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Les Français au Jamboree Mondial de 1975

Le XIVème Jamboree Mondial fut organisé conjointement par les cinq pays du nord de l’Europe : Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède. Il se déroula à Lillehammer au cours de la première semaine du mois d’août 1975. Le Scoutisme Français dont la participation au précédent Jamboree au Japon en 1971 avait été symbolique avait décidé d’envoyer une délégation importante, bien sûr comme toujours dans ce cas-là, le chiffre initial dut être revu à la baisse, beaucoup d’unités ne pouvant faire face seules à la préparation et aux frais de participation (1350 F de l’époque). Toutefois environ 670 jeunes et leur encadrement adulte participèrent à cette rencontre.

Les chefs des diverses unités qui comptaient participer au Jamboree s’étaient retrouvés à Jambville au cours de l’hiver pour un week-end de travail avec l’équipe d’animation de la délégation. C’est Michel Benoît de la FEEUF qui devait la diriger assisté de Gérard Colmaire des EEdF?, les Pionniers Scouts de France avaient pour chef Philippe Grosskopf, la délégation comptait même un médecin Jean-Marc Delreux, le Père Charles Keller étant l’aumônier.

Vingt-deux postes pionniers et deux équipes compagnons qui devaient se répartir en dix troupes jamboree composaient la délégation des Scouts de France, il y avait en outre quatre troupes EEdF dont des éclaireurs venus de La Réunion, une troupe FEEUF et une troupe EEIF?, les Pionniers des Scouts de Monaco étaient représentés à la réunion de Jambville.

Les dix-huit pionniers de mon poste, celui de Bailly-Noisy, devaient être regroupés avec ceux d’Issy-les-Moulineaux, un poste d’école privée, et ceux de Dinan, soit un total de quarante quatre pionniers avec leurs animateurs, enregistré sous le numéro 2115 nous étions assignés au sous-camp Hekla, le seul sous-camp animé par des Islandais.

La délégation se retrouva d’abord le 24 juillet devant le siège des EEIF au 27 avenue de Ségur, derrière l’UNESCO, d’où des cars nous conduisirent jusqu’à Jambville où le camp de préparation, ou Pré-Jam, devait se dérouler. Cela permettait aux unités jamboree de faire connaissance, de mettre au point plusieurs détails techniques de dernière minute, de briefer les adultes et les jeunes sur les objectifs d’une telle rencontre. Le 27 au soir un train spécial nous attendait en gare de Meulan-Hardricourt, souvenons nous qu’en cette période de crise du pétrole charteriser plusieurs avions se serait révélé trop onéreux. Arrivé le lendemain matin à dix heures en gare de Kiel nous dûmes attendre la fin de l’après-midi avant d’embarquer sur le ferry pour Göteborg en Suède, ce qui permis à certains pionniers de faire connaissance avec les spécialités d’un port de mer allemand. A Göteborg nous prîmes des cars qui nous conduisirent jusqu’à Lillehammer, la délégation arrivant sur le lieu du Jamboree le 29 juillet à dix heures du soir, ce qui causa à certaines troupes quelques petits problèmes car leur sous-camp ne les attendait plus et la dotation en matériel et bois de construction pour les installations de camp avait déjà été répartie entre les autres troupes étrangères. Un autre problème se présenta aussi, problème bien connu de ceux qui ont déjà participé à ce genre de rencontre, la langue, bien que chaque sous-camp ait été sensé disposer de chefs susceptibles de faire la traduction en français le niveau scolaire atteint au cours des études secondaires d’un commissaire d’une cinquantaine d’années ne garantit pas toujours que des francophones puissent comprendre ce qu’il essaye de dire.

Soulignons ici que bien qu’étant déjà à l’époque en grande partie co-éduquées les associations nordiques avaient organisé un Jamboree Mondial pour le compte de l’OMMS?, et le Jamboree était donc réservé en ce temps là aux garçons, les seules filles se trouvant au sein du sous-camp des équipes de service. C’est pourquoi les éclaireuses des troupes EEdF devaient camper en un lieu éloigné du site du jamboree qu’elles rejoignaient comme visiteuses durant le jour.

Les activités du Jamboree étaient encore pour une grande partie celles typiques de ce genre de rencontre, à noter la cérémonie d’ouverture très colorée dont la photo aérienne se retrouva sur de nombreuses publications scoutes durant des années, cette grande main entourée d’un cercle comme celui du lys mondial. Cette main représentait la devise du Jamboree, « Cinq doigts une main », symbole de l’union des cinq pays nordiques. Une innovation l’utilisation de cartes perforées pour la gestion des activités par ordinateur et une exploration en patrouille internationale durant laquelle les petits Français si curieux avec leurs uniformes (des polos La Hutte en acrylique inflammable pour les pionniers avec des jeans en velours côtelé marron chocolat) qui tranchaient sur les coloris plus ternes d’uniformes plus traditionnels, surent démontrer qu’il savaient parfaitement camper dans la nature, allumer des feux avec des allumettes, lire une carte et se servir d’une boussole, l’un de nos pionniers dut même remplacer haut la main le chef de patrouille norvégien qui était sensé connaître le parcours du « hike » et ramena à bon port jusqu’aux cars sa petite équipe.

Ce fut aussi l’occasion d’échanges de tout ordre, notre poste retrouva les scouts mexicains que nous avions accueillis à Jambville plusieurs semaines auparavant lors de leur tour de l’Europe, et comme le monde est petit l’un des chefs de la délégation mexicaine se trouvait être un ami de la famille d’un de nos pionniers qui avait vécu à Mexico, un autre de nos pionniers retrouva lui-aussi plusieurs anciens condisciples de son lycée de Libreville parmi la délégation gabonaise. Souhaitons que les amitiés qui se construisirent au cours de ce jamboree dureront aussi longtemps que celle que j’entretiens avec un jeune chef de patrouille de la délégation rwandaise avec lequel nous nous retrouvions pour traduire les instructions en anglais du chef de sous camp pour les francophones, Alfred devint par la suite professeur d’anglais à l’Université Nationale du Rwanda et Commissaire Général de son association, il vit aujourd’hui à Nairobi avec sa famille et nous sommes toujours en contact.

Le lendemain de la cérémonie de clôture, le jeudi 7 août au matin la délégation française se scinda en deux, une partie prit les cars pour la Suède où les jeunes et les adultes devaient être hébergés dans des familles, l’autre partie excursionna en car dans le sud de la Norvège pendant une petite semaine nourrie par les infâmes sandwiches Bennet, passant deux jours dans un camping de la périphérie d’Oslo où le poste put enfin se payer un énorme steak-frites dans un restaurant de la capitale norvégienne. Le 13 août au soir nous retrouvâmes l’autre moitié de la délégation à Göteborg où nous embarquâmes sur le ferry à destination de Kiel, heureusement le train spécial nous attendait pour nous reconduire en gare de Meulan-Hardricourt où nous arrivâmes le 14 août en fin de soirée, certains parents prévenus par le Centre national nous y attendaient en voiture. Pour nous ce fut et cela reste un souvenir inoubliable le film que nous avions réalisé a malheureusement été égaré depuis.

PS

L’un des résultats les plus probants de ce genre de camp c’est qu’à la rentrée nous avions trente pionniers dans le poste et que les sœurs et copines de nos gars voulurent lancer une caravelle?. Plus des deux tiers des pionniers présents au Jamboree prirent par la suite des responsabilités dans le mouvement, je revis même l’un d’entre eux avec son épouse comme délégués de leur région à l’Assemblée Générale de 1990, ah ! le Scoutisme, quand ça vous tient !

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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