Un livre sur le P. Pierre-André Liégé

[( Pierre-André Liégé (1921-1979)
Un itinéraire théologique au milieu du XXe siècle

Gérard Reynal
Editions du Cerf, Paris
2010, 491 pages (33 €).)]

Couverture du livre sur Pierre-André Liégé

Il a été l’Aumônier National de la Route des Scouts de France, à une période particulièrement difficile de l’Après-Guerre. Les « anciens » me disent qu’il a été le « prophète d’une génération » (du scoutisme mais pas seulement, tant il aura marqué ceux qui l’avaient rencontré) …

Mais il a aussi été Conseiller théologique de l’évêque de Strasbourg, à Vatican II. Plus tard, il fut le créateur de l’Institut de Pastorale catéchétique à la Catho de Paris et l’un des fondateurs du Cycle C de formation de laïcs à cette même Catho. Curieusement, voilà un intellectuel (vraiment de « haut vol ») que l’on aurait pu croire égaré dans le scoutisme…

L’ouvrage qui vient de paraître aux Éditions du Cerf comble un manque pour celles et ceux qui l’avaient redécouvert récemment mais qui m’en possédaient pas nécessairement les clés de lecture… Il a été écrit par l’un de ses étudiants à l’Institut Catholique de Paris, le Père Gérard Raynal, lui même devenu professeur de théologie et qui lui a d’ailleurs consacré sa thèse de théologie dont le livre qui vient de paraître est, en quelque sorte, un extrait « grand public ».


Lire la quatrième de couverture

« Le Père Liégé écoutait avec beaucoup de courtoisie. Ses yeux brillaient avec une certaine malice sous les cheveux roux, derrière les lunettes de l’intellectuel. Il ne refusait, dans les discussions passionnées de cette époque, aucune hypothèse. Il y avait toujours un moment où nous butions sur la solidité, chez lui, de la foi en la transcendance, en la Parole et en l’Église. Nous avions l’impression d’une solidité doctrinale qui, jointe à un grand savoir, à l’amitié humaine et au sens de la liberté de la recherche, composait un mélange très séduisant. » Ainsi s’exprimait Georges Hourdin.

Le professeur Gérard Reynal s’attache à faire découvrir la personnalité remarquable que fut le Père Liégé : ce dominicain fut formé aux facultés théologiques du Saulchoir, à l’école des Pères Chenu et Congar qui furent ses maîtres. C’est en 1946, dès la fin de la guerre, qu’à son tour il commença son enseignement théologique. Mais comment est-il devenu ce penseur dont la théologie originale marquera des générations ? Pour tenter de le comprendre, il faut le suivre dans ses réactions et réflexions face aux événements. Cela va du « renouveau » d’après-guerre jusqu’au concile Vatican II et à sa postérité, en passant par la création de la revue Parole et Mission et la fondation de l’ISPC à l’Institut catholique de Paris.

En effet, le Père Liégé s’est très vite engagé dans des débats qui marquent le surgissement d’une nouvelle manière de comprendre l’Église, son rapport au monde et son souci missionnaire. Dans le même temps, son expérience éducative auprès des jeunes « Routiers? » a confirmé sa vocation apostolique et fait surgir une personnalité hors du commun qui fera preuve de clairvoyance autant que de courage dans ses engagements - par exemple face aux « événements » d’Algérie.

Sa réflexion au sein de l’équipe de Parole et Mission, animée par Antonin-Marcel Henry, o.p., puis son enseignement à l’Institut supérieur catéchétique fondé avec François Coudreau, p.s.s., confirmeront et préciseront la vocation théologique de P.-A. Liégé qui commence à élaborer les principes de base de ce qui deviendra sa théologie pastorale.

À travers l’histoire passionnante de ce religieux, c’est une belle et riche page de l’histoire de l’Église au XXe siècle que Gérard Reynal fait revivre.

PS

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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