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Cher volontaire, ne viens pas aider sans avoir répondu à ces 4 questions

Voila un sujet qui permettra de discuter en équipes aînées / compagnons sur le projet prévu. Il a été initialement publié en anglais, nous avons trouvé intéressant de te le traduire. Il a suscité pas mal de débats dans des groupes Facebook de backpackers?. A notre tour !

Nous passons la parole à Sian Ferguson, auteur de l’article original.


  • Le dilemme du volontouriste

    Les occidentaux qui viennent aider un pays à se développer pendant leurs vacances aident-ils réellement quelqu’un ? Voici la question soulevée dans (...)

Récemment, des recherches ont montré que le volontourisme peut souvent faire plus de mal que de bien. Le volontourisme a été identifié comme étant une cause du non développement d’économies locales et comme participant au maintien d’enfants en situation de vulnérabilité. Il peut aussi participer aux stéréotypes malheureux sur le si mal nommé « Tiers Monde », tout en promouvant des attitudes néo-colonialiste [« ah ces pauvres, il faut les aider, ils n’y arriveront jamais seuls » - NDLR]

Je ne recommande pas le volontourisme. Mais si tu te rends sur un continent comme volontaire, alors pose toi ces 4 questions avant ton voyage.

1. Serais-tu aussi volontaire si tu n’avais aucune caméra ou appareil photo avec toi ?

C’est une paraphrase du poème de Nayyirah Waheed « Une question d’appropriation ». C’est un question qui force les voyageurs à réfléchir à leurs réelles motivations.

Tes intentions sont-elles bien placées ? Vas-tu sur un autre continent pour aider, ou pour paraître bon vis à vis des autres ? Y vas-tu pour aider les autres, ou veux-tu juste poster une photo de toi aidant des gens sur les réseaux sociaux ? Veux-tu offrir tes compétences à une communauté, ou veux-tu te construire une expérience ?

Méfie-toi du complexe du Messie quand tu fais du volontourisme. C’est l’idée comme quoi, toi ou ton équipe, étrangers, possiblement sans compétence particulière, pourrait sauver une communauté entière. Ce type de complexe est condescendant car il implique que tu es un héros, alors que les locaux sont sans espoir.

A regarder, cette hilarante parodie du volontourisme :

2. Est-ce que ton partenaire a les mêmes intentions et valeurs que toi ?

Même si tu es convaincu que tes intentions sont bonnes, tu dois t’assurer que le partenaire avec qui tu travailleras a aussi les mêmes valeurs. Le volontourisme est une business grandissant, avec des organisations qui se font de l’argent sur la pauvreté et la vie difficile des autres. De nombreuses ONG sont investies pour un avenir meilleur des communautés, mais toutes ne le sont pas, comme celles qui entretiennent de faux orphelinats [deux articles à ce sujet : par l’ECPAT ou Envoyé Spécial - NDLR].

Si tu veux rendre service au Monde, alors tu dois t’assurer de l’éthique de ton partenaire. N’aie pas honte de regarder de près l’action de ce partenaire avant de leur avancer de l’argent.

Pose-toi ces questions :

  • Quel proportion d’argent va au partenaire, au coût (réel) du voyage et de ton hébergement ? Si ton partenaire n’est pas transparent à ce sujet, demande lui pourquoi.
  • Abusent-ils de stéréotypes pour te proposer leur partenariat ?
  • Est-ce qu’ils mettent en avant les initiatives des communautés locales, ou bien est-ce que ce sont les étrangers qui décident à la place de la communauté ce qui est bon pour elle ?
  • S’ils offrent la possibilité de travailler avec des enfants, s’assurent-ils que les volontouristes n’ont aucune histoire passée d’abus vis-à-vis d’enfants [casier judiciaire en France - NDLR] ? Si non, crois-tu qu’ils s’intéressent vraiment aux enfants qu’ils disent vouloir aider ?

Si ton partenaire se comporte lui-même de manière éthique, alors il ne sera pas vexé de devoir répondre à ces simples questions.

[Attention : le scoutisme n’est pas forcément un blanc seing : des membres d’associations scoutes ont aussi monté des propositions qui s’apparentent à ce business de volontourisme vus les tarifs proposés et l’organisation industrialisée. On peut cependant espérer que cet argent ne rentre pas dans un business personnel mais dans une optimisation des fonds pour la communauté locale - NDLR]

3. Feras-tu plus de mal que de bien ?

Sois lucide sur la réalité de l’effet de ton travail sur les populations locales. Par exemple, des recherches montrent qu’aider des enfants déplacés, particulièrement des orphelins, n’est pas une bonne idée pour des volontouristes. Les enfants vulnérables ont besoin de stabilité, de relation au long terme. C’est impossible pour des volontouristes qui ne font que passer quelques mois, au mieux. Les effets psychologiques du sentiment d’abandon par un volontouriste sont très profonds. Vérifie vraiment les conséquences que pourraient avoir ta présence en essayant d’ « aider ».

4. Penses-tu que tu aurais la compétence pour faire le même job dans ton propre pays ?

Il est aussi important de réaliser des projets qui correspondent à tes compétences, et pas juste à tes désirs. Par exemple, une activité populaire pour les volontouristes est de construire des structures. Le problème ? La plupart des volontouristes n’ont aucune compétence en construction. Le résultat est qu’ils montent souvent des structures mal conçues qui peuvent mettre en danger les locaux.

Ainsi Pippa Biddle a écrit au sujet de sa propre expérience de volontouriste, « notre mission a été de construire une bibliothèque dans l’orphelinat. En tant qu’étudiants de grandes écoles privées, nous étions très mauvais pour faire une construction sérieuse. Chaque nuit, des hommes devaient démonter ce qu’on avait construit pour le refaire. Chaque matin, nous avions l’impression d’avoir bien travaillé, comme si de rien n’était ».

Le type de volontourisme que tu réalises doit dépendre de tes compétences et qualifications, et pas seulement de ce que tu aimerais faire. Aide les organisations locales avec les compétences que tu as. Si tu as des compétences web, aide l’ONG à se construire un site web. Si tu es un comptable qualifié, aide un commerce à ses tâches administratives. Et pour le travail où tu n’as pas de compétence, propose d’embaucher un employé local, compétent, pour faire ce que tu ne peux faire toi-même. En plus de t’assurer que le travail est bien fait, tu soutiens l’économie locale.

Si tu ne penses pas avoir les compétences pour réaliser les mêmes actions dans ton propre pays, alors n’essaie pas de le faire à la place de quelqu’un d’autre.

[l’article « dilemme du volontouriste » raconte le cas de bénévoles qui faisaient des constructions tandis que le maçon local les regardait, sans emploi. Probablement qu’il aurait été plus efficace d’embaucher ce maçon - NDLR]

Auteur : Sian Ferguson

Pour aller plus loin

Envoyé Spécial a réalisé un reportage sur certaines de ces structures.


Source : Matadornetwork
Photo : https://www.flickr.com/photos/joepyrek/
Page créée le , mise a jour le
LaToileScoute 2001-2017

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Vos réactions

(3)

Vos commentaires

  • , par richard En réponse à : Cher volontaire, ne viens pas aider sans avoir répondu à ces 4 questions

    je suis allé dans des pays de l’est pour transmettre mon savoir-faire dans la fabrication de saucisson artisanal, ceci a permis à 8 familles d’en faire commerce à l’heure actuelle : aucune assoc m’a soutenu, aucune caméra même pas mon portable pour mettre des photos sur fb et dire « regardez ce que j’ai fait » car dire qu’il n’y a pas de caméra c’est faux, on se met soi-même en scène. Le volontariat ce n’est pas se poser de question mais agir pour l’autre et pour soi car on en sort toujours enrichi

    Répondre à ce message

  • , par ait mesbah En réponse à : Cher volontaire, ne viens pas aider sans avoir répondu à ces 4 questions

    moi si je viens du volontarisme je n ’ai pas besoin de paraitre sur des photos je aides les autres et je n attends rien d’ autres en retout sinon une amitieet rt beaucoup d ’amities jr viens pour donner un sens a ma vie pour exister a travers mes aides voila ps besoin de beaucoup de blas blas juste une famille aimante et présente

    Répondre à ce message

  • , par hector En réponse à : Cher volontaire, ne viens pas aider sans avoir répondu à ces 4 questions

    Je pense aux projet compas (SGDF) … peut-être qu’inciter les compas premier temps à rendre un service solidaire dans la même dimension que leur second temps, aiderait à apporter un autre regard sur ce que beaucoup appellent leur projet « humanitaire » en second temps ? (Mais je ne doute pas non-plus du bon état d’esprit de nos compas qui partent *vive les FDE :D*)

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