Scouts et guides au sein du mouvement Témoignage Chrétien (1941-1944)

Article paru dans « Scoutisme et collection » n°57, octobre 1999.

Novembre 1941 : Une revue clandestine de 17 pages, tirée à 5000 exemplaires, paraît pour la première fois à Lyon. Son titre annonce clairement ses convictions : Cahiers du Témoignage chrétien. Ce premier numéro est sous-titré : “France, prends garde de perdre son âme”. L’ensemble du numéro, sans aucune illustration, est une dénonciation du nazisme, solidement argumentée. Celui-ci est présenté comme une mystique antichrétienne, utilisant de multiples moyens pour persécuter ses adversaires et qui est à ce moment à l’œuvre en France. Lancée par des catholiques et des protestants, cette revue va rapidement acquérir une grande importance.

Un ouvrage remarquable de Renée Bédarida Les armes de l’Esprit, Témoignage chrétien, (1941-1944), paru en 1975 aux Editions ouvrières, va nous permettre d’avoir une idée de ce fut l’implication des scouts et guides dans ce grand mouvement de Résistance chrétien.

Témoignage chrétien, une résistance spirituelle au nazisme

Témoignage chrétien se place d’emblée dans le champ de la résistance spirituelle au nazisme. Il ne s’agit pas de faire de la politique, pour De Gaulle ou contre Pétain, mais de dénoncer le nazisme et ses principes qui n’ont qu’un but : détruire la France et le christianisme. Dans ce but, la revue s’appuie sur les déclarations des papes, sur les différentes mises en garde contre Hitler faites dans les milieux chrétiens dès avant 1939,sur l’enseignement traditionnel de l’Eglise… et n’hésite pas à commenter des textes d’Hitler ou de Rosenberg, le théoricien du parti nazi, afin de bien démontrer comment la Révélation du Christ est inconciliable avec les mythes nazis du Sang et de la Race.

C’est un jésuite de Lyon, le RP Pierre Chaillet, qui est à l’origine de Témoignage chrétien. Cette revue va réussir l’exploit de paraître clandestinement de l941 à 1944. Elle existe encore aujourd’hui, comme hebdomadaire, avec un engagement politique nettement à gauche, qu’elle n’avait pas directement durant l’Occupation. 19 cahiers paraîtront durant trois ans, certains étant tirés à 40.000 exemp1aires. Au total, 550.00 Cahiers furent imprimés. Rapidement, la revue quittera les limites de l’actuelle région Rhône-Alpes et sera diffusée dans toute la France. Une autre imprimerie sera installée 5 Paris en plus de celle de Lyon.

Témoignage chrétien entend opposer une résistance spirituelle au nazisme. Les thèmes des cahiers parus montrent bien cette volonté : “Antisémites” qui dénonce violemment, en avril-mai 1942, l’antisémitisme hitlérien, affirme clairement que la France ne peut pas en être complice et attaque donc vivement la réglementation antisémite du gouvernement de Vichy. Témoignage chrétien ne manque pas de rappeler que le Pape Pie XI avait solennellement déclaré en 1938 « L’antisémitisme est inadmissible, nous sommes tous spirituellement des sémites ».

D’autres cahiers sont consacrés aux droits de l’Homme et du Chrétien, à la déportation, à l’Alsace-Lorraine, annexées par les nazis, à la Pologne…A partir de mai 1943, paraissent aussi les Courriers français du Témoignage chrétien, dont la formule est celle d’un journal sous-titré "Lien du Front de Résistance Spirituelle contre l’hitlérisme”. Il s’agit d’une revue plus lisible, avec des articles plus courts, massivement diffusée. Certains numéros sont imprimés à 120.000 exemplaires. Au total, 12 Courriers du Témoignage chrétien paraîtront jusqu’en ao0t 1944, tirés au total à 1,2 millions d’exemplaires.

Revue chrétienne où se retrouvent catholiques et protestants, Cahiers et Courriers du Témoignage chrétien sont des revues bien informées malgré la guerre et la censure. Des informations arrivent de Suisse ou du Vatican à Lyon. Début 1943, le numéro des Cahiers consacré à la Pologne donne une idée très précise des persécutions et du plan de destruction systématique de ce pays et de l’Eglise qu’ont entrepris les nazis. Le nom du camp d’extermination d’Auschwitz figure même dans le texte, sous son nom polonais d’Oswiecim, sans toutefois que la réalité de l’extermination systématique des Juifs dans les chambres à gaz ne soit perçue. Le dernier numéro paru des Courriers (été 1944) donne, lui, des détails terribles et très précis des massacres d’Ascq (Nord), le 1er avril 1944, au cours duquel les SS assassinèrent 86 habitants de la commune et de celui d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) le 10 juin 1944, au cours duquel 642 personnes furent massacrées.

Ceux qui firent Témoignage chrétien

Il faut bien nous représenter, plus de cinquante ans après, ce que signifiant créer une revue clandestine chrétienne en pleine occupation.. C’était d’abord prendre des risques personnels importants, parfois considérables, pour soi et pour sa famille. En octobre 1942, le tribunal correctionnel - français - de Lyon condamne 13 militants de Témoignage chrétien arrêtés par la police française à la suite d’une imprudence, à plusieurs mois de prison et à des amendes pour "distribution de tracts d’inspiration étrangère et la publication d’informations (…) susceptibles d’exercer une influence fâcheuse sur l’esprit de l’armée ou de la population civile"… Fernand Belot, l’un des principaux animateurs et l’un des fondateurs de Témoignage chrétien sera arrêté à la suite d’une trahison le 27 mars 1944. Torturé par la Gestapo, il est fusillé le 9 juin 1944 à l’âge de 27 ans. L’imprimeur de Lyon, Eugène Pons, sera lui arrêté par les Allemands le 22 mai 1944 et mourra en déportation.

C’est aussi, spécialement pour les catholiques, se livrer à un acte de rébellion contre l’autorité de l’Etat qui apparaît parfaitement légitime à ce moment. C’est aussi se rebeller contre le maréchal Pétain, que de très nombreux Français considèrent encore comme le sauveur et que l’immense majorité des évêques soutient. “Pétain c’est la France et la France aujourd’hui, c’est Petain” a déclaré en novembre 1940 le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon… C’est accepter d’être considéré comme lié aux ennemis du pays et aux communistes. Pour un scout qui a promis sur son honneur de servir l’Eglise et son pays dont les revues, spécialement chez les Scouts de France, présentent de manière très, favorable l’action du gouvernement [1], c’est admettre que ceux-ci ne sont pas des absolus et qu’ils peuvent se tromper. C’est en fait effectuer une véritable révolution dans sa manière de penser et de voir le monde.

Pour sa réalisation et sa diffusion dans toute la France, Témoignage chrétien va largement s’appuyer sur des prêtres et les militants des mouvements chrétiens : militants de la JEC et de la JOC, anciens du journal Temps présent, Compagnons de Saint-François, anciens du Sillon, scouts, guides… Cette particularité, par rapport à d’autres mouvements de Résistance, va constituer l’une des grandes forces et l’une des singularités de Témoignage chrétien. Il est évidemment beaucoup plus difficile pour la police d’infiltrer une organisation dont les militants se connaissaient déjà avant la guerre et qui sont animés par un même projet sur l’Homme. Qui lurent ces courageux militants ?

Beaucoup d’entre eux se recrutent dans le milieu des catholiques sociaux. Il s’agit des catholiques souhaitant une présence activée de l’Eglise dans la société, dans tous les milieux sociaux et notamment au côtés des plus pauvres. Dès la fin du 19è siècle, les catholiques sociaux sont à l’origine de multiples initiatives : patronages, syndicats ouvriers, journaux, mouvements féminins, mouvements de jeunesse, organisations agricoles… Dès le début, ils vont soutenir le scoutisme catholique contre ses détracteurs… eux-mêmes souvent catholiques. Plusieurs mouvements illustrèrent l’action du catholicisme social. Ce fut notamment le cas du Sillon, organisation créée en 1894 par Marc Sangnier et condamnée en 1910 par le Pape et qui voulait mettre “le christianisme dans la démocratie”. De là, naîtront plus tard notamment les partis politiques démocrates-chrétiens. Minoritaire dans l’Eglise en 1939, le courant du catholicisme social est très actif au plaint que ses membres sont qualifiés de “rouges chrétiens” par les catholiques plus conservateurs.

Lors de la rédaction de son livre Les armes de l’Esprit, Témoignage chrétien (l941-1944), l’auteur, Renée Bédarida, à la fois historienne et ancienne du mouvement avait envoyé un questionnaire à plusieurs centaines d’anciens de cette organisation. Il faut savoir qu’en 1949, 500 noms avaient été retenus, avec des critères sévères, comme membre du réseau. 150 personnes répondirent aux questions. L’une d’entre elles nous intéressent tout spécialement. Elle concernait les activités religieuses, politiques ou syndicales d’avant guerre des militants de Témoignage chrétien. On constate que les trois quart de ceux-ci avaient un engagement : 66 dans les mouvements de jeunesse d’Action catholique spécialisée (40 à la Jeunesse étudiante chrétienne soit 26,7 %, 15 à la Jeunesse ouvrière chrétienne, soit 10%, les autres à la Jeunesse agricole chrétienne et 5 l’Association catholique de la jeunesse française), Pour le scoutisme, on apprend que 13 militants, soit 8,7 %, passèrent par le scoutisme. Ce terme recouvre en fait les Scouts de France, les Guides de France, les Éclaireurs de France, les Éclaireurs unionistes et la Fédération française des éclaireuses.

Scouts et Guides de France dans un réseau de résistance

Dans son livre L’Eglise sous Vichy, 1940-1945, paru en 1998 aux Editions Perrin, l’historienne Michèle Cointet fait quelques remarques très justes sur la mémoire résistante. Elle remarque, 301-302 , la multiplication des mémoires résistantes, « mémoire des PTT, mémoire des protestants, des communistes, des francs-maçons, des ouvriers et des ingénieurs, des Compagnons de France, des lycéens, des normaliens. D’abord, on se réjouit. Puis, on dit “halte !” Celle autocélébration du groupe trahit pieusement la vérité historique qui n’est pas juxtaposition d’histoires parallèles. Celte délimitation jalouse des frontières, ces comparaisons dénigrantes pour les autres, ces rivalités, ce fractionnement sont antinomiques du véritable esprit de résistance pétri d’amour de la Patrie qui réduisait les divergences idéologiques autant qu’il abolissait les différences sociales ». N’ajoutons donc pas une mémoire scoute de la Résistance !! Les scouts qui y participèrent le firent aussi bien au nom de leur promesse que par patriotisme ou au nom de leur foi. Il ne s’agit donc pas ici de porter de jugement de valeur ou de hiérarchiser la participation à la Résistance selon le mouvement d’origine des militants. Présentons simplement, à partir du livre de René Bédarida et de quelques autres sources complémentaires l’implication du scoutisme dans Témoignage chrétien. On remarquera que les engagements se croisent. Un militant l’est rarement dans un seul mouvement de résistance, ce qui est contraire A toutes les règles du travail clandestin. Un diffuseur de Témoignage chrétien pourra aussi être militant dans Ic mouvement Combat ou avoir des activités dans une autre organisation locale de résistance. En cas d’arrestation, les dégâts seront importants.

A Limoges, l’un des diffuseurs de Témoignage chrétien est Jean Traversat. Son père Pierre est le responsable local du mouvement. Jean Traversat diffusa le journal dès ses premiers numéros. Routier à la 3è Limoges des Scouts de Fronce, il participe avec enthousiasme le 15 août 1942 au pèlerinage du Puy. Assistant de clan en septembre 1942, il s’occupe activement de formation dans des stages. Après un passage aux Chantiers de jeunesse, il plonge définitivement dans la Résistance. En décembre 1943, il devient permanent, secrétaire départemental des Mouvements unis de résistance pour le département de l’Indre et prend le pseudonyme d’Etienne Duché. Il s’occupe des liaisons entre ce département et la région R 5 de la Résistance. Participant à des parachutages d’armes, il prend le maquis en juin 1944 où il a pu constituer trois compagnies. Il est tué au combat le 19 juin 1944 et sera décoré à titre posthume de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre et de la Médaille de la résistance. Sa vie nous est connue par l’ouvrage du Père Guichardan, Jean Traversat, scout-routier, héros de la Résistance paru dès 1946 et qui connut plusieurs éditions. Pour Jean Traversat, l’engagement dans Témoignage chrétien, par le scoutisme et sa famille, a été le premier pas vers un engagement total. Il est étaiement à noter qu’au moins six autres routiers? dé ce clan tombèrent au combat, dans les marquis ou les rangs de l’armée. Scoutisme et collections nº 50, janvier 1998, a publié, p 31-32 les photos des monuments mortuaires de Jean Traversat prises par notre adhérent Jean-Luc Soulas.

L’un des endroits où la place des Scouts de France dans Témoignage chrétien fut probablement la plus importante en France fut Gap dans les Hautes-Alpes. Cette situation est due à l’action des frères Gaston et Raymond Ribaud. Gaston Ribaud était commissaire des Scouts de France pour les Hautes-Alpes. Son frère était également engagé dans le mouvement. Dès avant la guerre, tous deux faisaient partie d’un groupe d’intellectuels catholiques dans lequel figuraient notamment Marcel Légaut et le Père de Lubac. Tous les futurs animateurs de Témoignage chrétien de ce département viendront de ce groupe dont fit également partie Fernand Belot. Les Ribaud étaient imprimeurs de profession. Dès 1941, ils impriment et diffusent clandestinement 4000 à 5000 exemplaires d’un texte important du philosophe catholique Jacques Maritain, A travers le désastre, transmis par Fernand Belot. Puis, ils impriment des faux papiers d’identité et des documents pour la résistance. A partir de novembre 1943, Raymond Ribaud devient responsable départemental de la SAP, la section atterrissage et parachutages avec son frère comme adjoint. Une bonne partie des routiers de Gap en fait partie. Il s’agit de baliser des terrains d’aviation clandestins, d’organiser des parachutages d’armes et d’explosifs, de les stocker et de les répartir. Arrêté par les Allemands en avril 1944, Raymond Ribaud sera finalement relâché.

La diffusion de Témoignage chrétien dans les Hautes-Alpes est effectuée notamment par plusieurs scouts du groupe des frères Ribaud. René Faure, routier de 17 ans, agent de liaison des frères Ribaud, va chercher les valises bourrées de numéros de Témoignage chrétien à l’arrivée du car ou à la gare de Gap et les cache dans une salle de patronage. Un autre routier du groupe, Amédée Para, également membre de la SAP, responsable local des Forces unies de la jeunesse patriote est aussi diffuseur du journal. Après le débarquement de juin 1944, un petit groupe de routiers comprenant notamment Raymond Ribaud, René Faure et Amédée Para part faire sauter une voie ferrée. Quelques jours plus tard, une quinzaine de routiers du groupe organisent entre eux un stage de dix jours de maniement des armes et d’instruction militaire. Puis, par deux fois, ils effectuèrent des relevés topographiques des positions allemandes autour de Gap. Tous joignent le maquis durant le mois d’août. Quelques jours auparavant, le l7 juillet 1944, Amédée Para est tué au cours d’un combat à Laye. Sa citation à l’ordre de l’armée note : "Son sacrifice illumine d’une gloire impérissable les Scouts de France et son exemple rayonnera à jamais sur tous nos jeunes". L’histoire du groupe scout de Gap dans la Résistance sera écrite ainsi que la vie d’Amédée Para dès la Libération. Il est également intéressant de noter que tous ces militants chrétiens de Gap, scouts ou non, étaient tous d’une sensibilité politique voisine, proche des démocrates-chrétiens.

D’autres cadres des Scouts de France vont jouer un rôle important dans l’organisation et la diffusion de Témoignage chrétien. C’est le cas de Paul Thisse, chef du groupe d’Annecy à partir de 1932. Chrétien engagé, il se heurte au RP Doncœur lors du pèlerinage du Puy le 15 ao0t 1942. Il se tourne vers la résistance. En novembre 1942, il devient responsable de la diffusion de Témoignage chrétien pour le département de la Savoie, après la condamnation par la justice française de son prédécesseur dans cette fonction. Ses choix le conduisent à contester ceux des Scouts de France En mai 1943, il décide de réduire leur participation au défilé de la fête de Jeanne d’Arc à Annecy en raison de la présence de militants des partis collaborationnistes. Quand la hiérarchie du mouvement lui demande dc modifier sa décision, il démissionne. Il est traduit en Cour d’Honneur. Celle-ci l’absout de toute faute mais il maintint sa démission. Il aura ultérieurement des responsabilités au sein du Comité départemental de Libération de la Savoie.

D’autres Scouts de France ne jouent qu’un rôle modeste au sein de Témoignage chrétien. Ainsi, le jeune Emile Visseaux, futur commissaire général de cette association de 1970 à 1976, diffuse-t-il la revue dans la Meuse en 1943-44. A Belfort, l’abbé Maurice Pourchet, aumônier du lycée, organise également la diffusion du journal. Il est lié aux Scouts de France et à la JEC. Il publiera dès 1946 une brochure, Epis moissonnés, consacrée à leurs membres morts durant la guerre. Deux pages sont consacrées à Fernand Belot, ancien élève de lycée de Belfort, membre de la JEC [2]. Plusieurs autres présentent l’action des Scouts de France qui fut particulièrement remarquable dans cette ville : 11 des 24 routiers du clan Guy de Larigaudie moururent dans les combats de la Libération. Cette unité Scouts de France fut décorée en 1946 de la médaille de la Résistance. il ne semble toutefois pas qu’ils furent directement liés à Témoignage chrétien.

Les Scouts de France ne sont pas les seuls scouts à militer au sein de Témoignage chrétien. Dans le Var, l’action de Georges Cisson, membre des Éclaireurs de France mérite d’être relevée. Son nom ne figure d’ailleurs pas dans le Livre d’or des Éclaireurs de France publié immédiatement après la guerre. Catholique proche du Sillon, il a dès 1935-36 des responsabilités dans le syndicalisme chrétien. Sous-officier blessé en 1940, il anima les Éclaireurs de France à Draguignan, tout en diffusant Témoignage chrétien. Au printemps 1943, il devint chef départemental du mouvement “Libération” puis membre de la direction régionale des Mouvements unis de Résistance, Membre du Comité départemental de Libération du Var, il est arrêté par les Allemands le 12 juillet 1944 et fusillé. Son nom a été donné à plusieurs rues ou bâtiments dans le Var en raison de son rôle important dans la résistance départementale.

Chez les Guides de France, à Grenoble, à partir de décembre 1943 et jusqu’à la Libération, Solange de la Baume qui est également militante à la JEC, avec cinq à six autres jeunes filles, confectionne les paquets de Témoignage chrétien et de tracts. Ils sont envoyés à Thonon, Annecy, Chambéry, Gap et dans toute l’Isère. Solange de la Baume assure également des missions pour l’Armée Secrète.

D’autres exemples de participation de scouts ou de guides à Témoignage chrétien existent très certainement. Les promoteurs de ce journal considéraient d’ailleurs le scoutisme comme l’un des lieux de leur propagande. Un document interne au mouvement, datant probablement de fin 1941, intitulé Aide-mémoire précise les lieux à atteindre pour la diffusion de la revue. Aux côtés des mouvements d’action catholiques, du personnel des écoles libres et des séminaires, scouts et éclaireurs figurent dans la liste. De même, la diffusion de Témoignage chrétien parmi les Scouts de France de Lyon au printemps 1943 est avérée.

Le Scoutisme dans Témoignage chrétien

Témoignage chrétien, organe de résistance spirituelle, n’évoque pratiquement pas la vie des mouvements d’Eglise, d’Action catholique ou autres. En ce qui concerne le scoutisme, on trouve simplement quelques brèves mentions dans le nº 1 et dans le nº 10-11. Evoquant les persécutions du nazisme vis-à-vis du christianisme, il dénonce l’interdiction des mouvements de jeunesse et celle du port des uniformes par les Allemands. « Un trait de plutne a donc fait, disparaître Scouts, JOC, JEC, JAC etc… Perquisitions, amendes, arrestations de militants atteignent toute tentative de reprise d’activité (…). » Le journal donne ensuite une série d’exemples précis de mesures de répression touchant les patronages et la JAC. Le principal document évoquant le scoutisme paraît durant à l’automne 1943 dans le nº3 du Courrier français du Témoignage chrétien. Il s’agit du discours du cardinal Saliège, archevêque de Toulouse, aux chefs Scouts de France partant en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire le 24 mai 1943. « Vous partez pour l’Allemagne. Est-ce par contraint ? Est-ce volontairement ? Je n’ai pas à le savoir. On peut subir une loi sans lui donner une adhésion intérieure. Vous partez, c’est un fait. Quelle consigne vous donner ? … Celle-ci, rien que celle-ci : “rendez témoignage, à la France, an Christ” (…) Une seule consigne résume tout, comprend tout :”Scouts de France, scouts catholiques, partout et toujours. » Dans le contexte, le texte apparaît provocateur. La presse suisse le reprend en septembre 1943 sous le titre "Fières consignes de l’archevêque de Toulouse aux jeunes scouts”. De plus, le cardinal Saliège, qui s’était déjà illustré en août 1942 par une déclaration officielle dénonçant les arrestations de Juifs, avait rayé de son texte la phrase la plus provocatrice « Vous allez dans un pays (l’Allemagne) qui a ses beautés, ses grandeurs ; dans un pays qui ne peut plus espérer remporter la guerre qu’il a déchaînée ».

L’évolution de l’après-guerre

Scouts, guides, éclaireurs et éclaireuses rencontrèrent bien d’autres chrétiens et d’autres patriotes dans les Résistance. Au sein de Témoignage chrétien, ils tinrent une certaine place. Il ne s’agit pas de la majorer ou de l’ignorer. Il ne s’agit pas d’une résistance scoute organisée puisqu’elle fût le fait de personnes, jamais d’unités, en dehors du cas de Gap. Ces scouts se retrouvèrent essentiellement chez les Scouts de France, en opposition avec la hiérarchie de leur mouvement qui, jusque fin 1943 au moins, appuie le gouvernement de Vichy et refuse de rencontrer les émissaires de la France Libre. Les changements d’équipe à la Libération, les évolutions pédagogiques des années 50 et 60 qui suivront trouvent directement ici une partie de leurs origines. Pour le scoutisme, la seconde guerre mondiale a décidément constitué une période capitale expliquant l’évolution ultérieure.

Notes

[1« Les structures de l’ordre nouveau (c’est-à-dire le régime du maréchal Pétain), fait d’autorité, de hiérarchie, de disparition de la lutte des classes, étaient en trop étroite harmonie avec la conception que nous (les Scouts de France) avions du monde, étaient trop semblables à l’ordre qui régnait dans la petite cité scoute, pour que notre adhésion n’ait été facile et heureuse. » écrivait le Père Marcel Forestier, aumônier général des Scouts de France dans la revue Le Chef n°189, mars 1942 ; p.79

[2Contrairement à ce que j’ai écris dans mon livre Le scoutisme en France, p 151, sur la foi d’une information inexacte, après vérification, Fernand Belot n’était pas scout.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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