Le trésor de Saint Wandrille

Cette chronique avait été initialement réalisée pour la radio du jamboree des Scouts et Guides de France Connecte ! Nous te proposons sa version écrite, que tu peux lire à tes jeunes au coin du feu en veillée, surtout si tu campes à Jambville !

C’est l’heure de la chasse au trésor ! Et s’il est question de trésor ici, rassurez-vous, je ne parle pas d’un gouter parfois décevant, pas de quatre quart trop sec non, encore moins de pièces d’or en plastique ou de jetons de poker peints à la bombe. Non, je parle d’une vraie chasse au trésor.

Nous sommes le 11 mars 1954, René Coty est président depuis quelques mois, et l’on sort doucement du terrible hiver au cours duquel l’abbé Pierre, encore un scout, lança un appel a la solidarité historique.

Comme tous les dimanches, les louveteaux? de Saint Wandrille Rançon, situé sur les boucles de la Seine entre Rouen et Le Havre sont de sortie. L’aumônier organise sur le terrain de l’abbaye locale une « chasse au trésor Nature » à thématique « fleurs et bourgeons » puisque le printemps s’annonce. Les plus âgés des louveteaux, ayant à l’époque entre 12 et 13 ans, soit l’âge de participer à Connecte, ont dû faire preuve d’un enthousiasme modéré puisque l’un d’eux, Jean-Pierre, propose alors qu’il longe le mur de clôture « et si on cherchait un vrai trésor ? ». C’est la vue d’un trou étrange dans le mur qui lui donne cette idée. Celle-ci est accepté par Jacques et Pierre, exit les bourgeons et les fleurs, la chasse au trésor nature et les efforts de l’aumônier.

Un premier trou est analysé, une pierre soulevée, ce n’est qu’un vieux nid de rat avec quelques noisettes. Premier échec, mais qu’importe, maintenant que l’on cherche un vrai trésor et non plus des bourgeons, l’enjeu n’est plus le même. Ils contournent le mur jusqu’à la chapelle saint Saturnin puis font demi-tour, et inspectent à nouveau le mur dans l’autre sens. Jean-Pierre remarque alors à moins d’un mètre du sol une pierre avec un symbole étrange. Jacques, très logiquement se dit que le mieux est de retirer la pierre. Ils commencent donc à la desceller, oui, ils démontent tranquillement le mur pour la simple et bonne raison que l’une des pierres a un symbole gravé sur elle. Ils extraient la pierre du mur, et derrière, non pas le vide, le mortier ou une autre pierre, mais une petite urne en terre cuite d’une vingtaine de centimètres, elle est fermée par une feuille de plomb scellée à la cire. A l’intérieur, un trésor, de véritables pièces d’or, des Louis d’or, dont le plus récent date de 1746 ! Jean-Pierre, Jacques et Pierre décident de continuer à explorer le mur, et ils trouvent toujours à moins d’un mètre de hauteur deux pierres avec des symboles dessus, ce qui donnera un calvaire, un carré séparé en deux, et un rond avec un point au milieu, oui, le symbole de fin de piste, le même qui est gravé sur la tombe de Baden Powell.

Ce sont donc trois pots de terre cuite remplis de louis d’or qui sont découverts par les louveteaux, le tout sur moins de 16 mètres de longueur de mur. A l’intérieur, ce sont 501 pièces d’or représentant Louis XV. Comme c’est la règle, le trésor est divisé entre le propriétaire du lieux, l’abbaye, et « l’inventeur » du trésor, ici nos trois louveteaux.

L’histoire par la suite est moins belle, ce sont les parents de nos louveteaux qui décident de l’avenir des pièces d’or, et cet avenir se jouera devant les tribunaux. L’histoire fait bien entendu le tour de la presse et attire à saint Wandrille de nombreux curieux.

En effet, ce qui est intéressant, c’est que Jean-Pierre racontera avoir trouvé sous le premier pot un parchemin indiquant 28 cachettes ! Un quatrième pot aurait d’ailleurs été découvert dans les années 80, mais enterré cette fois ci, la pierre marquant l’emplacement n’ayant pas été découverte par les chasseur de trésor pour une raison simple, elle était alors cachée par un épineux ancien auquel personne n’avait osé se frotter ! Pendant une trentaine d’année, tous les chercheurs de trésor en herbe avaient contourné le buisson sans s’interroger ! L’inventeur n’ayant manifestement pas l’intention de partager le trésor ne s’est pas étendu publiquement sur sa découverte, on ignore donc qui a arraché l’épineux et creusé le trou resté là non rebouché.

Peut-être reste-t-il encore 24 autre pots de terre avec autant de pièce d’or à Saint Wandrille, mais l’histoire est connue et les curieux cherchent depuis maintenant 65 ans, en vain dans l’immense majorité.

On compte sur vous pour ne pas non plus céder à la fièvre de l’or, et que l’an prochain la presse annonce que 20 000 scouts sont allés camper à saint Wandrille Rançon, et qu’ils ont consciencieusement démonté chacune des pierres de l’abbaye, car oui, il y a encore des moines là bas ! Ils restent relativement discret sur cette histoire et ne tiennent pas à faire venir les curieux. C’est que depuis la fièvre de l’or s’est transformé puisque pour les plus grands, la fièvre du malt à remplacé la fièvre de l’or à Saint wandrille Les moines de l’abbaye ont commencé à brasser une bière de caractère, blonde tirant sur l’ambrée, épicée mais rafraîchissante.

Si vraiment vous rêvez de chercher un trésor, intéressez-vous à la plus grande chasse au trésor en cours ! L’énigme de la chouette d’or. Depuis 1993, des milliers de « chouetteurs » cherchent cette mystérieuse chouette de 10kg, enterrée quelque part en France, dont un livre d’énigme indéchiffrables et sujettes à d’innombrables interprétation indique le chemin, en vain depuis 25 ans…

Dans une chasse au trésor, ce n’est pas toujours le résultat qui importe, puisque Jean-Pierre, Jacques et Pierre ont commencé à rêver et vraiment jouer dès lors qu’ils ont décidé de chercher un véritable trésor. Ils n’envisageaient alors probablement pas à ce moment réellement découvrir un véritable trésor !

Et si c’était le rêve et la folie d’oser chercher ce que l’on sait inaccessible ou impossible l’important ? Pour le plaisir de rêver, de chercher, et qui sait peut-être, parfois de trouver.

D’ailleurs, parlons du trésor de Jambville ! inventons-le ! pour vous, quel serait-il ? quelle serait son histoire ? de quoi serait-il constitué ? où serait-il caché ? comment le retrouver ? à vous de rêver, de jouer, d’inventer et de chercher, mais s’il vous plaît, ne démontez pas les murs ni le château !

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