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Clarisse a créé une unité scoute dans un camp de réfugiés

Clarisse van der Straten est une scoute belge qui a la bougeotte et a parcouru de nombreux pays. Lors de son voyage en Grèce, elle s’est impliquée dans le bénévolat dans un camp de réfugiés, nous te racontons son histoire.


Clarisse, une belge qui voyage

Clarisse a découvert le scoutisme à 12 ans et a été guide jusqu’à 17 ans. Elle a repris ensuite de 20 à 23 ans en tant qu’animatrice et entre les deux elle a aidé à l’intendance d’autres camps. Suite à ces années d’animatrice elle pensait que le scoutisme c’était fini pour elle : la suite lui prouva que non.

Après ses études elle décida de faire un tour d’Europe pour apprendre plus de choses, faire des travaux manuels, améliorer sa pratique des langues, savoir qu’elle peut se débrouiller seule. Pour cela elle a fait ses voyages grâce à Workaway (un site qui met en contact hôtes et bénévoles.

Clarisse van der Straten

Son arrivée en Grèce

Comme elle le raconte dans son article, Clarisse n’avait pas forcément prévu de rester très longtemps en Grèce. Ses proches l’ont beaucoup mise en garde sur les camps de réfugiés présents là-bas. Mais l’humanitaire était un de ses rêves de petite fille et elle a décidé d’offrir un peu de son temps à un camp sur place. D’abord pour servir mais aussi pour se confronter à la réalité et ne pas se contenter de ce qu’on lui disait de ces camps, leçon qu’elle a retenue de ses études de journalisme.

Changement de projet

Après avoir proposé son aide à différentes ONG, Clarisse se heurte à des refus. Elle choisit du coup d’aller s’investir dans un autre projet, la Ferme de Dimitris, une ferme pratiquant la permaculture dans la [sauvage] campagne grecque. Elle y reste pendant 3 semaines avant de finalement trouver un camp qui avait besoin d’aide, au détour d’un don de vêtements.

Une situation d’une complexité extraordinaire

La première chose qui frappe Clarisse en arrivant, ayant dépassé les premiers mètres du camp où tout semble à peu près en ordre ; c’est la complexité des situations. Comme elle le raconte, elle se rend vite compte qu’elle ne sait finalement rien de ce qui se passe ici. Ses préjugés sont battus en brèche, des questionnements moraux apparaissent (suis-je en train d’aider un réfugié qui fuit la guerre ou un terroriste, un pilleur etc.).

Elle raconte aussi qu’elle n’a pas de photos des personnes qui sont dans ces camps, parce que les prendre en photo serait prendre le risque de les exposer et ainsi menacer leur vie, ou celle de leur famille restée sur place.

C’est donc pourquoi, ici comme dans notre article ci-dessous, tu ne retrouveras pas de témoignage face caméra et peu de photos des personnes réfugiées.

C’est aussi pour elle une expérience importante sur la condition d’Européen, le fait de rentrer chez soi chaque soir et de devoir répondre aux réfugiés du camp qui lui demandent "tu vas où ?". Elle prend conscience de la difficulté d’être confrontée à des conditions de vie aussi difficiles alors qu’elle a de son côté des papiers en règle, de l’argent et la liberté de circuler.

Pas de contrôle sur leur propre vie

Au camp, les réfugiés n’ont que peu de contrôle sur leur vie : pas le droit de travailler donc pas d’argent, donc pas de possibilité de se déplacer, d’acheter ce dont ils ont besoin, de choisir leurs hobbys, leur nourriture. Le pire est que les réfugiés ne peuvent savoir quand leur calvaire prendra fin.

C’est tout particulièrement vrai pour les adolescents et les jeunes adultes : avant la guerre, ils allaient en cours au lycée, à l’université, ils avaient une vie somme toute très proche de n’importe quel autre adolescent à peu près partout dans le monde. Mais ici ils n’ont rien à faire : trop vieux pour aller à l’école du camp (où les cours ne dépassent pas les 10 ans, faute de professeurs compétents pour enseigner à un plus haut niveau) et de même pour les programmes proposés par les associations, qui sont souvent orientés vers les plus jeunes. Les plus âgés sont venus pour sauver leur famille et sont donc bien occupés au quotidien. Mais il reste les jeunes de 12 à 25 ans. Ils ne peuvent pas construire leur avenir : le jour où ils sortiront, ils n’auront aucun diplôme pour pouvoir faire le métier qu’ils avaient prévu.

Dans un tel environnement, les jeunes s’ennuient et se laissent aller à des pensées parfois bien sombres ou occupent leurs journées de façon pas forcément constructive.

Une proposition

Face à cette situation Clarisse se rappelle de ses années scoutes et des idées de Lord Baden Powell.

Clarisse en parle à des gens du camp, à des volontaires permanents et, très vite, elle a de quoi former une première maîtrise (un « staff »). Avant de lancer l’idée auprès des jeunes, les membres de cette première maîtrise veulent se mettre d’accord sur ce qu’ils feront. En partageant leurs expériences (dans le staff, il y a un scout palestinien et une guide syrienne), en fixant ensemble des règles claires, le projet est auto-géré sur le camp : il ne servirait à rien de proposer un projet clé en main sur lequel ils n’auraient à nouveau aucun contrôle.

Comme Clarisse ne vit pas sur le camp, elle propose un vote pour choisir le coordinateur, mais le staff refuse ; c’est donc elle qui endosse ce rôle.

De nombreux questionnements vécus ici par Clarisse et son équipe sont résumés dans cet autre article que nous te proposons de découvrir :

  • Le dilemme du volontouriste

    Les occidentaux qui viennent aider un pays à se développer pendant leurs vacances aident-ils réellement quelqu’un ? Voici la question soulevée dans (...)

Réunion d’inscription

Pour faire passer l’information du projet à tout le camp, Clarisse et son équipe publient un avis sur un panneau du camp, invitant les jeunes de 11 à 17 ans. Ils espéraient voir trois ou quatre jeunes sur la journée, c’est finalement une quarantaine qui se présenteront !

A ceux qui avaient le bon âge, il est remis une lettre en anglais qui explique brièvement le scoutisme et les 10 articles de la loi scoute ainsi que les conséquences en cas de non-respect de ces dernières. Ils font alors lire et signer cet engagement aux jeunes (ainsi qu’une autorisation à leurs parents).

Les papiers d’inscription

Première réunion

Pour la réunion de passage (ce qui chez les français pourrait correspondre à la réunion des montées : la réunion où on accueille les nouveaux et où on lance l’année), les animateurs ont prévu un canevas qu’ils reprendront à chaque réunion :

  • Rassemblement et explication des activités ;
  • Jeu sportif et coopératif ;
  • Partage d’une collation ;
  • Jeu basé sur la réflexion, la confiance, l’expression ;
  • Réunion de patrouille, puis des CP (chefs de patrouille) avec le staff, afin de connaître les impressions, demandes, etc. des nouveaux scouts ;
  • Rassemblement et chanson de fin ;

La distribution des foulards

Grâce au propriétaire de la station à essence d’en face, la réunion est prévue sur son parking. Mais comme souvent au camp, rien ne se passe comme prévu.

Méfiance et doute

Quelques heures avant la réunion Clarisse est mise au courant qu’une bande de jeunes garçons, pourtant adorables, répand une rumeur selon laquelle les scouts ne seraient qu’une façade pour donner des ordres aux ados et leur filer des corvées à faire. Comme elle connaît le meneur, elle va le voir et lui rappelle l’engagement qu’il a signé, les lois scoutes, l’intérêt de respecter le travail des autres. Elle lui dit qu’il peut choisir de venir ou de ne pas venir, mais qu’il ne doit pas gâcher le plaisir des autres ni décrédibiliser l’engagement des autres.

Le phénomène se poursuit dans l’après-midi. Aux grands maux les grands remèdes, Clarisse choisit d’aller parler au père du jeune garçon. Bien que celui-ci semble au premier abord ne pas présenter d’intérêt pour ce que lui dit Clarisse, il obligera pourtant son fils à cesser de répandre les rumeurs et même à les démentir. Finalement, à 15h tous sont là, l’air dubitatif, à essayer de juger si les scouts "c’est cool ou plutôt plouc" (un peu comme tes jeunes lors de leur première réunion en fait ^^).

Une réunion scoute comme les autres

Après un temps en groupe où le staff explique la devise scoute, le symbole du foulard et la fraternité scoute mondiale, les jeunes font un jeu de relais et d’entraide pour remplir des bassines d’eau. Après le goûter, ils sont mis en équipe pour réfléchir à des noms d’équipes et d’unité. Ce seront Storm (Orage) et Jungle pour les équipes de garçons, Moon (Lune) pour les filles et enfin Hope (Espoir) pour l’unité entière.

A la fin de la réunion, les animateurs demandent aux jeunes ce qui leur a plu, ce qu’ils aimeraient faire, ce qu’ils n’aimeraient pas. Ils sont bluffés : cela faisait si longtemps qu’on ne leur avait pas demandé leur avis ! Ils proposent de nager, d’aller au musée, de faire du vélo. Le groupe de l’agitateur du matin leur demande de ne pas changer d’attitude, de ne surtout pas devenir plus autoritaire.

Un volontaire espagnol trouve un signal : dire "Saber" : lorsqu’un des animateurs l’emploie, c’est que le groupe devient trop difficile à gérer et que les jeunes doivent redevenir plus coopératifs, sinon le staff devient plus autoritaire (tout comme certains groupes ont l’habitude de lever la main pour demander le silence dans l’unité).

Une fois rentrés sur le camp, ils finissent par un grand rassemblement où ils sont félicités pour l’entrain qu’ils ont mis à la réunion et remercient Sotiris, le propriétaire du terrain utilisé pour les activités, qui, malgré la barrière de la langue, réussit à communiquer le bonheur qu’il ressent. Enfin ils se séparent sur un dernier chant.

Une partie de l’unité Hope

Changement chez les jeunes

L’agitateur du matin est devenu un ado ravi qui n’arrête pas de remercier Clarisse (son père ne manquera d’ailleurs plus une occasion de la saluer à chaque fois qu’il la croisera). Dès lors, les jeunes se sont mis à changer. Désormais, leurs avis comptaient, au moins, chez les scouts, ils avaient quelque chose à gagner en étant positifs et à perdre en agissant mal.

Et les plus âgés ?

En parallèle de ce projet et sur la proposition d’un des membres du staff, Ahmad a lancé l’idée de créer une unité pionniers (correspond à la branche 16-18 ans en Belgique, entre les pionniers/éclaireurs et les compagnons/aînés/autres en France).
Malheureusement, Clarisse n’a pas le temps de gérer ce projet avec l’ouverture du groupe scout et le reste du travail au camp (qu’il ne faut pas oublier non plus !). C’est là que, par chance, arrive un groupe de pionniers espagnols, venus faire leur camp sur place.

En deux semaines ils créent le groupe Rocks and Mud (Rochers et Boue) et apprennent aux réfugiés scouts à organiser une excursion, à lire une carte, à préparer le matériel, faire le menu et le planning pour la journée. Ils partent donc enfin en excursion, un matin à 7h. Clarisse les attendra avec inquiétude toute la journée.

Mais rien à craindre, comme des jeunes après l’explo/le raid, ils reviennent plus soudés que jamais et racontent les activités vécues, les amitiés nouées : un Kurde et un Arabe, par exemple, qui n’auraient jamais cru une telle entente possible. Tous parlent déjà de recommencer. Les pionniers espagnols eux, sont surpris de tant d’implication et de voir des ados longtemps exposés à la guerre simplement demander à faire un cache-cache.

Fiers d’être scouts

Après que chacun a raconté ses histoires, Clarisse leur demande de rendre leurs foulards parce qu’elle en a besoin pour les plus jeunes le lendemain. Tous refusent et lui demandent de pouvoir rester au camp avec, de montrer leur fierté, et qu’ils les lui rendront le lendemain, au matin, sans faute. Pour Clarisse c’est le signe de la joie et de la fierté de l’appartenance à un groupe.
Plusieurs lui confieront que c’était leur première journée heureuse sur le camp, depuis des mois, voire plus d’un an.

Les scouts en randonnée

Et depuis ?

Depuis, les réfugiés ont été relogés dans des hôtels de la région mais ils continuent à se retrouver pour vivre d’autres aventures scoutes. Néanmoins Clarisse garde le contact avec le staff via un groupe Whatsapp et a des nouvelles presque tous les jours. La semaine dernière par exemple les guides sont allé faire du vélo.

Suite à son expérience, la fédération des scouts grecs a voulu prendre contact avec elle, elle a transmis le relais à Ahmad qui coordonne les scouts depuis son départ afin qu’ils puissent créer des liens avec les autres scouts du pays.

Clarisse quand à elle est rentrée en Belgique et cherche maintenant du travail, si possible dans des projets toujours dans l’aide des réfugiés.

Un message pour la fin ?

On a demandé à Clarisse si elle avait un message à faire passer aux scouts qui pourraient lire cet article, voici sa réponse :

Difficile de répondre, le scoutisme nous apprend tellement de qualités. Je dirais de toujours faire les choses avec amour et intelligence, parce que c’est une éthique qui est toujours valable, mais je reconnais que c’est fort vague, kitsch et facile à dire. La troupe est un excellent endroit pour s’exercer à ça :) Ma stratégie dans mon expérience (que ce soit comme guide ou animatrice) c’est de veiller au bien être des plus vulnérables. C’est pas de la pitié, c’est de la stratégie, si ils vont bien, c’est que la troupe va bien. Et ce système est applicable au reste du monde :) J’avais prévenu, c’est kitsch.


Les photos de l’article sont issues du blog et de la photothèque de Clarisse qui nous a gentiment autorisé à les réutiliser, c’est donc elle que tu dois contacter si tu veux toi aussi les utiliser.
N’hésite pas à consulter le blog de Clarisse où tu trouveras d’autres récits de voyages et un récit plus détaillé de son expérience scoute en camp.
Tu te demandes comment agir toi aussi à ta petite échelle, Clarisse te donne des conseils malins pour être vraiment utile.
L’Avenir (Journal Belge) a parlé de cette aventure dans un article.
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Vos réactions

(1)

Vos commentaires

  • , par Suricate M. En réponse à : Clarisse a créé une unité scoute dans un camp de réfugiés

    Sur 5000 réfugiés elle a trouvé combien d’enfants ? 10 à tous casser ??? Et combien de filles. Quand on sait qu’il y a moins de 5% de filles…

    • , par Blue Pingu En réponse à : Clarisse a créé une unité scoute dans un camp de réfugiés

      Sur les photos déjà présentes je dirai qu’il y en a bien au moins une vingtaine dont plusieurs filles. En plus la démographie d’un camp de réfugié n’est PAS DU TOUT le sujet de cet article.

      Si tu avais fait au moins semblant de lire l’article tu te serais rendu compte qu’une quarantaine d’enfants se sont présentés à l’inscription (§ Réunion d’inscription).

      Je ne vois vraiment pas l’intérêt de ton commentaire et les sous-entendus que je crois discerner me semble tout à fait hors de propos et même assez contraire à la réalité dont parle l’article.

      Bref lis l’article (et le blog) et après on pourra discuter.

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