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Le scoutisme belge, pendant la Seconde Guerre mondiale

Le début de la guerre

Lorsque le gouvernement belge décrète la mobilisation générale en 1939, des scouts se trouvent disponibles pour de multiples services qui s’improvisent : on en voit à servir dans des cantines dans les gares, creuser des tranchées censées servir d’abri pour la population, etc. Cela se présente bien, ce sont les grandes vacances. Mais quand les classes reprennent, en septembre, les garçons rejoignent leurs écoles. La vie des unités scoutes continue malgré le vide laissé par les animateurs mobilisés.

Le 10 mai 1940 : invasion de notre territoire, les choses ont brutalement changé. Les activités de week-end projetées pour la Pentecôte se transforment en un tragique exode, celui des familles fuyant l’invasion et celui provoqué par le gouvernement belge qui dirige vers le midi de la France tous les hommes de 16 à 35 ans Durant cet exode, les chefs scouts repliés dans le sud de la France, procédèrent à Toulouse à l’encadrement de 25 000 belges de 16 à 19 ans, éparpillés et désœuvrés dans les compagnies de jeunesse des C.R.A.B. (Centre de Recrutement de l’Armée Belge). Mission salvatrice qui détourna les jeunes de l’oisiveté, de l’indiscipline et de l’ennui. Mais les moyens de transport font défaut. Le scoutisme prend les devants et organise pour tous les membres concernés un convoi qui
aboutit dans les environs de Montpellier, où des sortes de camps routiers? s’établissent et vont durer trois mois. Tous les membres du scoutisme ne rejoignent pas l’organisation fédérale, beaucoup sont dispersés dans d’autres camps, organisés par les pouvoirs publics.
Un grave manque de cadres sévit ; leur expérience d’actions en groupes organisés permet aux scouts présents d’aider à répondre à ce besoin. L’esprit scout se perpétue et nombre de chefs et routiers tombent au champ d’honneur pendant cette « Campagne des 18 jours » (du 10 au 28 mai 1940).

En Belgique, durant l’été 1940, la situation est pour le moins confuse car on ne voit pas ce qui est permis ou défendu.

De retour au pays, les scouts vont intégrer les organismes de résistance, encadrent de nombreux camps d’enfants retardés mentalement et d’enfants de prisonniers (Camps A.E.P. : Aide aux Enfants de Prisonniers). Ils rendent aussi de multiples services : aide
aux sinistrés, déblaiement, sauvetage des blessés lors des attaques aériennes etc. Mais l’ennemi guettait ces représentants d’un idéal opposé à leurs vues, les exhortant d’abord à collaborer, puis devant leur refus, ce furent les nombreuses brimades, les arrestations et les condamnations. De nombreux chefs routiers s’évadent et rejoignent l’Angleterre pour combattre avec les armées alliées.

Durant l’occupation, les dirigeants scouts se refusent donc à aligner leur mouvement sur les Jeunesses Hitlériennes. Malgré les tracasseries, les interdictions, le scoutisme parvient à se maintenir, en veilleuse, mais en totale autonomie.

Une réorganisation nécessaire

Dans les pires conditions, le mouvement scout démontre sa très grande capacité d’organisation, son utilité sociale et son ambition civique. À cette époque troublée, aux distractions rares, de nombreux jeunes cherchent dans le scoutisme un dérivatif à la grisaille ambiante.

Une des caractéristiques du mouvement scout au cours de la Seconde Guerre mondiale est de voir ses effectifs croître de manière exponentielle durant toute la durée des hostilités, grâce à une politique de recrutement menée notamment pour contrer l’émergence des mouvements de jeunesse d’ordre nouveau inspirés du scoutisme. Durant la guerre, ses effectifs gonflent de 9 239 en 1939 à près de 20 000 en 1945. 120 unités scoutes sont créées en 1943.

Cette croissance induit cependant la nécessité de trouver des chefs en nombre suffisant pour assurer l’encadrement des nouveaux groupes.

Les difficultés de l’occupation

Le programme des activités doit être aussi soumis à l’approbation de la Kommandantur. Depuis juin 1940, l’occupant interdit, en effet, toute publication non soumise à la censure.

Entre les mois de mai 1940 et mars 1941, la Fédération des Scouts Catholiques (FSC), à Bruxelles, connaît une période difficile, qui voit, entre autres, ses locaux de la rue de Dublin mis sous scellés par la Gestapo. Il n’y a pas qu’à la rue de Dublin que des difficultés surgissent. Dans les districts ou des unités, des membres se font arrêter, à cause de leur activité dans la résistance, ou même pour des motifs beaucoup moins graves. Cela déclenche des perquisitions dans les locaux. Ailleurs, des mesures générales sont prises. À Liège, le scoutisme est tout simplement interdit et il doit se camoufler sous la forme d’œuvres paroissiales et envoyer à l’assureur des listes ne mentionnant rien qui fasse penser au scoutisme. Les conditions difficiles que vit le pays sont un stimulant pour l’esprit de dévouement à la communauté. Le scoutisme peut répondre là à un besoin d’encadrement des jeunes : colonies de vacances, camps d’enfants de prisonniers, etc. Dans ces organismes, dont les fondateurs proviennent des cadres de la FSC, l’utilisation des méthodes scoutes est une réussite dans les collèges et internats où des enfants de prisonniers sont accueillis.

La résistance

À épingler, cet épisode des 80 enfants juifs arrivés clandestinement au Château du Faing, de Jamoigne (Florenville) en 1943 et qui ont été intégrés à des activités scoutes et scolaires. Dès 1942, le C.D.J. (Comité Des Juifs) avait déjà érigé une véritable administration clandestine, protégeant le mieux qu’elle pouvait une population juive
équivalente à celle d’une petite ville, population dispersée aux quatre coins de la Belgique et pourchassée sans relâche par les limiers SS. Mais une de ses principales missions était d’assurer le sauvetage des enfants juifs de Belgique. C’est alors qu’une section « Enfance » fut mise sur pieds et l’on peut dire, d’après les statistiques publiées après la guerre, que près de 60 % de ces enfants ont échappé à la « Solution finale » et ceux de Jamoigne sont de ceux-là.

C’est ainsi que va se mettre en place toute une filière qui parviendra à placer dans des institutions diverses (couvents, pensionnats, cliniques, homes, orphelinats, sans compter quelque 700 logeurs) plus de 2 500 enfants et adolescents, Dans ce service clandestin,
quelques personnes sont à l’œuvre et travaillent au moyen de fichiers codés. Dés la fin 1942, 425 enfants sont déjà placés mais la police SS est vite au courant de cette filière et les premiers enfants juifs sont arrêtés au couvent Saint-Sauveur d’Anderlecht.

C’est sans doute alors que l’Œuvre Nationale de l’Enfance (ONE) sous le patronage de la Reine Élisabeth, songe au home du Faing à Jamoigne. C’est alors qu’au début 1943 que le service social de l’ONE fait amener par train les enfants juifs à Jamoigne. Quelques enfants, dont 3 frères, en partance pour les sinistres camps allemands, sont arrachés la nuit précédant leur départ à la caserne Dossin de Malines et via le home de Wezembeek-Oppem, seront acheminés vers Jamoigne.

Tous ces enfants sont confiés au home Reine Élisabeth de Jamoigne à un personnel (moniteurs et monitrices) et à des enseignants parfaitement au courant de la situation qui intégreront tous ces nouveaux arrivants scolaires, sous des noms d’emprunt, avec la complicité de l’inspection cantonale, du bourgmestre et des deux médecins locaux. Jamoigne, sera visité par les allemands, un matin de juillet 1943. Les nombreux enfants échappèrent, miraculeusement, probablement au fait qu’un des moniteurs, perdant son sang-froid, se réfugia sous les combles où il fut découvert après une chasse à l’homme qui distraya certainement les allemands de leur première intention. Les murs du château du Faing furent un havre de paix durant ces nombreux mois d’une clandestinité parfaite grâce au mutisme du personnel.

Au camp fédéral de formation de La Fresnaye (Hal), des sessions de formation vont toutefois pouvoir reprendre. Elles se poursuivent durant toute l’occupation, sous les tentes ou dans les divers cantonnements suivant les mesures prises par l’occupant.

En avril 1942, les autorités allemandes décréteront l’interdiction de camper sous tente, si bien que les responsables du camp-école de La Fresnaye, au mois de septembre 1942, inviteront tous les participants à construire leur hutte à l’aide de branchages.

Le scoutisme belge est obligé de se cacher

L’interdiction du port de l’uniforme par les allemands date de mars 1943. Les scouts se contenteront surtout de délaisser le chapeau traditionnel, les badges et les insignes mais ils poursuivront leurs activités. Cela n’empêche pas des scouts de se rendre, munis d’un paquet approprié, à leur local en ce jour particulier, par exemple, où
doivent se faire les promesses. Qu’à cela ne tienne, la troupe royale (créée tout spécialement pour le jeune Prince Baudouin, selon le souhait express de son père le Roi Léopold III), cette troupe passa aussi outre de l’interdiction et continua ses activités à l’abri des regards indiscrets, dans les domaines royaux. Chacun venait avec son uniforme sous le bras et une fois pénétré dans l’enceinte, chacun revêtait ses habits scouts. Malgré tous ces subterfuges, la troupe royale (3e Laeken) devra cesser ses activités en 1944. Le Prince Baudouin (Élan Loyal) fera sa promesse scoute le 5 avril 1942. Le même jour, il reçoit le sacrement de confirmation du Cardinal Van Roey, Primat de Belgique.

À partir de mars 1943, il y a des activités en plein air qui sont cependant très peu indiquées, comme le morse à la lumière ou un hike [1] dans les régions où des maquis sont particulièrement nombreux et actifs. Pour les clans routiers, les choses sont moins simples ; des gars ont l’âge requis pour le travail obligatoire en Allemagne et se trouvent dans la nécessité de se camoufler.

Des animateurs, des routiers, tout un groupe venant d’un clan parfois ou d’une unité, engagés dans la résistance sont pris, emprisonnés, déportés. Des centaines de scouts, à titre individuel ou en groupe, entrent dans la résistance pour prendre part activement à ses activités, notamment aux actes de sabotage et aux liaisons. Certains paient de leur vie leur activité patriotique.

Le camp de formation de La Fresnaye

En 1943, la fréquentation sera tellement importante au camp de formation de La Fresnaye, qu’il faudra prévenir à l’avance pour être sûr de trouver de la place. Au cours de l’année 1943, 89 messes sont célébrées au camp, une preuve du succès rencontré par le site. Au cours de cette même année 1942, Jacques Brel, dit Phoque hilarant est ainsi de passage à ce camp de La Fresnaye avec sa patrouille pour poursuivre les travaux d’aménagement de la cabane que son unité (la 41e Albert 1er à Schaerbeek) a construit sur place. Autre figure bien connue ayant participé à un camp-école louveteau? du 7 au 13 septembre 1942 : le Père Pire, futur Prix Nobel de la Paix en 1958. Au cours du conflit, il est simultanément aumônier dans l’Armée Secrète et agent des services de renseignements et d’action.

Durant l‘occupation, le camp de La Fresnaye accueille plusieurs scouts ou des routiers en difficulté par rapport à l’occupant ou réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne. Le Front de l’Indépendance, un mouvement de résistance fondé en mars 1941, aurait également utilisé les deux camps scouts BSB (Boy Scouts de Belgique) et FSC comme zone d’entraînement pour ses milices patriotiques, à la fin de la guerre. Le camp de La Fresnaye ne connaîtra que deux descentes accidentelles de la Gestapo, la
première à l’occasion d’un réfractaire caché dans les environs du camp, la seconde à la suite d’une perquisition au camp voisin des scouts pluralistes, où les Allemands auront vent de l’existence d’un dépôt d’armes. Cette dernière conduira à l’arrestation de quelques routiers présents au camp, le 12 août 1944.

Durant l’Offensive Von Rundstedt [2], les scouts et les cheftaines ont assuré, en accord avec les autorités américaines, un service d’aide matérielle aux réfugiés et à la population.

La fin de la guerre

À la libération, en septembre 1944, le pays est libéré. Mais c’est la pluie des « Robots » sur Anvers et Liège. Sous l’amoncellement des ruines, les scouts recherchent les blessés et les morts. On a vu, le 3 septembre 1944, des scouts en uniforme réglant la circulation au carrefour Montgomery, à Bruxelles. Des clans, contactés d’avance, ont monté la garde dans des dépôts militaires abandonnés pour y empêcher le pillage.

Peu à peu, le scoutisme retrouve fièrement ses uniformes et se met au service de la nation libérée. Il n’a jamais sans doute été aussi visible et admiré au sein de la société belge.

Outre quelques services extraordinaires, tels que l’accueil des déportés et des prisonniers de guerre revenus d’Allemagne, l’encadrement de 20 000 réfugiés hollandais évacués en Belgique en 1945, la vie allait reprendre normale et régulière.

Sources bibliographiques

  • L’Avenir du Luxembourg du jeudi 28 mars 2002 et du 14 mai 1988
  • Le Soir du 2 mai 1986
  • Le camp scout de La Fresnaye, 50 ans d’histoire, Thierry Scaillet
  • 100 ans de scoutisme mondial, Philippe Maldague
  • Notre histoire ou 75 ans de scoutisme, Abbé Georges Morel.

Notes

[1Randonnée

[2Ou Bataille des Ardennes, pendant l’hiver 44-45.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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