Le café en camp scout

ou comment avoir une maîtrise de bonne humeur

C’est une véritable problématique chaque année, un point crucial du camp. Celles et ceux qui ne l’ont pas anticipé en pâtissent lorsque le camp pèse sur les épaules et les paupières. Comment faire un bon, un excellent, un incroyable café en camp ?

On en a discuté entre nous, et on ne peut que constater que les pratiques, les goûts et les opinions varient, avec force arguments, et parfois (souvent) mauvaise foi. On te propose donc un tour d’horizon de toutes les techniques pour faire du café en camp : leurs avantages, leurs inconvénients, ce qu’en pensent leurs partisans, et ce qu’en pensent celles et ceux qui ne jurent que par la meilleure des techniques, la leur !

La cafetière à l’italienne

C’est quoi ?

C’est un peu la cafetière des puristes, elle est classe, vintage et moderne à la fois. Elle te permet de prétendre avoir des compétences en matière de mécanique des fluides au moment d’expliquer approximativement son fonctionnement (pour finalement conclure qu’il vaut mieux « conserver une part de magie à la chose »).

La cafetière à l’italienne est un art de vivre en camp, elle démontre une certaine sophistication.

Concrètement, elle fonctionne en trois morceaux. Un réservoir inférieur, au contact des flammes, contient l’eau. Il est scellé par un entonnoir qui contient le précieux or brun : le café moulu. Le tout est refermé par le second réservoir, dans lequel viendra se déverser le précieux breuvage, résultat de la simple traversée de café par de l’eau à son état de vapeur.

Pourquoi c’est trop cool ?

Parce que c’est beau, c’est presque magique. Parce qu’avoir un outil dédié au café, ça évite de le faire dans la gamelle mal lavée et de se retrouver avec un café qui suinte les restes d’huile de la bolognaise de la veille. En plus même pas besoin de la laver, un coup d’eau dans le réservoir du haut et c’est tout ! Même l’entonnoir, tu n’as besoin de le vider qu’au moment d’en faire un nouveau (bon, pense à le vider avant de la ranger jusqu’à l’année suivante, sinon c’est un coup à se retrouver avec un blob dans sa cafetière au premier matin du camp suivant).

Ça permet de faire en cas de coup dur un café qui réveillerait un mort même au moment où le besoin d’une sieste digestive post-concours cuisine se fait sentir.

Pourquoi c’est tout pourri ?

Une cafetière à l’italienne, c’est pour les italiens. La preuve, ça fait un café plutôt fort sauf à mettre vraiment très peu de café dans le réservoir Si jamais tu as le malheur de tasser ton café, d’avoir un café moulu un peu trop fort ça donne un café tellement fort, qu’avec une seule tasse, on est approximativement certain d’être dépendant à vie. Ça prend de la place. C’est élitiste. En plus, le manche est en plastique (ou alors elle coûte le budget du camp), le manche fond à la première utilisation et on ne peut plus l’attraper, on la laisse au milieu du feu et on la récupère à la fin du camp, sans avoir réussi à boire un seul café.

Quelle (cafetière) italienne pour qui ?

Ne te fie pas au nombre de tasses indiquées, ce sont des mini tasses, mais on l’a dit elles peuvent être plutôt noires. Inutile de se dire « on prend une 18 tasses pour le camp où on est que deux à boire du café, ça va être pratique » (on a jamais vu plus gros, si quelqu’un croise mieux…) : tu risquerais de te passer de café pendant tout le camp : c’est plus long à chauffer, tu vas gâcher du café, culpabiliser puis te cacher au fond de ton sac de couchage pour pleurer. Prends plutôt une plus petite et prévois de le diluer un peu dès qu’il sera prêt. A moins de faire un café pour 20 personnes, une 6 tasses maximum est largement suffisante. Si vous êtes plus nombreux, charge l’entonnoir puis dilue-le café dans les quarts des gens. Si tu en as la possibilité, préfère-la en inox (on t’explique pourquoi).

Précautions d’usage

Ne tasse pas le café avec un marteau pilon dans l’entonnoir alors que tu es le seul à prendre du café.

Surveille-la lorsqu’elle est sur le feu. Si la cafetière continue à chauffer alors que le café est passé, il risque de bouillir, et là, tu pourra simplement le mettre dans une bouteille pour rentrer arroser tes plantes à la fin du camp. Ou bien le jeter et aller pleurer au fond de ton sac de couchage « Café bouillu, café foutu ! ».

Pour mettre ta cafetière sur le feu, il faut de l’eau dedans. Ouais. Pour de vrai, sinon, ça sent bon le café, mais ça n’en fait pas, puis ça sent le cramé, puis le caoutchouc cramé et tu peux faire le tour des magasins de la région pour trouver un joint à la bonne taille.

Si tu ne veux pas que la poignée fonde, prends-en une aluminium : la poignée se retire facilement et tu peux aisément la remplacer par un mât de tente coupé à la bonne longueur pour ne pas la déséquilibrer. Un ou deux trous dedans, et hop tu remets le rivet d’origine et ta cafetière est parée pour le feu de bois. Ne le fais pas trop long pour ne pas la déséquilibrer.

Si tu as des cochefs non caféinomanes, apprends-leur à faire du café et à le surveiller (ou débrouille-toi !). Sinon, c’est un coup à ce que la cafetière reste sur le feu, que le café bouille, s’évapore, puis finalement lorsque débordant d’allégresse à l’idée d’avoir un café tout prêt tu t’approches du feu et découvre que la cafetière elle-même a fondue. Et oui, les alliages d’aluminium, ça fond à basse température !

Si tu as apprécié la mauvaise foi découlant de ce passage et que de toutes façons tu es déjà un adepte, on te conseille l’article de Guillaume Long sur le sujet.

La cafetière à piston

Une cafetière à piston, disons-le tout de suite, c’est grave la classe, ça a un petit côté caféologue, car oui, la cafetière à piston est celle qui révèle le mieux les différents arômes du café et qui est utilisée par les experts pour les dégustations.
La grande différence, c’est qu’au lieu de faire passer l’eau dans le café, on fait infuser le café dans l’eau, et au niveau du goût, ça change tout.

La cafetière qui permet de mutualiser l’eau du thé et du café, pour enfin faire régner la paix et la sérénité lors du petit-déjeuner en camp entre les adeptes de l’eau chaude et les gens biens. Avec elle, le café refroidit plus vite si tu es pressé le matin (sinon, le thermos est ton ami).

Pourquoi c’est trop cool ?

Pour tout simplement le plus important, le goût. Et juste cet argument devrait mettre fin au débat !

Plus besoin de faire chauffer l’eau de vaisselle dans un coin, l’eau pour le thé dans un autre et enfin la cafetière sur un autre feu. Tu mutualises le chauffage d’eau pour les trois en une seule casserole.

Aucun risque de faire trop chauffer ton café puisque tu verses l’eau directement dans la cafetière, tu ne risques pas de le faire bouillir. En plus ton café atteindra plus rapidement une température buvable pour le chef moyen en pleine canicule.

Pourquoi c’est tout pourri ?

Ce qu’on attend d’un café en camp, c’est outre d’être bon, d’être la rapidement, prêt quand on en a besoin c’est à dire généralement tout de suite. Là, il faut faire chauffer de l’eau dans une gamelle à base de « il est où le couvercle ? », « tu penses que j’ai bien fait de vider un jerrycan de 20L dans la gamelle sur la demi flamme de brindille pour faire deux cafés ? » « c’est rigolo ça prend du temps tout de même ». Ouaip, le matin c’est généralement pas le moment où chacun brille par son efficacité et sa performance intellectuelle, c’est justement pour ça qu’on a besoin de café. En plus la force du café dépend de son temps d’infusion ! C’est donc le café qu’on doit le plus attendre au moment où on en a le plus besoin ! C’est d’ailleurs à ce moment précis où ton jeune la fera tomber, qu’elle se brisera (ben oui, elle est en verre)(il existe des modèles en inox pour éviter ce désagrément), que le café se répandra sur le sol desséché. On t’indique pas le chemin de ton duvet pour aller pleurer, tu connais. Ce truc est donc officiellement un outil de torture de chefs mal réveillés !

Et puis bon, comment dose-t-on ce machin ? Vu que la force du café dépend de la quantité de café en fonction de l’eau, de sa température, de la durée d’infusion, de la force du café et de son espèce… sincèrement, si tu veux avoir un café avec une cafetière a piston parfait au moment où tu te lèves, prévois un chef dédié que tu recrutes pour ses compétences mathématiques, qui se lève bien avant tout le monde, qui se prend un café soluble réduisant ainsi son espérance de vie de moitié à chaque tasse, et qui s’occupe de préparer dans un labo en froissartage monté pour l’occasion le café en cafetière à piston parfait dont tout le monde a besoin.

Préparer un café

Mettre le café dans le filtre de la cafetière, verser l’eau chaude. Au bout de 1,2,3 minutes (bon ok ce n’est pas si long), selon ton goût pour le café, pousse le piston : le café moulu est poussé vers le bas du filtre et emprisonné : il arrêtera d’infuser, puisqu’il ne sera plus en suspension dans l’eau. En pratique, compte une petite cuillère par tasse de café que tu comptes faire (une cuillère à soupe si tu comptes en quart de 25cl).

Le café obtenu est différent des cafés que tu connais ailleurs, parce que le procédé est différent : au lieu de faire passer l’eau dans le café on fait passer le café dans l’eau.

Quelle cafetière à piston choisir ?

La première règle est de ne pas prendre la tienne. On ne compte plus les cadavres de cafetières à piston qui traînent au fond de nos locaux, entre une malle de week-end jamais défaite depuis 2007 et le trophée que tu as gagné avec ton équipe lors de ton deuxième camp en tant que jeune. La raison est simple, la plupart des cafetières à piston sont en verre, et le verre, ben ça casse !

Choisis-en donc une spéciale pour les camps, intégralement en inox. C’est un investissement que tu fais pour ton unité et pour lequel dans 30 ans ton portrait sera encore affiché dans le local avec la mention « intendant avisé ayant acquis pour le compte du groupe la sainte cafetière à piston en inox ».
petits conseils -> https://lajoliemaison.fr/cafetiere-piston/la-meilleure-cafetiere-piston-en-inox/

Prends-la d’une taille raisonnable, elle durera des années et doit pouvoir s’adapter à une maîtrise où tout le monde boit du café. Le gros avantage, c’est qu’avec une cafetière à piston pour 6 ou 8, on peut facilement faire du café pour deux !

La machine à expresso à main

C’est cher, mais tu as la sensation de mériter ton café parce que tu as dû donner de ta personne pour faire monter l’eau en pression. Pas de retours pour le moment de cette invention en camp scout, mais peut-être toi lecteur tu as un jour utilisé cet outil en camp ? Fais le nous savoir dans les commentaires de l’article !

La machine à espresso au feu de bois

Nous on ne l’a pas encore inventée, mais vous ?

Le café filtre

Un porte filtre, un filtre, une boite de Benco et roule jeunesse !

C’est le café « à la française » comme la machine à café que tu as chez toi probablement. Tu fais chauffer de l’eau dans une casserole, et tu la verse sur le café que tu as mis dans le filtre, lui-même dans le porte-filtre, au dessus d’un récipient (une carafe c’est pratique).

Pourquoi c’est trop cool ?

  • très pédagogique et expérimental : tu peux faire varier l’épaisseur du filtre, la température de l’eau, la quantité d’eau, le type de café moulu, et tu obtiendra des cafés à chaque fois différents. Étonnant, non ?
  • peu de matériel à emporter en camp : un porte filtre et des filtres.

Pourquoi c’est tout pourri ?

  • ça peut prendre pas mal de temps pour que l’eau traverse le café. Pendant ce temps, tu patientes et tu rajoute de l’eau à intervalles réguliers.
  • « chef ya plus de filtres » - et là c’est le drame.
  • la première fois c’est pas toujours réussi.
    Si c’est c’est dégueulasse, astuce pour qu’il soit moins mauvais : faire passer plusieurs fois l’eau dans le filtre.

Doser

Pour doser le café et l’eau, en général, il faut compter une cuillère-dose de café moulu par tasse de café à servir (des petites tasses, 10 cl ).
Pour l’eau, on met le nombre de tasses plus une, pour l’eau qui va rester dans le filtre : c’est « la tasse pour le filtre ».

Le café filtre individuel jetable (pour les flemmards) # Pollution

Un pad pour ta machine à café à la maison ? Bah, c’est plus ou moins le même principe !
Un café filtre individuel, c’est un pot en plastique, avec un filtre rempli de café. C’est LA méthode des flemmards, qui ont un minimum de goût pour ne pas supporter le soluble, mais qui ont la flemme de s’embêter avec des filtres à gérer.
C’est ultra simple. Tu fais bouillir ton eau, tu mets ta tasse en plastique avec le filtre et le café intégrés sur ton quart, et tu mets ton eau dans la tasse, afin que le café se fasse directement dans ton quart !
Bon, bah, oui, c’est du plastique, du coup, pas mal de déchets, une tasse en plastique pour chaque café ingurgité.. Les flemmards sont souvent les plus pollueurs (Bouh, pas souts !!!).

Le café soluble

# beurk
T’as besoin de plus de détails ?
Pas Cher et Rapide.

Comment choisir un café soluble ? En s’abstenant d’en acheter. Un thé ou de l’eau c’est bien meilleur ! Le café soluble ne devrait pas exister.

Astuce pour le café soluble : bien respecter les doses (et donc avoir un quart avec des graduations ^_^ ).
Si vraiment tu tiens à l’expérience ou que tu es minoritaire et que tu n’as pas le choix du soluble, on trouve que les moins mauvais sont le Malongo et le Maxwell House. On niera sous la torture avoir un jour conseillé une marque de café soluble.

Faire chauffer son eau

Ici, nous te renvoyons vers un article pour apprendre à allumer un feu si tu n’es pas encore au point sur toutes tes techniques de scoutisme ou même si tu aimerais simplement t’améliorer !

Selon la méthode que tu as choisie, il est préférable d’avoir un feu plus ou moins fort. Pour faire bref, si tu as choisi une cafetière à l’italienne, il faut idéalement que ton café passe lentement avec un feu doux pour que ton café ait du goût et ne soit pas cramé. Pour toutes les autres versions : plus ton feu est fort, plus ton eau sera chaude vite. Un feu de joie pour faire chauffer 1L n’est peut être pas nécessaire pour autant.

Ensuite, ajuste au mieux la quantité d’eau nécessaire ! Pas besoin de 20L pour 3 personnes, même si toujours plus agréable d’avoir un peu trop que pas assez.

Enfin le couvercle est toujours le bienvenu pour éviter cendres et autres cochoncetés, et limiter l’inimitable goût « feu de bois » qui malheureusement ne rend pas le café meilleur !

Choisir son café

Comme on ne laisse pas choisir un grand vin millésimé à un enfant, on ne laisse pas choisir le café du camp à un intendant non caféinomane. Si tu es intendant et que tu as des cochefs qui boivent du café, demande leur avis.

Comme on n’est pas des machines, on l’achète moulu. C’est possible de moudre son café en camp, mais comme cet article est déjà suffisamment long et qu’on n’a pas expérimenté personnellement, on ne va pas rentrer dans le détail.

Trois conseils :

Tip number 1 : Le prix ne fait pas le café
Tip number 2 : Mais le café 1er prix est dégeu
Tip number 3 : L’arabica vaut mieux que le robusta

Il existe 2 principales variétés de cafés en grande quantité dans les grandes surfaces : le robusta et l’arabica. Le robusta réveille mieux que l’arabica, mais il sera bien plus amer/acide/dégeu. Généralement les café solubles premier prix utilisés pour empoisonner les chefs et renverser la maîtrise lors d’un camp ont un fort taux de robusta.

Bannis les paquets de couleur rouge, et choisis un paquet de couleur noire « pur arabica » tu peux aussi acheter le café équitable, il est en général au même prix et même goût que les cafés corrects.

La taille du café moulu a son importance !

Pour un café expresso, on utilise un café moulu très fin. Pour un café filtre, on utilise plutôt un café un poil plus gros pour pas en faire une vase étanche. Pour une cafetière à l’italienne, mieux vaut un café au grain moyen. Et enfin, pour une cafetière à piston, privilégie un café moulu grossièrement.

Prévois une boite hermétique pour conserver ton café, celui-ci s’oxyde et deviens plus amer au contact de l’oxygène. Si tu as un frigo sur ton camp, ranges-y ton café, il ne s’oxydera alors quasiment pas.

Et bonne dégustation !

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