d’éducation populaire.

Dans le même temps, l’État mettait en place son dispositif « colos apprenantes » pour l’été 2020 pour accueillir « 1 million de jeunes ». Cela a représenté 1400 séjours déclarés à l’administration, pour … 41 000 jeunes.

Et les accueils sans hébergement ?

Regardons côté accueils collectifs de mineurs sans hébergement, toujours hors scoutisme. Cela comprend en très gros, ce qu’on appelle communément les centres aérés et les accueils périscolaires.

La baisse y est moins importante. Quand on ôte la question de l’hébergement, c’est plus facile.

Pour les centres aérés, on compte en nombre de places ouvertes, s’appuyant sur les déclarations d’ouvertures de séjours.

Si on reprend l’été :

  • Juillet : 1,2 millions de places en 2019 pour 1 million en 2020.
  • Août : légère baisse en 2020 mais pas si importante.

Pour le périscolaire, l’INJEP compte en communes : 12 000 communes en 2019 vs 10 000 communes en 2020. A noter que la réforme des rythmes éducatifs a aussi joué son rôle dans la baisse.

Et le scoutisme ?

Il faut d’abord préciser ce qu’on entend par scoutisme. Pour l’État, l’accueil de scoutisme comprend les 10 associations scoutes qu’il reconnaît.

Il y a ensuite deux sujets :

  • le nombre de places ouvertes tout au long de l’année,
  • les camps d’été.

Les places ouvertes

Nous sommes un peu coupés dans notre élan de croissance, toutes associations scoutes confondues. On subit même une légère baisse. Mais rien de notable.

On compte en place ouverte, c’est du déclaratif. Ça ne dit pas la fréquentation réelle. Mais ça permet la comparaison avec les centres sans hébergement qui comptent pareil.

Les camps d’été

Plus difficile à approcher, ces chiffres ne sont pas publiés dans le rapport de l’INJEP. Nous avons essayé d’en savoir plus en sondant de ci de là des associations scoutes.

Une chose est acquise : les camps aînés ont fortement chuté. Dès lors qu’il fallait sortir de l’Europe, c’était délicat.

Comptons maintenant hors camps des aînés, là où ce sont des responsables, chefs, et cheftaines, qui proposent des camps.

On peut regarder deux indicateurs :

  • le nombre et la durée des camps d’été. On mesure l’effort fait par les adultes pour essayer d’emmener les jeunes en camp malgré le contexte. Le nombre reste à prendre avec des pincettes : le nombre de camps groupés et de jumelages fait varier le total des camps. Le contexte a favorisé ces types de camps.
  • le nombre de participants et participantes : à quel niveau ont répondu les familles.

Les EEUDF? ont fait un état des lieux des camps d’été dans leur rapport d’activité 2020 (AG en janvier 2021). Ils ont vu leur nombre de camps baisser : 130 cette année contre 170. Avec une nuance : la baisse est fortement liée aux camps aînés. Les autres camps ont baissé aussi mais c’est moins notable.
Leur durée moyenne est légèrement inférieure à l’an dernier avec 12 jours, contre 16, mais ça peut aussi être lié au poids des camps aînés plus faible alors que ce sont les séjours sont les plus longs.
Le nombre de jeunes a baissé, mais rien de fou, en tous cas au regard des colos.

Côté SGDF? , nous avons eu les informations des déclarations. 2 266 camps ont été déclarés dans leur système de gestion appelé « l’Intranet ». Quand on dit déclarés, on nous précise :

  • au statut validé,
  • au statut pas encore validé mais avec une autorisation de camper éditée (en gros, il y a probablement un oubli de le passer en statut validé)
  • et pour lesquels des jeunes sont inscrits.
    C’est un chiffre plutôt cohérent par rapport à d’habitude : le rapport d’activité 2019 annonçait 2485 camps d’été (y compris les camps ainés).

35 800 jeunes ont été déclarés dans les dossiers : 70% des effectifs jeunes de l’association.

En résumé : les chefs, cheftaines, responsables, ont massivement mis tout en œuvre pour partir en camp. Les familles ont plus ou moins répondus présentes :

  • par peur des protocoles et du contexte,
  • probablement bien plus souvent parce que la planification des vacances d’été des enfants et adolescents, en famille, en camp, en colo, a été d’une complexité sans fin et des arbitrages ont dû avoir lieu dans les dernières semaines avant le départ.

Jetons-nous des fleurs

En définitive, au regard des autres accueils de mineurs, le scoutisme a tenu bon. Et pas qu’un peu.

En présentiel, en distanciel, vous avez tous et toutes fait le maximum pour tenir et maintenir aussi les camps d’été. Tous et toutes bénévoles, bien au delà des structures salariées.

Le scoutisme est certainement plus mobile et plus résilient, mais rien n’aurait été possible sans l’énergie de tout le monde, avec le soutien hyperactif des cadres et responsables.

Alors oui, il est probable qu’on peut se jeter quelques fleurs et être fiers et fières de ce que nous avons fait : nous avons tenu.

Il est probable que 133 704 sourires de nos jeunes accueillis toute l’année ainsi qu’au camp d’été valaient déjà autant de merci. Mais ça ne peut pas faire de mal de le répéter : merci et bravo.

Et en 2021 ?
Alors que les conditions d’animation sont très difficiles en Belgique, les Scouts belges ont fait état d’un record d’inscriptions. Affaire à suivre pour la France !

PS

Photo : Groupe 1re Altkirch (Haut-Rhin)

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