Le Père Sevin et le scoutisme belge

Si l’influence que le Père Jacques Sevin a pu exercer en tant que théoricien du scoutisme et auteur de recueils de chansons scoutes sur le scoutisme belge à partir des années vingt est assez bien connue, par contre l’influence que le scoutisme catholique belge aurait pu avoir sur la genèse de la pensée du Père n’a semble t-il pas été étudiée.

Est-ce à dire que le Père Sevin qui résidait en Belgique depuis 1901 [1], date à laquelle les Jésuites avaient de nouveau été expulsés de France, et avait enseigné dans plusieurs collèges religieux de son ordre n’avait pas eu connaissance de l’existence depuis mai 1912 des Belgian Catholic Scouts (devenus en janvier de l’année suivante les Baden Powell Belgian Boy Scouts suite à leur affiliation à l’association britannique) de l’Abbé Jules Petit et du “colonel” Jean Corbisier ?

Or, depuis 1911, le futur Père, qui ne sera ordonné que le 2 août 1914, se trouve à Enghien près de Bruxelles [2] où il fait sa théologie. N’a t-il pas non plus appris que le cardinal primat de Belgique, archevêque de Malines, Monseigneur Mercier a assuré de son soutien les B.C.S. en juillet 1912 et que le Secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Merry del Val a adressé aux scouts catholiques belges une lettre d’encouragement datée du 15 janvier 1913 ? Il est vrai qu’il ne commence réellement, de son propre aveu, à s’intéresser au scoutisme qu’après avoir lu les deux articles que le Père Caye a consacré le 20 février et le 5 mars de la même année à ce nouveau mouvement d’éducation dans la revue Études. Ses supérieurs à qui il demande l’autorisation de se rendre en Angleterre pour étudier sur place le scoutisme ne lui auraient donc pas communiqué ce type d’information ?

Peu de temps après la déclaration de guerre le Père Sevinse retrouve à nouveau à Enghien, à la rentrée 1915 il est nommé au collège de St Heeren près de Tongues dans le Limbourg, puis en automne 1916 au collège du Tuquet à Mouscron. Or nous savons qu’il existe en 1914 quinze troupes de scouts catholiques en Wallonie, outre les vingt et une de Bruxelles et les six de Flandres [3]. Bien que les activités scoutes en territoire francophone aient été interdites par les autorités allemandes d’occupation dès le 15 août 1915, de nombreuses unités existent dans les collèges épiscopaux de Bruxelles, elles sont affiliés à la dissidence B.C.S. de l’Abbé Petit, et les collèges jésuites de Grande Bretagne accueillant des petits réfugiés belges, en particulier celui d’Hastings ont leurs propres troupes. Comment croire que les collèges tenus par les Jésuites en Belgique aient pu ignorer ce fait ? Le Père Sevinétait-il dans l’impossibilité de se procurer les publications aussi bien des Belgian Catholic Scouts que des Baden Powell Belgian Boy Scouts ?

Pourtant rien, ni dans les paroles du serment, ni dans celles de la Loi ne permet de déceller une quelconque influence [4]. Toutefois les querelles entre les deux associations ainsi que les différences de conception ayant mené à la scission du 14 mai 1914 [5], la vision de l’Abbé Petit d’une “estudiantine dirigée par des prêtres aidés de laïques” et celle d’un scoutisme encore très militariste, d’inspiration catholique, mais ouvert aux non pratiquants, voire même aux non croyants et ne comptant pas d’aumôniers pour toutes ses unités [6] a certainement du influer sur la conception du rôle respectif des clercs et des laïcs dans le scoutisme catholique que le Père développera dans son ouvrage maître rédigé pendant son exil. Soulignons ici que le Père Sevinoccupera lui-même des fonctions que contrairement au scoutisme britannique les Scouts de France réserveront par la suite à des laïcs, Chef de Troupe (à Mouscron), Commissaire Général, Commissaire International, Commissaire à la Formation des Cadres, mais ne dit-on pas qu’à toute règle il faut des exceptions ?

Voici une piste de recherche pour les historiens du mouvement.

Notes

[1Georges Tisserand, Le Père Jacques Sevinfondateur, Paris : Spes, 1965, p. 25.

[2Enghien ou Edingen à moins de 30 kilomètres de Bruxelles.

[3Thierry Scaillet, Le Scoutisme. Un mouvement d’éducation au XXe siècle, Montpellier : Université Paul Valéry, 2003, p. 59 (Actes du Colloque international du 21-23 septembre 2000, Montpellier III).

[4Thierry Scaillet, communication personnelle.

[5Cette première scission prendra fin en juillet 1916.

[6Thierry Scaillet, op. cit., p. 63.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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