Scoutisme : les ressorts méconnus d’un étonnant succès

Un livre d’Yves Lefebvre

Aujourd’hui ce n’est pas un mais deux acteurs de LaToileScoute qui ont lu pour toi le livre d’Yves Lefebvre : Scoutisme, les ressorts méconnus d’un étonnant succès. Et même mieux, on est allé poser des questions à son auteur pour approfondir notre lecture !

Retrouve notre avis à la fin de l’article.

Contexte

Ce livre, extrêmement bien documenté et sorti en 2017 est un livre qui cherche à expliquer les raisons « pédagogiques, psychologiques et ontologiques » du succès du scoutisme.
Pour cela il découpe son étude en 4 chapitres à savoir :

  1. les spécificités de la méthode scoute, d’abord globalement puis pour la branche louveteau?, la branche éclaireur? et la branche routier.
  2. Ensuite l’étude se poursuit sur le côté initiatique du scoutisme : l’importance de la promesse, les différents symboles, les rituels et la totémisation.
  3. Puis il continue avec le projet de société que porte le scoutisme (et auquel il initie donc).
  4. Il conclut finalement par un tour d’horizon des différentes associations scoutes en France et en Belgique.

Mais de quel scoutisme parle-t-on ?

Même si bien sûr chaque association part du même point, on ne peut nier que des divergences ont pu apparaître dans l’histoire. Ici Yves Lefebvre, comme il étudie le scoutisme depuis son origine, se concentre sur les éléments développés et mis en pratique par Baden Powell. Il se centre donc sur le scoutisme « traditionnel » (en particulier, parle des épreuves de classes, de la pédagogie unitaire etc...). Les scouts issus de ce scoutisme trouveront un éclairage sur leurs pratiques, le pourquoi et le comment ça marche, quant aux scouts issus du scoutisme « rénové », en plus de cet éclairage, ils apprendront certainement des choses qu’ils ignoraient sur le scoutisme tel qu’il est vécu dans d’autres associations.

Nous avons demandé à l’auteur à qui s’adresse ce livre il nous a répondu :

Il s’agit d’une étude à partir des origines du scoutisme, mais les fondamentaux historiques ici révélés sont particulièrement utiles à connaître même quand on veut se moderniser. En effet changer les modes d’expression des fondamentaux pédagogiques pour mieux coller à l’époque est une chose que plusieurs associations ont entreprise avec succès, tandis que changer les fondamentaux pédagogiques eux-mêmes pour que le scoutisme devienne autre chose est une tout autre démarche qui suppose au moins de connaître les fondamentaux font on veut se démarquer. Le livre intéressera donc tout le monde.

Nous avons aussi demandé à Yves quel message il aimerait que son livre transmette : « le scoutisme sous toutes ses formes est beaucoup plus important qu’il ne paraît, plus nécessaire que jamais dans notre monde sans repères et déboussolé ».

Les tranches d’âge

L’auteur développe particulièrement les tranches d’âges éclaireurs et louveteaux mais passe un peu rapidement à notre goût sur la tranche d’âge routiers?.

La fonction initiatique du scoutisme

Ce chapitre est intéressant de par la diversité des points abordés mais on peut regretter que certains points soient considérés comme universels (rapport à la mixité/coéducation par exemple).

Dialogue avec la psychanalyse

Psychologue psychanalytique, Yves Lefebvre nous propose une lecture de certains des aspects du scoutisme à la lumière de la psychanalyse notamment en ce qui concerne l’appartenance du scout à la patrouille, l’importance de l’uniforme, la totémisation ou encore l’utilisation de symboles de manière générale.

La totémisation

Grand tabou s’il en est chez les Français (et plus ou moins interdit selon les associations), bien mieux acceptée chez les Belges, la totémisation est abordée ici sous l’angle de la pédagogie. Il explique bien les sources de la totémisation (et notamment les relations entre scoutisme et indianisme), ses motivations ainsi que ses limites et ses écueils. Nous pensons même que cette lecture pourrait être profitable pour démystifier un peu cette pratique. On regrettera néanmoins l’absence d’un débat plus approfondi sur les pour et contre de la pratique.

Le tour d’horizon des différentes associations

Lors de l’évocation des différents points de la méthode scoute il est parfois fait mention d’une association ou d’une autre qui applique, avec des changements ou non le scoutisme tel que proposait à BP. Mais là où on pourrait avoir peur que ça tourne au débat à qui aurait le meilleur scoutisme, l’auteur indique son point de vue historique et pédagogique sur les mouvements. On ressent cependant que l’auteur a sa préférence pour son association.

Par ailleurs nous avons apprécié son point de vue sur la fraternité entre les mouvements de diverses croyances et opinions (un combat qui nous tient à coeur à LaToileScoute). Il faut aussi saluer son effort d’explication de la spécificité française sur ces divisions (là où la plupart des autres pays ont une seule association non centrée sur une confession particulière).

La conclusion

Nous ne partageons pas vraiment son analyse de la société, la trouvant un peu pessimiste. Cependant cette conclusion ne nuit pas au reste de l’oeuvre, plutôt bien documentée et il est tout à fait normal que l’auteur nous livre son opinion.
L’auteur ouvre finalement le propos sur la question de la formation, estimant qu’elle est à l’heure actuelle bien plus importante dans le scoutisme que les divergences pédagogiques.

L’auteur

Éclaireur chez les Scouts de France , chef de troupe puis animateur de district branche pionnier? au début de la réforme, organisateur d’une expédition de pionniers Paris-Beyrouth, collaborateur de la revue Pionniers au centre national des SDF avec François Lebouteux et Philippe Missotte, je reviens au scoutisme après plusieurs année lorsque je rencontre l’orthodoxie occidentale, en fondant en 1995 une petite association, les Scouts orthodoxes de France.
Le petit nombre et l’éventail des âges m’obligent à regrouper les 12-17 ans et redécouvrir les vertus de la pédagogie classique m’apercevant avec surprise qu’elle marche aussi bien que l’autre même à notre époque... J’associe les SOF avec les EEUdF? pour ne pas rester un petit groupe marginal puis, lorsqu’ils [les EEUdF] souhaitent se resserrer autour de leur identité protestante en 2001, je rejoins la Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs qui pratique une laïcité ouverte. J’apprécie suffisamment cette petite association nationale qui semble m’apprécier aussi pour qu’ils me proposent le poste de secrétaire général. Aujourd’hui, devenu un vieux scout, je me suis retiré des responsabilités mais continue à donner quelques coups de mains et j’ai écrit finalement ce livre qui est le fruit d’une longue expérience.

Et enfin nous lui avons aussi demandé s’il avait un message à faire passer aux jeunes et aux jeunes chefs scouts : « le scoutisme, c’est partager la joie de vivre ! »

Notre avis

Nous recommandons la lecture de ce livre notamment pour le tour d’horizon des différents mouvements qui apporte un point de vue historique et pédagogique assez rare dans les livres sur le scoutisme.

Portfolio

Publié le (mis à jour le )