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Les Chevaliers et Ecuyers de France

Très vite dès les débuts du scoutisme Baden-Powell s’était aperçu qu’après la première classe il convenait de créer une nouvelle étape de progression afin de retenir à la troupe ceux qui passés quinze ans et n’ayant pas toujours la responsabilité d’une patrouille commençaient à s’y ennuyer [1] et aussi afin d’exploiter au maximum les potentialités éducatives du système des insignes de spécialités. C’est pourquoi, ainsi qu’il le raconte lui même, après en avoir discuté avec le roi Edouard VII, il créa la dignité de Scout du Roi (King’s Scout).

A leur création les Scouts de France influencés sans nul doute par le Père Sevin, lui-même angliciste et fin connaisseur du scoutisme britannique, choisirent donc de coller au plus près au programme scout de nos frères d’outre-Manche. La France étant une république, il était impensable que nous ayons des Scouts du Roi, ni même des Scouts de la Couronne comme en Belgique, d’autre part le système choisi à l’époque par les Éclaireurs de France qui fleurait trop l’indianisme, considéré comme une forme de paganisme, et les initiations des Éclaireurs Unionistes rappelant trop les loges maçonniques ne pouvaient être retenus, c’est pourquoi la chevalerie fut choisie comme étant plus conforme à ce qu’on appelait alors le “génie de la race” [2], et plus acceptable pour la hiérarchie catholique, c’est pour ces raisons que l’on décida alors d’adopter la dignité de Chevalier de France.

Les Principes, Statuts Règlement Intérieur dans leur seconde édition qui date de 1923 [3] nous informent que pour être admis à cette dignité il fallait : être scout de première classe, avoir au moins deux années de service depuis la promesse, posséder obligatoirement les brevets de secouriste et de guide, ceux de catéchiste ou d’évangéliste ou bien de conférencier ainsi que trois autres brevets choisis parmi ceux de campeur, interprète, pompier, sauveteur, signaleur ou tireur, ou bien avoir reçu la croix de bravoure. Le “candidat” était élu par un vote secret des Chefs de Patrouille et des scouts de première classe (à défaut par ceux de seconde classe). L’Aumônier, le Scoutmestre et le ou les Assistants pouvaient également participer. Le candidat ne pouvait être promu que s’il remportait la majorité des votes des scouts. L’insigne qui consistait en un casque héraldique de chevalier brodé en soie jaune sur fond vert surmontant l’insigne de première classe et le diplôme était remis par le Commissaire de District sur proposition des autorités de la troupe après communication du dossier. On procédait alors à une cérémonie d’adoubement très colorée décrite en détail dans le Cérémonial. Pour conserver ce titre envié il devait être procédé chaque année à des examens techniques. Le Cérémonial de 1929 mentionne [4] l’existence d’un insigne de Routier Chevalier : casque de chevalier brodé en jaune d’or sur fond rouge foncé, alors qu’auparavant l’insigne propre aux routiers? aurait été brodé en fil d’or. Le Scout Chevalier continuant à porter son insigne sur fond vert jusqu’à ce qu’il ait obtenu celui de Routier Chevalier. Il était également prévu un insigne spécial pour les Scouts marins consistant en une couronne navale brodée en or [5], outre les badges d’acolyte, d’évangéliste, de secouriste-scout et de campeur deux autres choisi parmi celles de gabier, garde-côte, hygiéniste, marinier, sauveteur et de timonier, la badge de patron remplaçant ces deux autres badges [6].

Cet insigne fut décerné jusqu’au début des années quarante. Lors de l’adoption par le Scoutisme Français de la Charte de l’Oradou, qui visait entre autres à unifier les pratiques pédagogiques au sein des diverses associations membres de la fédération, on choisit alors de remplacer la dignité de Chevalier dans la branche éclaireurs par celle d’Ecuyer de France qui apparut dans les publications en 1941. Voici les indications données par le Règlement Général [7] de ces années d’occupation : il fallait chez les Scouts de France, outre la première classe, posséder les brevets d’acolyte, d’évangéliste, de campeur, de guide, de secouriste-scout et de pionnier? ainsi que deux autres parmi ceux de : mains habiles, sauveteur, pompier, un de la série nature, observateur, cartographe, coureur-messager, gymnaste ou agent de liaison. On procédait à un vote secret des membres de la Cour d’Honneur et des éclaireurs de première classe ainsi que des Écuyers déjà adoubés, et il fallait remporter les trois quarts des suffrages. L’insigne qui consistait en une mollette d’éperon en étoile en fil d’argent inscrite dans un pentagone régulier vert brodé d’argent était remis par le Commissaire de Province, ou par son délégué, sur la proposition du Commissaire de District lors de la cérémonie de Réception. En fait il semble bien que ce fut le Commissaire de District qui procédait à la cérémonie ainsi que l’indique le Cérémonial.

Cette distinction perdura chez les Scouts de France jusque vers 1948-49 époque à laquelle le lancement de la proposition Raiders rendit caduque cette étape de progression. Les Éclaireurs de France qui avaient eux-aussi choisi d’adopter cette dignité en remplacement de leur Chevalier-Éclaireur la remplacèrent au début des années cinquante par celle de Pilote [8].

La branche Route continua pendant cette période à porter un insigne de Chevalier pour ceux qui avaient été adoubés. L’insigne lui aussi sur un pentagone sur fond grenat tissé en fil or et argent représente en casque héraldique de chevalier. Il est représenté ici.

Les premiers insignes de Chevalier durent être brodés à la main en petite quantité par des religieuses, nous en connaissons plusieurs variantes dont celle portée par Paul Coze sur sa chemise ainsi que nous pouvons le voir sur la planche ci-après. Toutefois il semble bien que l’insigne portant la croix scoute et le trèfle représenté par Claude Morin dans un numéro de la revue Kim du début des années soixante-dix n’ait jamais existé [9]. A partir des années trente on constate une certaine unité de forme, les insignes étant alors brodés de manière industrielle.et vendus par le magasin La Hutte [10].

Notes

[1N’oublions que les Rovers ou Routiers? n’apparurent qu’en 1919 et qu’on trouvait parfois dans les troupes britanniques des grands adolescents de dix-huit ans.

[2Notons que les Britanniques choisirent cette “fiction” chevalerie pour leur branche route, du moins dans les unités chrétiennes.

[3Pages 61-62.

[4Page 78.

[5Voir Embarque… Garçons, 2e édition, 1937, page 78.

[6Rappelons qu’à cette époque le mot badge en France était considéré comme étant du féminin.

[7Tome IV “Les Étapes de la formation Scoute”, page 49.

[8Voir Livre des Brevets 14e édition de 1951.

[9Kim, 29, 1973, pages 6-8.

[10Non mentionné en 1926, coûtait 4 F en 1930 mais 2 F en 1939. Notons que le catalogue la Hutte ne mentionne pas de variante spéciale pour Routier dans les années trente, il semble donc que la variété sur fond rouge n’ait jamais existé, contrairement à l’insigne de Routier Écuyer. Soulignons que l’insigne d’Ecuyer était vendu 30 F en 1945.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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