Les marées, leurs coefficients et la hauteur d’eau

Les coefficients de marées et calculer les hauteurs d’eau

Savoir si la marée sera plus ou moins forte permet deux choses capitales : en bateau, savoir si on arrivera à passer sans échouer ; entre amis, savoir si ce sera une bonne date pour la pêche à pied. Miam !

Les coefficients de marées

Le coefficient définit l’amplitude d’une marée : est-ce que ce sera une « grande marée » ou une « petite marée ». On parle aussi de « vives eaux » et de « mortes eaux ».

Les coefficients de marées varient entre 20 et 120.

Un coeff de marée proche de 20 correspond à une petite marée : la différence de hauteur d’eau entre la basse-mer (BM) et la pleine-mer (PM) est faible. On va dire que la mer ne « bouge » pas beaucoup au long de la journée. Elle est comme morte (tu comprends mieux l’expression « Mortes eaux » ?). L’avantage : on sait où mettre sa serviette de plage sans qu’elle apprenne à nager. L’inconvénient : c’est nul pour la pêche à pied.

Au contraire un coef proche de 120 correspond à de grandes marées. Et là, il va falloir un peu plus se méfier : courant plus fort, faible hauteur d’eau, ou à l’inverse envahissement des plages, mais c’est au top pour la pêche à pied.

Combien de marées par jour ?

Tu as 2 basses-mer et 2 hautes-mer par journée lunaire (24h50). C’est à dire que l’on passe d’une basse mer (BM) à une pleine mer (PM) en approximativement 6 heures.

En un cycle lunaire (29 jours), tu as 2 vives eaux et 2 mortes eaux. Les vives eaux sont lors de la pleine Lune et de la nouvelle Lune. Si cela t’intéresse, il y a un article sur le sujet.

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Calculer l’amplitude de la marée

L’amplitude (aussi appelé marnage) est la différence de hauteur d’eau entre la marée basse et la marée haute.

Tu peux facilement trouver les horaires des marées ainsi que les hauteurs d’eaux sur Internet ou dans les capitaineries des ports.

Avant qu’Internet existe, on avait « l’almanach des marées », sorte de gros annuaire annuel des ports et de leurs marées.

Oui parce qu’il y a un piège. L’heure de la marée n’est pas la même partout. On pourrait comparer à la marée à une grosse vague qui vient de l’océan et qui avance et recule progressivement. Brest aura sa marée haute avant Saint-Brieuc par exemple.

Prenons l’exemple de Saint-Nazaire :

La basse mer est à 0h09 avec une hauteur de 0.25m, la pleine mer est à 5h52 avec une hauteur de 6,15m.

On effectue le petit calcul : PM-BM. (Ou BM-PM si tu t’intéressais à la marée descendante).
5h52 - 0h09 = 5h43 (Amplitude horaire de la marée)
6,15m - 0,25m = 5,90m (Marnage ou amplitude)

Donc en 5h43, l’eau va monter de 5,90m. C’est beaucoup car les coefficients sont très grands : 114.

Calculer la hauteur d’eau en fonction de l’heure de la marée

Est-ce que mon bateau passera ou pas ?

Le tirant d’eau

Le bateau a un « tirant d’eau », c’est à dire une hauteur minimal en dessous de laquelle il s’échoue. C’est lié à sa coque certes, mais il ne faut pas oublier de compter son hélice ou sa dérive. C’est comme une hauteur de camion sous un pont. Sauf que la hauteur du pont change à chaque marée, et qu’on se place sous le bateau :)

Par sécurité, on prévoit une petite marge. 50cm habituellement sur un voilier. On appelle ça le « pied de pilote ».

Ton tirant d’eau et ton pied de pilote te donne donc la hauteur dont tu as besoin.

La hauteur de l’eau

Quand je suis sur mon bateau, ce qui va m’intéresser alors est l’heure à laquelle je serais capable de « passer sans toucher ». Et l’heure à partir de laquelle on va oublier l’idée.

Pour calculer la hauteur d’eau heure par heure, on va considérer que la passage de la basse mer (BM) à la pleine mer (PM) met 6h tout pile. Notre but est alors de savoir quelle hauteur j’aurais, heure par heure.

Petit détail technique qui rend le calcul plus compliqué : la marée ne monte pas (ou ne descend pas) à un rythme constant. Elle est calme au début et à la fin, rapide au milieu.

La 1re heure, l’eau va monter de 1/12e
2e heure = 2/12e
3e heure = 3/12e
4e heure = 3/12e
5e heure = 2/12e
6e heure = 1/12e

Revenons à notre cas précédent où l’eau montait de 5,90m en 5h43.
On va diviser 5h43 en 6 = 57mn (5*60+43)/6). Donc tous les 57 minutes, l’eau va monter de 1, 2 ou 3/12.

Période 1 (57mn) : 0,49m (5,90m/(1/12))
Période 2 (114mn) : 0,98m
Période 3 (171mn) : 1,48m
Période 4 (228mn) : 1,48m
Période 5 (285mn) : 0,98m
Période 6 (342mn) : 0,49m

D’après le graphique, à 3h du matin tu auras approximativement 3,45m d’eau sous ta coque.
Pour calculer la hauteur d’eau sous ta coque, il y a un calcul simple : hauteur de l’eau à la basse mer (donnée par le guide) + hauteur d’eau en plus grâce à la marée.
Ici : 0,25m + 3,20m = 3,45m disponible.

La profondeur

Tu connais ta hauteur d’eau. Formidable, mais il y a de l’eau d’origine. C’est la profondeur. La carte marine t’indique le fond que tu peux trouver.
On t’explique comment lire le chiffre dans cet article :

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Les couleurs Sur ta carte marine, tu as plusieurs couleurs : Jaune : terre jamais recouverte par la mer. Bleu foncé : les estrans. Ce sont des zones (...)

Enfin les conditions climatiques et l’état de la mer jouent sur la hauteur d’eau :

  • Quand la pression atmosphérique augmente de 10hPa , tu gagnes 10 cm d’eau ;
  • Le vent de mer peut créer jusqu’à 1m d’eau en plus ;
  • Il faut tenir compte des vagues : on rajoute généralement la moitié de la hauteur de celles-ci.

Et n’oublies pas, sois prudent : prends de la marge quand tu calcules une hauteur d’eau ! Et garde toujours en tête un vieux dicton de marin breton : « quand les mouettes ont pied, il est temps de virer ».

Les autres usages de la marée et du coefficient

Tu le comprendras, plus la marée est forte, donc plus son coefficient est fort, plus la mer sera vive. Le courant sera plus fort, et d’autant plus fort à « mi-marée » (quand on a les 3/12e de mouvement).
C’est une information importante pour sa sécurité.

Au Mont Saint-Michel, on dit que la mer avance à la vitesse du galop d’un cheval. C’est surtout vrai les jours de vives eaux.
Si tu visites une petite ile accessible de la terre à marée basse, le chemin peut être recouvert à une vitesse qui pourrait te surprendre et te rendre prisonnier de l’ile. Jusqu’à la marée basse suivante. Sympa mais ça peut être long !
Enfin, certains passages maritimes ont déjà un courant naturel. En journée de vives eaux, le passage peut devenir impossible à contre-courant. Si on nage à proximité de ces courants, on peut se faire emporter.

Deux exemples :

  • le trait du Croisic : toute la zone derrière Pen-Bron se remplit et se vide à chaque marée.
  • Le célèbre Golfe du Morbihan est plein de passages qui peuvent être compliqués
PS

SOURCES :
Arogues : http://glenans.arogues.org/niveau5.pdf
Crédit Photo : http://www.nantes.port.fr/le-port-en-direct/horaires-des-marees/, Paul Tanguy

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