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Les 106e et 206e Paris

Patronage Saint Camille, puis paroisse du Saint Esprit, 12e arrondissement de Paris.

Le groupe Scout de France du Saint Esprit fondé en 1931, 106e et son doublon 206è Paris (Province Sainte-Jeanne d’Arc, district Paris-Est I puis Daumesnil dans le 12e arrondissement de Paris), est encore vivant de nos jours.

106e Paris

2La création2

La 106e Paris est affiliée aux SDF le 11 mai 1932 et reçoit son étendard le 3 juillet. Mais elle est formée depuis février 1931. Elle apparaît en effet dans une liste en novembre 1931 sous le nom de « troupe du Saint-Esprit » et sans numéro. Ceci est fort rare, les numéros étant donnés très rapidement. Son foulard est rouge à bande jaune,

La troupe est localisée avenue Daumesnil. Une crypte y est ouverte en 1929 pour soulager la paroisse plus ancienne de Notre-Dame-de-Bercy, qui pourtant n’a pas de groupe scout, mais est située par ailleurs de l’autre coté des voies de chemin de fer.

L’aumônier fondateur du groupe est le père Lohat. André Malfille est le Scoutmestre (SM) fondateur. Il habite le quartier. En 1933, on lui connait en comme Assistant SM, Jean Caillette, venu de la 1re Maisons-Alfort (1933), et N. Poccaton. André Malfille devient Scoutmestre de Groupe en 1934 : il existe donc aussi une meute.

Le premier local, qui n’existe plus, se situe alors 46 bis rue de la Gare-de-Reuilly, c’est-à-dire sur le territoire de la paroisse Saint-Éloi. Il s’agit là des locaux d’un patronage Saint-Camille alias « la Camillienne », fondé en 1894. La Camillienne regroupe des Cœurs Vaillants, des colonies de vacances, ainsi qu’une importante association sportive.

À cet emplacement autour de la place Daumesnil (Félix Eboué), le groupe SDF précède de quelques années la création de la paroisse du Saint-Esprit, dont le projet date cependant de 1926. C’est aussi le cas de Sainte-Cécile dans le 20e arrondissement, chapelle de la paroisse de l’Immaculée-Conception du 12e arrondissement, dont le groupe 84e Paris, a précédé la mise en place d’une paroisse Saint-Gabriel.

Ainsi, malgré son nom, le groupe est d’abord celui du quartier de la rue de Reuilly et de ses Habitations Bon Marché (HBM) populaires, de l’avenue Daumesnil, de la rue Decaen et de la rue de Fécamp.

André Malfille vise expressément ces logements qui, en 1932, sont encore récents et contiennent une population ouvrière à la fois pauvre et soudée par son habitat, car les HBM qui apparaissent de l’extérieur comme des casernes, sont pour la plupart gérées par des fondations particulières qui y proposent des services communs, des cours ménagers, des installations hygiéniques. Idéologiquement, à l’instar de certaines cités et bidonvilles, les HBM se laissent assez difficilement pénétrer par l’apostolat traditionnel des paroisses.

**Quelques repères chronologiques.

De 1932 à 1935 Jean Lembezat est Scoutmestre. Il était précédemment SM de la 49e Paris (Sainte-Anne-de-la-Maison-blanche).

En 1935 commence un conflit documenté par les archives diocésaines. Il s’agit d’un conflit avec les Eudistes. Ceux-ci avaient récupéré le patronage Saint-Camille, en dépit que celui-ci se situe sur le territoire de St-Eloi. Le SMG André Malfille pour sa part, avait voulu dès l’origine un « groupe ouvert », c’est-à-dire non rattaché à une institution, tout en acceptant l’accueil au patronage. Cette formule était possible selon le règlement, mais elle posait un problème pour les aumôniers. Après un bref passage d’un père Émering, le père Georges Terras, qui mourra pour la France en 1940, arrivé en 1934, nommé en 1935, est un Eudiste venant de Saint-Jean-de-Béthune à Versailles.

La paroisse du Saint-Esprit est érigée en 1936 avec une partie du territoire de Saint-Éloi, (mais pas la Camillienne), la totalité du bois de Vincennes, ce qui l’étend jusqu’au lointain carrefour de Joinville. L’église, une des plus grandes de Paris, ne sera achevée que quelques années plus tard, le clocher en 1960 seulement.

L’église du Saint-Esprit

La paroisse est confiée aux Eudistes Ces derniers posent des conditions draconiennes au groupe scout : le rattachement formel au patronage comme « groupe fermé », et l’alignement sur leurs conceptions. Or, exemple inquiétant, la compagnie de Guides, qui a cédé à ces exigences est réduite en 1937 à une section du patronage et ne campe plus !

En 1937, au départ du père Terras, André Malfille est désespéré par la situation. Il envisage même de passer son groupe aux EDF. pour ne pas avoir l’obligation d’être rattaché. En définitive, on compose : le groupe reçoit un aumônier Eudiste de la paroisse, le père Fricaud, mais il reste tenu pour un groupe ouvert.

Tout n’est pas résolu, car Malfille et le père Fricaud s’affrontent, et on voit à la rentrée de 1937 un nouveau Chef de Troupe, Pol Daversin, personnage important au QG et qui sera plus tard Commissaire National Éclaireur. Daversin a déjà connu un conflit de ce type avec son aumônier de la 3e Paris (Immaculée conception, groupe Saint-Michel). Il semble qu’il arrive à calmer le débat, mais pour un temps seulement.

1937-1939. CT par intérim Pol Daversin. ACT Jacques Dupont.
À la rentrée de 1938, le conflit avec la paroisse et les Eudistes se poursuit. André Malfille menace toujours de passer aux EDF. Il semble qu’on rattrape le groupe sur le fil en lui demandant de s’éloigner, car un nouveau SMG est nommé, Jean Lembezat.

« Ouvert » ou non, le groupe devient progressivement le groupe paroissial, ce qui modifie sa sociologie, car le quartier était et est toujours mixte sur le plan social, avec les HBM dont on a parlé, des logements assez pauvres autour de la rue de la Brèche-aux-Loups, mais aussi de beaux immeubles bourgeois place et avenue Daumesnil.

Jean Lembezat reste Scoutmestre de Groupe jusqu’en 1939. Jacques Dupont est ACT en 1938.

La troupe est bien active pendant la guerre, puisqu’on en a la liste complète des chefs : CT 1939 – 1941 Marcel Delprat. Il devient CG en 1944
CT 1941 -1944 Guy Charlet. Il devient CG à son tour en 1946.
En 1945, comme dans beaucoup d’autres paroisses parisiennes, le groupe fonde une seconde troupe, la 206e Paris (voir plus loin).

Maurice Schildknecht est CT de la 106e de 1945 à 1947. Il se fiance en avril 1947 avec Louisette Romand, la Cheftaine de Meute. Jean Garrigou est ACT. Il deviendra CG en 1953. En 1946, le camp de Pâques a lieu en Belgique, celui d’été en Alsace.

Guy Charlet est CG en 1946. Le groupe lance en 1946, en commun avec la 54e GDF de la paroisse, un bulletin nommé Coûte que coûte (à retrouver).
La 106e prend cette année là le nom de « Jean Dudraisil », de son nom complet Jean-Pierre Dudraisil-Élie, un ancien du groupe, membre de la JEC, responsable du groupe résistant JCC (Jeunes Chrétiens combattants), tombé avec trente-cinq camarades dans un piège et abattu le 16 août 1944 au bois de Boulogne.

La meute ne rouvre qu’au début de la même année.

Jacques Tardy est CT en 1947 - 1948. Il reprendra plus tard comme Cadre Vert, la 112e Paris, de la paroisse Saint-Merri.

En 1948, alors que Guy Pétavy est CG, les deux troupes du groupe fusionnent. Le CT. De cette la 106e-206e, est Jacques Debrand. CP en 1946 ; il sera plus tard CG en 1962 et Commissaire du District (CD) Daumesnil en 1963. Maurice Fossati et Henri Duchâteau sont ACT en 1949.
Maurice Fossati prend la direction de la troupe en 1949-1950, suivi l’année d’après par Louis Balandier.

En 1952-1953, le CT de la 106e est Jean-Claude Girault. Son frère Jean-Louis est CT de la 206e l’année suivante ! Le grand camp a lieu près de Namur. Jean Garrigou est CG.

En 1954, Louis Balandier, l’ancien CT de la 106e d devient CG. Sa sœur est cheftaine à la 206e. Les aumôniers sont le père Bébin (groupe) et le père de Fontanges (meutes). Le local se situe alors au 27 avenue du Général-Michel-Bizot, assez loin de l’église, jusque vers les années 1960. Il s’agissait sans doute d’un ancien atelier, l’immeuble actuel à son emplacement semble un peu plus récent.

La troupe reprend en 1956 le numéro de 106e-206e Paris, qu’elle avait déjà porté en 1948, son doublon ayant une existence intermittente.
Les chefs se succèdent trop rapidement d’année en année, comme souvent dans beaucoup d’unités :

  • 1957-1958 : Jean Pichevin CT.
  • 1958-1959 : Claude Marti CT, Gérard Guignaud ACT
  • 1959-1960 : Marc Vandromme CT
  • 1960-1961 : Michel Daverat CT. Il sera CD en 1968, après Jacques Debrand déjà nommé. François Lebey est ACT.
  • 1962-1963 : Jean-Pierre Paillard CT. Curieusement, et ce ne doit pas être facile, il cumule avec la 115e-181e (Lycée Charlemagne) dont un ancien du groupe, Jean Daverat est CG. Comme nous l’avons déjà indiqué, Jacques Debrand est le CG en 1962.
  • 1963-1964 : Pierre-Dominique de Lafoata CT.
  • 1964-1965 : Jean Leroux CT.
Le dôme de l’église du Saint Esprit

La troupe, qui a rouvert la 206e vers 1962 et qui a fondé en 1964 une patrouille libre. Cette réforme est accompagnée par les cadres du district, qui sont presque tous issus de la 106e, et le passage semble donc très paisible. En revanche, la 306e reste unitaire.

Un bon réseau familial soutient le groupe, comme ses voisins la 23e (Massillon) et la 146e (Saint-Philippe-Néri). La Camillienne continue de l’accueillir dans ses locaux, à son nouvel emplacement du 12 rue des Meuniers, occupé vers 1960 ; un avantage à cette localisation est que les effectifs sont plus aisés à trouver.

Le poste « Pionniers » semble particulièrement actif jusqu’en 1975 au moins, et laisse d’excellents souvenirs à ses anciens. En somme, le groupe est en bonne santé pendant ces années parfois difficiles pour les SDF.
Il semble que le numéro 106e est reservé au poste Pionniers et le 206e à l’unité Rangers.

Quelques noms : Paul Rousseau chef de poste en 1965-1966. Son frère étant chef de clan dans le même temps. Jean-Jacques Billerey, Patrick Reverchon, Philippe Juif sont AC Pionniers en 1967- 1968. Philippe Juif est Chef rangers avec Philippe Gouais comme assistant en 1968 -1969.

Retour de camp de Pâques 1969. A gauche le chef Philippe Juif. On note l’absence d’Uniforme. Cliché Philippe Gouais.

Ensuite quelques références :

  • 1969-1970. Assistant pionniers, Christian Piana. Chef rangers, Jean-Philippe Guillemant.
  • 1970-1971. Chef de poste, Daniel Piana qui devient anidep Pionniers. Assistant pionniers, François Bré.
  • 1971-1972. Assistant pionniers, Hervé Machou. Assistant rangers, Marcel Henry.
  • 1972-1973. Assistants rangers, Jean-Pierre Besse, Alain Jégu.
    1974-1975. Assistant pionniers, Patrick Retailleau.
  • 1978-1979. CG Pascal Retailleau. Assistant pionniers, Pascal Retailleau. Il devient CG ensuite. Assistant rangers, Éric Ponce.
  • 1980-1981. Assistant pionniers, Pierre Pénicaud.
  • 1981-1982. Chef de poste, Maxime Tsamba. Yves et Mireille Naudin CG, alors libraires place de la Nation forment un couple très actif qui reste proche du groupe jusque vers 1995. L’aumônier est le père René-Jacques Traonouil.
  • 1982-1983. Assistant rangers, Emmanuel Imbert.
  • 1983-1984. Chef de poste, Pierre Poulain. La 106e participe au jeu national « Cap aventure » en 1984, avec son numéro. Le poste est attesté en 1984 ; il est alors spécialisé dans le travail du fer, dans la tradition de Michel Kieffer. La coéducation est adoptée au même moment.
  • 1984-1985. Assistant scouts (nouveau nom des rangers), Bruno Lacharme.
  • 1987-1988. Assistante scouts, Sandrine Monteils.

Malgré le manque d’éléments narratifs, on peut penser que la 106e, toujours liée à la Camillienne, connaît une existence paisible au long des années 1980 et 1990.

La 206e Paris.

La 206e Paris est crée en 1945 par dédoublement. C’est alors le boom d’intérêt pour le scoutisme de l’après-guerre. Elle est affiliée aux SDF en septembre 1946.
N. Brouquier en est ACT en 1945-1946, vraisemblablement sous la houlette du CT de la 106è.
L’année suivante Jean Garrigou et Roland Léon prennent le relais.

La 206è est mise en sommeil en 1948. Elle fusionne avec la 106è sous le double numéro, comme pour beaucoup de doublons nés au même moment.

Puis, elle réapparaît au milieu des années 1950.
Jean-Louis Girault en est CT en 1953-1954 avec Jean Daverat (frère du CT de la 106e, il deviendra CG de la 115è – 181è (lycée Charlemagne).
La 206e poursuit son existence jusqu’en 1954, puis disparaît derechef, tandis que la 106e reprend le double numéro.

Elle refait surface en 1962-1965 environ, puis disparaît encore, cette fois pour de bon, ou bien est l’unité rangers du groupe.

La meute 206e a pour sa part une existence beaucoup plus longue. Elle se poursuit jusqu’en 1971 d’abord, puis de nouveau en 1982 et en 1986. Elle ne paraît plus après cette date.

On ignore le numéro de la meute du Saint-Esprit qui, en 1985, passe en partie à Saint-Philippe-du-Roule (27e Paris), ses cheftaines ayant choisi une pédagogie d’esprit unitaire. Elle y prend le numéro de 139e Paris, puis se fond dans les autres meutes de ce groupe. Ce départ est curieux dans un groupe "très suiviste" des évolutions des SDF. Mais le groupe du Saint-Esprit était, dans les années 1980, réputé assez « classique ».

La Route

Le clan, sans doute constitué au selon les années de quelques routiers? seulement, est intégré en 1934 au clan de Paris Est II (« Roi Albert »). On ne sait rien de lui pendant la guerre. Il est peut-être membre du clan clandestin de Fontenay-sous-Bois, « Les Nouveaux Rolands ». Ni après, jusqu’en 1961. Entre 1945 et 1960, les routiers font sans doute partie du clan de district qui existait sur Daumesnil.

On a cependant quelques noms :
Michel Pierrang ACC 1948-1949. Puis en 1959-1960, Roger Michaud CC. En 1960 -1961 CC Claude Lebet, En 1962 - 1963, Henri Forceville CE. En 1965-1966, Jean Rousseau CC, frère aîné du CT de la 106e. Il devient ensuite ACDR.

Aujourd’hui

Le groupe SGDF? actuel ne porte plus de numéro. Il a pris le nom de la paroisse Saint-Éloi en plus de celle du Saint-Esprit : la 24e Paris de Saint-Éloi est passée aux SUF? et y a disparu ; la décision de jumeler les deux paroisses date de cette époque.

Foulard actuel du groupe SGDF? du Saint Esprit

Le foulard est rouge, bande jaune rebordée de vert à l’intérieur, dérive du foulard historique de la 106e, mais n’a aucun rapport avec celui de la 24e. Le vert vient donc des GDF ?

Animé par des chrétiens actifs très unis à l’équipe des Eudistes qui a toujours en charge la paroisse, le groupe était attirant dans les années 1980 et 1990 :

Il a reçu en 2001 deux chefs venant de la XIe Paris FSE? de Bercy, Charles et Hugues Gérard, qui s’y sont fort bien trouvés. Il reste très attaché à son mouvement.

La paroisse soutient le scoutisme ; le responsable des maisons paroissiales, Bruno Fouquet-Lapar, est lui-même ancien scout et père de scouts.

Mais le groupe comptait en 2005-2006, toutes unités confondues, à peine une trentaine de jeunes : il s’était donc beaucoup affaibli. À la rentrée de 2006, faute de chefs, les louveteaux? sont envoyés à Saint-Ambroise (la 88e) et il n’y a plus de filles.

En 2007, la meute, la troupe et le poste existaient encore avec Agnès Loumagne-Bondu et Laurent Lynch CG, Chef scouts Erwan Sauques. Camp jumelé en Lozère. Mais l’ensemble ne dépasse pas une quarantaine d’enfants et le poste ne campe pas. En 2009, aucun camp n’est déclaré.

En 2008-2010, Laure et Pierre Frémont sont CG.
Les locaux sont désormais à la paroisse, 8 rue de la Durance, et non plus à la Camillienne.

Le local actuel du groupe du Saint esprit : dans les locaux paroissiaux.

En cette fin d’année 2010, les trois unités du groupe préparent leurs camps : à Jambville pour les 33 louveteaux/Jeannettes, en Bourgogne pour les 12 guides et scouts (camp jumelé avec Saint-Christophe de Javel) et après la participation au Jamboree, le camp près de Sarlat pour les 12 pionniers et caravelles (camp jumelé avec Marly-le-Roi et Dreux).

PS

Ces éléments ont été réunis par Yves Combeau et François Clément et avec les témoignages de Bruno et Chantal Fouquet-Lapar, d’Hugues Gérard, de Charles Gérard, de Philippe Bourgeois, du père Philippe Verdin, de Bénédicte Taillebois, Laure et Pierre Frémont.

Cet article était originellement publié sur Scout un jour, un site animé entre 2004 et 2014 par des passionnés de l’histoire des Scouts de France.

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